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Jean-Claude HoussouLe ministre de l’Energie, Jean Claude Houssou, était l’invité de l’émission « Zone franche » de Canal 3 Bénin,  le dimanche 18 novembre 2018. Tout en étalant les efforts du gouvernement du Nouveau départ pour redynamiser le secteur énergétique au Bénin depuis avril 2016, l’autorité ministérielle a dévoilé les projets en cours et les perspectives. Lisez l’intégralité de l’émission.   

Canal 3 : Votre colère est devenue quoi depuis le 9 avril 2016 ?

 Jean-Claude Houssou : Merci de me donner l’occasion de m’exprimer sur ce sujet éminemment sensible, éminemment stratégique pour notre pays. Le  président Patrice Talon et son gouvernement ont mis ce secteur dans les priorités du Programme d’actions du gouvernement, puisque près de 10% des projets phares sont accordés au secteur de l’énergie. C’est près de 765 milliards de nos francs qui lui sont consacrés pendant 5 ans. On pourrait dire que c’est suffisant lorsqu’on sait que pendant des décennies, je dis bien des décennies, nos concitoyens ont souffert du manque de cet intrant majeur. Les souffrances que ce soient des particuliers, des ménages, des industriels, sont  conjugués au passé. Vous avez évoqué, Messieurs les journalistes,  la question de colère le 09 avril 2016, évidemment qui n’était pas  préméditée. C’est  sorti naturellement par rapport à la grande surprise qui fut la mienne quand je suis descendu  sur le terrain.  C’était plus que désagréable parce que je voyais une triple peine pour les concitoyens. La première peine était ce manque d’énergie criarde qui empêchait non seulement d’avoir la lumière, mais aussi d’utiliser cette énergie devant améliorer leur bien-être et aussi leurs activités au quotidien. La deuxième peine était ce manque d’énergie qui a duré longtemps ou l’eau était à flux tendue. Vous vous souvenez, j’étais ministre de l’énergie et des mines jusqu’au 27 octobre 2017, et donc le flux était tendu chaque fois qu’il y avait la coupure d’électricité. Il y avait également des coupures d’eau tout simplement parce qu’il  n’y avait pas de réserve qui pourrait continuer à alimenter la population, même s’il manquait d’énergie. Et la troisième, c’est énorme ce que j’ai vu dans les unités chargées  de satisfaire nos clients qui ne faisaient que dire que notre société nationale d’énergie était caractérisée par son manque de dynamisme ou le vocable Epic a disparu. C’est-à-dire l’entité publique à vocation industrielle et commerciale avait perdu son C de commercial et que nous devons travailler et faire en sorte de la ressusciter et positionner la clientèle au cœur de cette société nationale. Mais très rapidement, le gouvernement a pris la mesure de la situation. Et  c’est pour cela d’ailleurs que le Président lui-même a pris les choses en main. Je me souviens le nombre d’entretiens, de réunions, qu’il obtient lui-même pour être sûr que les choses vont avancer, comme il veut,  pour répondre efficacement, rapidement et durablement aux besoin de nos concitoyens dans ce domaine qui est en fait le socle du développement socioéconomique. Fort de cela, il a mis très rapidement en place ce qu’on a rappelé le Prse (Plan de restructuration ou de redressement plutôt du secteur de l’énergie) L’objectif est de voir et de montrer rapidement que ce gouvernement a une vision, une vision claire dans tous les secteurs et particulièrement dans le secteur de l’énergie. Une vision qui nous permet de donner de la visibilité à travers des actions court, moyen et long termes.

Les présidents qui sont passés à la tête du Bénin, les gouvernements qui se sont succédé ont fait le constat que la situation est invivable. Aujourd’hui, le constat est appréciable. Qu’est ce qui prouve  que dans 5 ou 10 ans, un autre ministre ne va pas piquer une colère ?

