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Michel Adjaka, président de l'Unamab
Le Pdt Adjaka a dénoncé la gestion catastrophique de Djènontin

Une fois de plus, Michel Adjaka, l’impétueux syndicaliste, n’a pas été du tout tendre avec la gestion de Yayi Boni. Lors de la cérémonie de passation de charges entre les Gardes des sceaux entrant et sortant, le mardi 23 juin 2015, le président de l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) a crevé, en public, l’abcès qui rend malade la maison justice depuis l’arrivée de Valentin Agossou Djènontin.

On connaissait la rigueur intellectuelle et morale de Michel Adjaka. Mais, on est loin de se douter que le responsable du syndicat des magistrats peut faire preuve d’ironie et d’humour. Comme on le dirait dans un langage terre à terre, il n’a pas raté le ministre de la Justice sortant, le mardi 23 juin 2014. Le Chef de l’Etat, lui-même, n’a pas été épargné, et en a eu pour son compte. Ce qui n’a pas certainement plu aux dirigeants de l’organe public, l’Ortb, qui ont fait une impasse sur le discours de Michel Adjaka. A son entrée en fonction le 12 août 2013, le ministre Djènontin a cité une partie d’un texte de St-Paul : «Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi, celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes». Ce passage tiré de l’épitre de Paul aux Romains, chapitre 13 versets 1-3, est incomplet. Pour Michel Adjaka, c’est exprès que le ministre Djènontin avait omis la seconde partie du texte qui fonde et définit, par ailleurs, l’autorité du Magistrat. « Le passage occulté révèle, Monsieur le Garde des Sceaux sortant, votre conception de la justice. Pour vous, il n’y a d’autorité que celle qu’incarne le Chef de l’État. Tous les autres pouvoirs lui doivent allégeance et soumission. C’est avec cette foi erronée que vous avez géré en vingt-trois (23) mois le monde judiciaire béninois avec une feuille de route secrète », a dénoncé le syndicaliste. Il s’est aussitôt empressé de rendre public la seconde partie du passage cité : « Ce n’est pas pour une bonne action, c’est pour une mauvaise que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l’autorité ? Fais le bien, et tu auras son approbation. Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais, si tu fais le mal, crains ; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience». Michel Adjaka a ensuite égrené les entorses que la gestion de Djènontin a faites à la maison justice. « Votre dévouement et votre loyauté excessifs au Chef de l’Etat, et non à la République, ont plongé la maison justice dans plusieurs mois de grève avec pour corollaire la désorganisation du tissu judiciaire de notre pays», a-t-il indiqué. Les maux qui minent la magistrature ont, entre autres, noms inexistence de Procureur de la République au tribunal de Djougou, de Natitingou et de Président à Porto-Novo ; absence de véhicule de transport des détenus et surtout de prisons à Pobè, Aplahoué, Savalou, Djougou et à Allada ; réduction drastique de l’effectif des magistrats du Parquet de Cotonou d’abord de 9 à 6, ensuite de 6 à 5, celui de Porto-Novo et d’Abomey à 3, alors que le tribunal de Ouidah a été compressé de 9 magistrats 5 ; absence de rations régulières aux détenus, non-adoption des décrets d’application du Code de procédure pénale .

 Yayi invité à sortir les dossiers « scandaleux» des placards

 La nouvelle ministre de la Justice est donc prévenue. Evelyne da Silva Ahouanto sera d’autant plus surveillée, qu’elle est l’avocat personnel du Chef de l’Etat. Selon Michel Adjaka, le fait d’être avocat personnel du Chef de l’Etat peut être « un atout et un handicap ». Mais, si le nouveau Garde des sceaux veut éviter de subir la foudre de l’Unamab. Il lui revient, selon le syndicaliste, de rendre plus transparentes les nominations de magistrats et l’organisation des concours d’auditeurs de justice ; de reformer le Conseil supérieur de la magistrature devenu un véritable obstacle à l’indépendance du pouvoir judiciaire; de faire exécuter les décisions de justice, notamment le mandat d’arrêt décerné contre l’Honorable Orou Sé Guené, bloqué pour des raisons politiciennes ; et de donner à la justice les moyens appropriés pour lutter efficacement contre la corruption. Le reste de son discours est une invite personnelle adressée au Chef de l’Etat. Michel Adjaka suggère « plutôt au Président de la République de sortir des placards le dossier relatif à la passation des marchés d’acquisition d’engins à la Sobemap qu’il a révélé, les rapports de l’Inspection Générale d’État et de l’Assemblée Nationale sur la gestion des fonds Fadec, l’affaire d’acquisition de machines agricoles, les scandales dans les marchés de construction de routes, notamment l’axe Parakou-Djougou (lot 1), Comé-Lokossa-Dogbo et la Bretelle Zounhouè-Athiémè, Savalou-Tchetti-frontière du Togo et Logozohe-Glazoué, Bodjecali-Madecali-Illoua-Frontière du Nigeria (lot 2), Akassato-Bohicon, Maria-Gléta gate ; la poursuite des personnes impliquées dans les concours frauduleux annulés, la gestion à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin ».

 Wilfrid Noubadan