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La décision du chef de l’Etat cache des choses

Au cours de la première rencontre que le président de la République a eue avec les nouveaux membres du gouvernement avant leur prise de service, il a annoncé la dissolution de l’Inspection générale d’Etat. Cet acte matérialisé par un communiqué du Secrétaire général du gouvernement, le samedi 20 juin 2015, traduit la volonté du chef de l’Etat d’ensevelir, avant son départ, les dossiers qui accablent son régime.

Le président de la République a réuni les nouveaux membres du gouvernement à qui il a annoncé, sans autre forme de procès, la dissolution de l’Inspection générale d’Etat. En reprenant ses propres propos, le chef de l’Etat parle plutôt de réforme qui viserait à transformer l’Ige en une structure indépendante, autonome, dotée d’une personnalité juridique. Soit ! Et c’est à 9 mois de son départ qu’il trouve la formule magique indispensable pour résorber la gangrène de la corruption dont les racines se sont enfouies dans presque toutes les sphères de prise de décision. L’inspection générale d’Etat, créée par décret n°2006-319 du 12 juillet 2006, a pour objectifs d’informer « le président de la République, d’une part, sur les entraves à l’application des mesures visant la bonne gouvernance, la saine gestion des finances publiques et, d’autre part, sur les dispositions à prendre pour lutter contre la corruption et les infractions à caractère économique et financier ». Ainsi, l’Ige, dirigée par Jacques Alidou Koussé, depuis 2006, a fait plusieurs investigations et produit des rapports qui, pour la plupart, mettent dangereusement en cause la gestion de nombre de responsables de structures étatiques. D’après des indiscrétions, ces rapports accablent aussi bien les responsables directs que le chef de l’Etat lui-même qui instruit souvent les collaborateurs à agir contre l’orthodoxie en la matière. Il faut ensevelir tout ce qui est suicidaire avant le grand départ, s’est dit le président Yayi Boni. C’est donc, pour se prémunir d’éventuelles représailles de gouvernements futurs que le président de la République s’est autorisé à dissoudre, unilatéralement, l’Ige. Car, les nouveaux ministres qui n’avaient pas encore pris service n’avaient pas compétence à rendre une décision d’une telle ampleur.

 Le faux procès à l’Ige

 S’il est vrai que, depuis près de 10 ans, la nature juridique de l’Ige ne la rend pas autonome, il est aussi vrai que, depuis environ 10 ans, elle a fonctionné. Le reste est une question de volonté politique et non d’autonomie ou d’indépendance. Pendant près d’une décennie, l’Ige a fonctionné aux frais du contribuable. Et dire que les membres de cette inspection ont rang de membres de gouvernement, un peu comme ceux de la chancellerie. Il est inconcevable et irrespectueux vis-à-vis du peuple d’utiliser ses moyens humains, matériels et financiers, et ne pas rendre public les résultats. Il est indispensable et urgent que les résultats des audits effectués par l’Ige soient connus de tous, indépendamment des dispositions instituant cet organe. En le faisant, le président Yayi Boni aura prouvé sa bonne foi. Car, des voix s’élèvent pour lui faire porter les responsabilités d’une gestion catastrophique qui n’a pas permis au Bénin de devenir émergent. Des voix s’élèvent aussi pour réclamer, avec force et vigueur, que les résultats des audits de l’Ige soient connus. Des voix s’élèvent enfin pour dire que les auteurs d’éventuels crimes économiques doivent rendre gorge, comme le dit souvent le président Nicéphore Soglo. Il est un secret d’Etat qu’après avoir bénéficié de la légitimité du peuple, le président de la République doit lui rendre compte. Dans cet exercice, il est attendu les résultats de l’Ige sur la gestion des entreprises publiques et semi-publiques. C’est la raison pour laquelle le peuple ne s’est pas opposé à la création de l’Ige qui devrait contribuer à cet exercice de fin de mandat de Yayi Boni.

 Les élus du peuple interpellés

 Au regard des moyens engloutis pour entretenir l’Inspection générale d’Etat pendant 9 ans, il est aussi important que la représentation nationale puisse demander des comptes au chef de l’Etat. Avant que l’Inspection générale d’Etat ne soit « remplacée par un autre organe qui bénéficiera d’une autonomie financière de fonctionnement et de l’indépendance indispensable pour la réalisation de ses missions », tel que le précise le communiqué, les élus du peuple peuvent se saisir du dossier. Il faut que tous les rapports produits par l’Inspection générale de l’Etat soient récupérés et transmis au juge d’instruction pour que des enquêtes judiciaires soient ouvertes. A l’inverse, si le président Yayi Boni n’y trouve pas d’inconvénient, il peut, de son propre chef, rapporter sa décision et demander à Alidou Koussé de transmettre les dossiers à la justice. Car, rien n’a été dit sur ce que cet organe a produit pendant près d’une décennie. Selon certaines langues, les dossiers de l’Ige sont sulfureux. Que Yayi Boni ne leur donne pas raison.

 Jean-Claude Kouagou