Vous savez, j’ai envie de vous dire que ce ne sont pas des paroles qui vont vous répondre,  mais certains actes concrets. Je sais qu’en deux ans et demi, ce gouvernement a beaucoup fait et des résultats palpables se font sentir. Je prends un exemple tout simple qui est symptomatique du bureau du ministre de l’énergie actuel en avril 2016. J’avais environ une dizaine de coupures, et que dirais-je des nombreux Béninois qui ont vécu pendant des années ce calvaire. Mais quand on me pose la question aujourd’hui, j’ai du mal à me souvenir de la dernière coupure. Les mesures ont d’ailleurs été prises rapidement ou le Président dit,  je veux voir mes concitoyens fêter avec la lumière de qualité et permanente en fin 2016. Cet objectif qui, a priori, semble simple, a été atteint sans tambours ni trompette. Le Bénin, structurellement, est déficitaire en énergie, puisque 95% de notre énergie vient de l’extérieur et ce paradoxe va être définitivement et durablement levé à travers un certain nombre d’actions, surtout avec la réhabilitation de centrales fonctionnelles à Porto novo, Parakou et à Natitingou pour un nombre total de 30 Mw qui fonctionnent à merveille. Il était aussi question  de faire en sorte de diversifier les sources d’approvisionnement pour être sûr que nous ne comptons pas sur une seule source de provenance et que si cette source de provenance est défaillante, ce sont nos concitoyens qui vont continuer de  souffrir. Donc, pour cela, nous avions en fait une difficulté pour le faire. C’était le code bénino-togolais. Très rapidement, nous avons introduit une demande qui nous a permis d’obtenir une dérogation qui nous autorise à aller chercher ou compléter notre besoin en énergie ; ce qui s’est soldé aujourd’hui par un contrat avec la Société Parax Energie qui faisait 60 Mw en plus de ce que obtenons de la Ceb. Puisque le patron a donné un objectif de fin d’année, lumière pour tous, nous avions très rapidement mis tout en œuvre  pour amener des groupes électrogènes de très fortes puissances qui nous aidés, à court terme, à améliorer l’énergie. Nous avons donc  mobilisé près de 120 MW à une vitesse extraordinaire et qui ont permis à la fin de l’année  2016, d’atteindre cet objectif. Mais, en même temps que nous travaillons pour les mesures à court terme, nous avons commencé déjà à préparer le moyen et long termes. Des offres ont été lancées et  devraient nous permettre ou nous conduire à la construction de moyens de production durables et fortes puissances. Nous avons été agréablement surpris qu’une vingtaine de compagnies, toutes internationales, se soient manifestées pour apporter leur contribution dans ce domaine pour des centrales  de 120 Mw. Et en même temps, nous avons indemnisé des personnes qui devraient  l’être sur ces sites depuis 8 ans.  Je veux parler de Maria Gléta, une localité  qui reste l’une des plus belles en énergie électrique que j’ai  connues pour trois raisons. Premièrement, il y a des espaces prévus pour cela. Deuxièmement, il y a le gazoduc ouest africain dont je suis le président en exercice. Troisièmement, il y a les infrastructures d’évacuation d’énergie de la Ceb qui peuvent évacuer jusqu’à 600 Mw. Tout le monde a été indemnisé et le 29 septembre 2017, le contrat de construction de la centrale 120 Mw a été signé. Au moment où je vous parle, nous sommes à 70 %  et vu les 3000 tonnes que vous avons accueillies au port de Cotonou, nous sommes en passe, au premier semestre 2019, de voir cette centrale neuve  délivrée ses premiers mégawatts. Mais, dans le même temps, nous avons obtenu, à travers le processus, un consortium qui est chargé de construire une autre centrale de 120 Mw dont la clôture financière est en cours et donc au premier semestre 2019, on va lancer la construction de cette nouvelle centrale.

 Vous parlez de Maria-Gléta. On estime que vous exagérez un peu ? Vous savez que chez les Béninois, cela réveille beaucoup de traumatisme, l’existant cela devient quoi ? L’ancien Maria-Gléta, je veux dire.

La centrale 80 Mw qui existait, comme beaucoup de Béninois malheureusement le savent, n’a pas pu être en mesure de satisfaire leurs attentes. Et c’est pour cela que le gouvernement de Patrice Talon a pris le taureau par les cornes  et mis de nouveaux moyens flambants neufs pour répondre au besoin énergétique de nos concitoyens, de nos industriels et de nos artisans. C’est ce à quoi nous travaillons durablement. Je crois que le président Talon veut transformer rapidement ce mauvais souvenir à travers des réalisations concrètes.

 N’est-il pas risqué d’aller bâtir du neuf sur les cadavres de comptes non soldés ? De Maria-Gléta de 80 Mw ?

Il n’y a pas de risques là. Puisque c’est une question de gestion d’espace. Je vous dis que ce site est un des meilleurs que je trouve.

 Quand vous êtes arrivés, Monsieur le Ministre, vous avez constaté qu’il y a un déficit en énergie, vous avez travaillé. Quelle est la disponibilité énergétique aujourd’hui au Bénin ?

