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dépigmentation
Une des conséquences de la dépigmentation sur la peau

La dépigmentation prend de l’ampleur dans la ville de Porto-Novo. Longtemps considérée comme l’apanage des femmes, les hommes se mêlent à la danse malgré les conséquences néfastes qu’elle produit sur la santé.

« Bodjou » en Goun et en Yoruba, la dépigmentation est une réalité dans la ville de Porto-Novo. Loin d’être une pratique uniquement féminine, elle intéresse aussi les hommes. Apparue dans les années 60 aux Etats-Unis avec la découverte du pouvoir blanchissant de l’hydroquinone chez les ouvriers noirs des industries textiles, la dépigmentation s’est répandue, au fil des années, sur le continent africain. Le blanchissement de la peau  de nos jours n’épargne actuellement aucune couche de la société. Il n’est pas rare de rencontrer dans la cité capitale, des hommes à la peau claire, tachetée de noir. Souvent surnommés « frère vè », en goun, ces hommes brillent et sont fiers de leur métamorphose. Ils utilisent à cet effet, des produits cosmétiques divers ou encore des injections contenants des substances chimiques telles que l’hydroquinone, les corticoïdes, les acides de fruits et des dérivés mercuriels. Ces substances se retrouvent dans les produits sous forme de crèmes, gels, laits corporels  ou savons. Ils sont utilisés seuls ou en association, en général appliqués sur tout le corps, une ou plusieurs fois par jour. Ils sont vendus un peu partout, dans les marchés, les boutiques; les officines à des prix dérisoires.
Philomène H, vendeuse de produits cosmétiques au grand marché de Porto-Novo, nous déclare qu’elle vend beaucoup de produits cosmétiques. « Avec 800 francs, vous pouvez avoir un lait corporel ou même un savon efficace à effet rapide ». B. Sordick vendeur de produits cosmétiques au Gabon, en séjour à Porto Novo confirme ces affirmations. Pour lui,  se dépigmenter ne coûte plus rien, c’est une question de temps. Maintenir son nouveau teint est selon lui, une question d’argent.

Grâce Kouchika

Impressions de quelques citoyens

Pour essayer de comprendre les causes de la dépigmentation dans la cité capitale, nous avons interrogé  un certain nombre de personnes.
Karim D. est un jeune homme qui a la peau claire, tachetée de noir par endroits. Interrogé, il répond: «  avant j’étais noir, et je ne me sentais pas à l’aise. J’avais honte de draguer les filles. Je me voyais vilain, alors j’ai décidé de faire un peu de toilette pour les attirer. Maintenant, je me sens bien dans ma peau claire». Pourtant, conscients de la gravité du phénomène et de ses conséquences, la grande majorité des amateurs de la dépigmentation le font pour se faire remarquer et montrer leur aisance au plan social. Les autres vivent dans le déni et affirment avoir naturellement un teint clair. Pour ceux qui n’y ont pas recours, les avis sont partagés. Certains disent que l’Africain a une peau naturelle qu’il doit conserver quel que soit son sexe. D’autres  estiment que la femme peut faire tout ce qu’elle veut de son corps, mais la dépigmentation de l’homme est inconcevable. Ce dernier point de vue est émis à l’unanimité par les femmes rencontrées. Elles affirment que les hommes, « sans se blanchir la peau, demeurent beaux même à 90 ans ». D’autres encore s’en remettent à la foi à travers ces mots: « Dieu seul sait pourquoi il donne tel ou tel teint aux Hommes ».

G. K. et  Patrick Gbodo