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sebastien-ajavonLa Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) a poursuivi, hier jeudi 18 octobre, à Porto-Novo, l’audience sur l’affaire des 18 kg de cocaïne. A l’issue du procès, la Cour a rendu son verdict et condamné l’homme d’affaires.  
La potion est amère pour le prévenu Sébastien Ajavon et ses co-accusés. La Cour présidée par le juge Edouard Gangni a condamné l’homme d’affaires à 20 ans d’emprisonnement et 5 millions d’amende. Nestor Ajavon, Barnabé Eloua et Christien Tolodji, ses co-accusés écopent de la même sanction le même sort dans l’affaire 18 kg de cocaïne. Un mandat international a été ensuite lancé contre eux. Avant le prononcé de ce verdict, la Cour a suspendu par trois fois l’audience, avant de recevoir  à la barre, plusieurs témoins. Le capitaine Tchilao, commandant de la compagnie, au moment des faits, a retracé devant la Cour le fil des événements du 26 octobre 2016. A sa suite, un autre témoin s’est présenté à la barre, il s’agit de monsieur  Lokossou, représentant de la société Common Sa qui a révélé le numéro du plomb 113893 du container CRLU 1318954, objet de toutes les attentions.  Après ce dernier, trois autres témoins ont comparu à la barre. Il s’agit des sieurs Assogba, chef service unité mixte de contrôle des containers et Hounkanrin, agent consignataire, représentant de l’armateur Hanjin sheeping. Celui-ci a démontré que le plomb retrouvé sur le container en question n’est pas celui utilisé à Cotonou. Enfin Me Coovi, huissier de justice, requis par la société Common SA, le 28 octobre 20146, a lui-aussi fait sa déposition. Ce dernier a affirmé devant la Cour, que le plomb retrouvé ce jour est de couleur jaune et porte le numéro 113893. Il poursuit en affirmant qu’à l’ouverture du container, un colis a été retrouvé. Son contenu, après test souligne-t-il, révèle clairement qu’il s’agit de la cocaïne. Après les questions du procureur spécial, Me Ahouangonou, représentant la partie civile, a aussitôt demandé, à la Cour qu’acte lui soit donné sur les mentions du numéro du plomb et le fait que l’un des paquets du container contenait de la cocaïne. Une suspension est intervenue, autour de  13 heures 30 minutes. A la reprise, le verdict est tombé. Dans sa décision, la Cour a ordonné la destruction du scellé numéro 161/2016 du 4 novembre 2016 pris en charge par le greffe du tribunal de première instance de Cotonou. Elle a condamné solidairement les prévenus à payer à la douane béninoise le franc symbolique au dommage et intérêt, soit, 3 mois pour les frais, 1 mois pour les amendes, 20 jours pour dommage et intérêt, avec un délai d’opposition de 10 jours,  le tout par application des dispositions de la loi 2018-13 du 2 juillet 2018. Toutefois, il est à noter que compte tenu du non-respect des articles 423 et 431 évoqués par le procureur spécial, Gilbert Togbognon à l’audience du 4 octobre 2018, le président de la Cour n’a pu accepter la constitution du collège des avocats des prévenus que sont  Me Cheick du barreau d’Abidjan, Me Marc Bensimhon, Me Julien Bensimhon, et Maîtres Maîtres Ahounou, Gbodjo et consorts.

Martin Aïhonnou et Wadoud Alokpo

(Br Ouémé-Plateau)

Ajavon peut faire opposition

L’homme d’affaires Sébastien Ajavon a été finalement condamné à 20 ans d’emprisonnement. Le Juge, un peu sur les traces du Ministère public a condamné le roi de la volaille à la peine maximale. Sébastien Ajavon aura sans doute payé pour son absence. Il paie lourdement le prix de sa résistance, mais toutes les portes ne se sont pas encore fermées pour lui. Il a la possibilité de faire opposition à la décision rendue par le Juge de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Pour ce faire, il devra se constituer prisonnier. Dans la même journée d’hier, les Indopakistanais qui avaient été condamnés en première instance puis relâchés en appel, ont également écopé de la peine de 20 ans d’emprisonnement par défaut. Les prévenus ont fait l’objet d’une application stricte de la loi. La page de trafic de drogue se referme progressivement avec le verdict rendue hier. Sébastien Ajavon et les siens portent la charge d’une condamnation qu’ils seront amenés à purger tôt où tard. Sur un autre plan, les prévenus, dans le cadre des dossiers Société nationale des eaux du Bénin (Soneb) et Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss), sont convoqués devant la Criet le 15 novembre 2018. Le Tribunal de première instance ayant condamné les concernés, ils ont par la suite fait appel. La Criet,  juridiction en charge de connaître en premier et en dernier ressort, des infractions liées aux infractions économiques, se penchera logiquement sur les différents dossiers au regard de la loi qui l’institue.

Abdourhamane Touré

Ajavon fait sa déposition à 6000 km de Cotonou

Une grande partie du procès impliquant Sébastien Ajavon s’est déroulée dans la rue et dans les médias. Et comme si tout cela ne suffisait, l’homme d’affaires a médiatisé un dossier qui était pourtant marqué du sceau de l’instruction. En tout cas, Sébastien Ajavon a réussi à faire sa déposition non pas devant le Juge qui l’attendait hier, mais devant  un journaliste.
L’avocat principal de l’homme d’affaires Sébastien Ajavon, Eric Dupont Morretti, absent au procès d’hier avait déploré sur une station de radio française ce qu’il appelle l’hypermédiatisation des procès. Il affirme exactement ceci : « Les médias sont dans la surenchère. Vous avez des procès  où tout est sur la table médiatique. On est dans l’hypermédiatisation. Tout se fait sur la place publique. C’est devenu insupportable. La notion de secret qui est si importante pour totalement pulvériser la justice », a-t-il laissé entendre. L’avocat, la mort dans l’âme, se plaignait des excès médiatiques de ses confrères, mais n’a pas réussi à corriger l’incontinence médiatique brouillonne de son client Sébastien Ajavon sur une station de radio de son pays. Au cours de son intervention, l’homme d’affaires, accusé dans l’affaire Cocaïne, a confondu la station de radio à la barre. Il a non seulement violé le secret de l’instruction, mais est allé plus loin. On dirait même qu’il a franchi toutes les limites avec en face un journaliste qui jouait pratiquement au Juge avec des questions qui violaient vraiment tout le secret sur ce dossier pour lequel on l’attendait à Porto-Novo. Quelques morceaux choisis ! « Je suis totalement innocent des faits qui me sont reprochés dans le cadre d’une prétendue saisie de 18 kilos de cocaïne. Il s’agit d’un coup monté ». Et il déroule en faisant une incursion directe dans le fond du dossier. Sébastien Ajavon fait sa déposition parlant des scellés, de la procédure au niveau du Tribunal, bref, il vide le dossier avant qu’il ne commence. Et il poursuit : « Je n’ai jamais vu la marchandise. Est-ce qu’il s’agit d’une poudre ? La Gendarmerie est victime d’une machination… ». Il couronne le tout avec des insinuations politiques pour certifier son innocence, en tout cas, sur la station de radio en question. « Plus le soutien du peuple en ma faveur grandit, plus les accusations et procédures se multiplient à mon encontre. La Criet est une Cour d’exception. Nous n’avons plus de démocratie au Bénin. La Criet est une Cour d’exception qui est aux ordres. Nous avons une justice embastillée. C’est une machination politique ». Chapeau à Sébastien Ajavon qui a préféré faire sa déposition à 6.000 kilomètres de Cotonou. C’est un acte de bravoure à saluer.

A.T