Nous avons travaillé d’arrache-pied, de jour comme de nuit, et je profite pour remercier mes collaborateurs, les représentants de la Banque mondiale pour l’inauguration de la ligne haute tension qui quitte Onigbolo pour Parakou, car le Nord était alimenté via le Togo. L’énergie qui quitte le Nigeria va d’abord au Togo, monte à Kara au Togo, avant d’entrer au Bénin. Cela veut dire que toutes ses difficultés impactaient le Nord du Bénin. Aujourd’hui, c’est terminé. Nous avons désormais une énergie qui arrive du Nigeria via Sakété et va à Onigbolo  pour être acheminée directement à Parakou. C’est une grande victoire et c’est historique, mais qui passe sans tambours ni trompette avec près de 30 milliards de la Banque mondiale qui vont permettre à nos concitoyens à la fois d’améliorer la qualité de la, mais aussi la qualité d’énergie électrique notamment dans la région du Nord. Cela  fait de Parakou aujourd’hui un Hub qui va permettre d’alimenter même la sous-région. L’inauguration a été faite ce 15 novembre 2018 à Onigbolo.

 Vous avez procédé à l’inauguration de cette infrastructure qui va permettre d’alimenter directement la partie septentrionale du Bénin. Nous savons que le Togo et le Bénin sont liés pour produire de l’énergie. Est-ce que ce qui est produit au est exclusivement utilisé pour le Bénin ?

Vous savez, en 1968 a été créée la Ceb. Cela fait 50 ans aujourd’hui. L’idée était noble que les deux pays se mettent ensemble pour gagner la bataille de l’énergie. Mais 50 ans après, les réalités sont tout autres. Nous raisonnons plutôt sous régional à travers la Cedeao, à travers l’Uemoa et beaucoup plus, puisque le 29 juin 2018, nous avons lancé le marché régional de l’électricité, le Bénin étant la capitale du système d’échanges de l’énergie électrique. Ce qu’il faut noter, c’est que cette communauté tient compte des réalités d’aujourd’hui. Nous ne pouvons pas être en situation de souffrance de nos concitoyens et rester enfermés dans une législation à laquelle nous avons souscrit. Quand la musique change, le pas de danse change. Dans ce cadre, nous avons jugé bon de demander cette dérogation du code bénino-Togolais ; ce qui a permis effectivement d’aller chercher une autre source d’approvisionnement pour compléter de manière à rendre disponible cette énergie à nos concitoyens. Ces actions nous ont d’ailleurs permis de commencer par démobiliser une partie des locations pour 50 Mw qui avaient été mis à disposition par l’entreprise Apr. C’est pour dire qu’il y a derrière tout cela de la vision que le gouvernement imprime à ce secteur. Nous avons eu raison de ne pas perdre du temps. Nous voulons de l’énergie, nous l’avons rendue disponible, mais désormais nous travaillons également à avoir un mix énergétique responsable, c’est-à-dire faire en sorte que nous puissions utiliser les sources possibles d’énergie, notamment les énergies renouvelables.

 On va parler des énergies renouvelables. C’est vrai que vous avez pris beaucoup d’initiatives pour sortir le Bénin de sa situation de noire, puisqu’on était habitué au délestage répété. Est-ce que l’énergie est disponible en quantité suffisante aujourd’hui ?

Rapidement quelques éléments de résultats concrets.  La durée moyenne de coupure d’électricité au Bénin est passée de 75h, soit plus de 3 jours sans électricité dans chaque foyer en 2015, à moins de 17h en 2018. Le temps moyen de Dépannage est passé, quant à lui, de 10,6h en 2015 à 2,3h en 2018. Ces différents indicateurs importants de performance de notre système électrique ont été respectivement divisés par plus de 4 et 5 en moins de 2 ans et demi. Aujourd’hui, grâce à la détermination du Président Patrice Talon, l’énergie est disponible. Je vous donne deux exemples. Il y a quelques semaines, j’ai visité trois gros consommateurs, c’est-à-dire les grands comptes de la Sbee. L’unanimité est faite autour de quelque chose de fondamentale, d’inédit, selon les responsables de ces trois structures. Il y a un « Avant 2016 » et un « Après 2016 ». Cela veut tout dire. Les indicateurs sont là. C’est le taux de production interne lorsqu’il y avait délestage. Ce taux était de 40 %, mais aujourd’hui, il n’est que de 3%. Pour gagner la bataille, nous misons sur la production et d’ailleurs les retombées sont concrètes, puisque plus de 1000 emplois sont créés sur la centrale en construction, qui est le plus gros chantier en ce moment au Bénin. Des entreprises béninoises y travaillent avec des technicités  béninoises qu’on ne redoutait pas et qui se révèlent davantage. Je suis persuadé que toutes ces entreprises vont améliorer leurs compétences pour aller en compétition à l’international. Et cela, il faut mettre à l’actif du gouvernement.

 Avant d’aborder les questions d’énergies renouvelables, est-ce qu’il y a d’autres chantiers à ouvrir pour véritablement rendre le Benin autonome et tenir le pari du chef de l’Etat dès sa prise de fonction ?

Vous savez, il y a trois phases. La production que je viens de décrire avec les retombées concrètes et tous les projets qui vont suivre, notamment à l’horizon 2020, nous ambitionnons d’avoir l’équivalent de 330 Mw. Je parlais du mix énergétique responsable qui traduit la volonté du gouvernement de développer les énergies renouvelables. A tout cela viendra s’ajouter  le hors réseau ou le gouvernement vient de prendre une bonne décision pour rendre le secteur plus attractif. Nous avons une centaine de Mw et c’est historique. Les centrales solaires qui vont être construites dans notre pays, les 25 Mw qui vont être délivrés au niveau de Onigbolo financés par l’Afd et l’Union européenne avec 100 Mw répartis dans quatre régions. Tout cela va permettre d’avoir 400 Mw à l’horizon 2021 sur notre territoire. Nous n’avons pas investi dans les infrastructures de réseaux, et c’est le prix que nous payons aujourd’hui. C’est pour cela, nous devons travailler dur pour rectifier définitivement ces manques. Le réseau étant vétuste et date des années 60. A côté de tout cela, il y a le gazoduc africain qui va offrir, à terme, près de 500 Mw. Les appels d’offres ont été lancés et les plus grosses entreprises se précipitent sur le projet, car le Bénin rassure aujourd’hui dans le secteur de l’énergie, mais dans les autres également. Mais nous ne pouvons pas faire tout cela sans avoir une société championne, c’est-à-dire la Sbee réellement aux côtés de sa clientèle. Le gouvernement, l’année dernière, a déjà pris la décision d’annuler la dette de la Sbee vis-à-vis de l’Etat.

 Alors comment les dettes sont arrivées ?

Je prends seulement l’exemple du combustible dont le gas-oil par exemple, c’est l’Etat qui payait, mais c’est la Sbee qui vendait l’électricité. Et c’est pourquoi l’Etat a pris la décision de poser des compteurs à prépaiement dans l’ensemble des administrations publiques. Il y a eu également la décision de mettre en place un contrat de gestion à la Sbee. Les réformes en cours permettront à terme dans le cadre de Mca 2, d’obtenir des résultats probants et d’avoir une clientèle encore plus proche de l’entreprise. Ce contrat de gestion n’est nullement une privatisation. Le Mca a joué un grand rôle dans le cadre du deuxième compact Millenium challenge account ; c’est une première consacrée exclusivement à l’énergie et dans la sous-région avec près de 250 milliards de frans Cfa. Nous n’allons pas occulter, dans ses réformes, l’Are qui jouent un rôle de défenseur pour le compte des consommateurs et qui a un regard dans tous les projets liés à l’énergie, des consommateurs avec qui nous entretenons de très bonnes relations et qui sont appelés à participer à des réunions ou à aller sur le terrain avec mes équipes.

 Beaucoup d’efforts, beaucoup d’initiatives, mais à quel prix ?

Votre question m’amène à vous demander  quel est prix des souffrances de nos concitoyens ? Cela n’a pas de prix pour le Président Talon. Il faut changer les choses pour offrir de l’énergie partout et à tous les concitoyens.

 Des travaux de maintenance sont-ils prévus ?

Nous devons travailler dans le développement du domaine de chaque compétence dans ce sous-secteur pour assurer la maintenance et garantir l’exploitation des infrastructures. C’est une préoccupation majeure pour le gouvernement.

Par quelle magie le Bénin (Cotonou)  devient capitale du système d’échanges d’électricité ?

Laissez-moi commencer par une phrase : « L’énergie est au cœur du Bénin, qui est désormais une terre d’opportunité ». Grâce au président Patrice Talon, au-delà du fait que Cotonou est la  capitale du Wapp, c’est la volonté du chef de l’Etat de donner de la visibilité à toutes les actions. Il n’y a pas de hasard. Le Bénin durablement avance dans ce secteur. Le Bénin est en passe de gagner le pari du développement dans ce sous-secteur grâce au chef de l’Etat.

 Source Canal3 Bénin