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INES HODONOUAu détour d’une interview, Dr Inès Hadonou, enseignante-chercheure à la faculté des droits de l’Université de Parakou et Directrice de l’administration pénitentiaire, parle des innovations contenues dans les lois portant Code électoral et Charte des partis politiques en République du Bénin. L’acteur politique de la 5ème circonscription électorale et membre fondateur du Bloc républicain fait également la lumière sur le principe des 10% des suffrages exprimés.    
Le Matinal : Au Bénin, le militantisme n’est souvent pas féminin. Pourquoi avoir choisi de vous engager dans la politique ?
Dr Inès Hadonou: Il faut dire que très tôt, j’ai été activiste et déjà au collège, j’étais très engagée dans les questions de l’environnement, des Droits de l’Homme et les questions du Développement local. Donc, je me suis dit que c’est une passerelle pour régler les problèmes auxquels nous sommes confrontés. J’ai milité avec l’Ubf et aux premières heures de Frap. Je suis aussi l’un des acteurs de la jeunesse ayant soutenu activement la candidature de Patrice Talon pour la présidentielle en 2016. Mais il faut reconnaître que c’est difficile pour la femme de s’engager. Il faut qu’elle ait le soutien de sa famille, de son époux et de ses enfants. C’est très important. Je rends grâce à Dieu pour tout ça, parce que j’ai le soutien constant de mon époux qui me pousse loin en politique.
Ce n’est pas facile comme vous le dites. Et comment vous arrivez à concilier votre carrière d’enseignant avec la politique ?
Vous avez raison. Ce n’est pas facile entre mes cours, mes charges en tant que Directrice de l’Administration pénitentiaire et de la protection des droits humains, au ministère de la Justice, mes devoirs d’épouse et de mère au foyer. Cela nécessite vraiment du soutien de la part de tous vos proches. Et je puis dire que je suis bien entourée.
Vous avez dit que vous faites partie des militants des premières heures pour l’élection de Patrice Talon. Pourquoi avez-vous continué à soutenir le régime, malgré l’effet des réformes ?  
Je suis restée avec le Président Patrice Talon parce qu’il a fait un contrat social avec nous, et les réformes étaient prévues dans son projet de société. Seuls ceux qui n’étaient pas engagés n’y croient plus, parce qu’ils étaient habitués à la gabegie, au clientélisme. Patrice Talon a apporté la réponse la plus adéquate à la lutte contre la corruption et l’homme est à féliciter. Les réformes étaient dures les premières heures, mais il faut forcément que nous passions par là. Et ayant cru en l’homme, en ses capacités, je ne vois pas pourquoi je ne vais pas continuer à le soutenir. Aujourd’hui, les résultats sont là, et seuls les aveugles ne veulent pas voir. Ils ne veulent pas voir, parce qu’ils militent d’abord pour leurs intérêts personnels. Je ne veux pas citer de noms, mais il suffit de jeter un regard et vous verrez qu’ils n’ont jamais pensé au développement du plus grand nombre. On ne peut pas bâtir un Etat sur des intérêts personnels.
Quels sont les exemples qui fondent votre raisonnement ?
Aujourd’hui par exemple, le policier qui vous arrête sur la route ne rançonne plus. Il fait son travail et le fait bien. Quand vous entrez dans l’administration, même le greffier, pour signer un document, le fait bien et sur-place. Ce n’est plus comme avant où on vous dit qu’il n’est pas là, il s’est levé, revient dans tel ou tel jour. Aujourd’hui, lorsqu’on vous dit que cet acte est en 24h, vous l’aurez en 24h. Aujourd’hui, les actes de corruption sont conjugués au passé. Tout le monde est droit, c’est déjà heureux. La lutte contre la corruption n’est pas un vain mot sous le Président Talon. C’est vraiment dans les actes concrets. Il y a trop de choses qui se font sans trompettes, ni tambours. Il suffit d’ouvrir bien les yeux pour les constater.
Pourtant les Béninois crient ‘’c’est dur, ce n’est pas facile. On a trop serré les ceintures’’ ?  
En fait, cette expression m’a toujours fait sourire, parce que quand vous travaillez, vous avez votre gain et pourquoi on estime aujourd’hui que c’est dur, parce qu’il n’y a plus la corruption, il n’y a plus l’argent sale qui circule. Le président Patrice Talon fait du bon boulot et on en a besoin parce que ça ne se faisait pas avant. Et s’il ne le fait pas ainsi, demain les enfants vont payer le prix fort. Il faut quelqu’un qui a des couilles pour mener les réformes qui sont en train d’être faites.
Parlant des réformes justement, en matière d’organisation judicaire, le Bénin est doté d’une nouvelle juridiction sous le régime du Nouveau départ : La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Quelle appréciation faites-vous de cette juridiction ?
La Criet est un appel d’une situation donnée, c’est la réponse à une situation donnée. Aujourd’hui, tout le monde a peur de la Criet et ça c’est bien. Quand vous êtes nommés à un poste de responsabilité, vous vous armez de prudence, car vous vous dites qu’il y a une juridiction qui va s’occuper de vous s’il s’avère que vous êtes impliqué dans des actes de corruption. Aujourd’hui, les cybercriminels (gayman), les terroristes, savent qu’ils doivent avoir peur de cette juridiction. Quand vous allez au Port et à l’Aéroport de Cotonou, la criminalité a diminué en matière de passage de drogue. On a suffisamment peur du Bénin. C’est une belle réponse. Certes, il y aura des améliorations avec le temps, mais c’est une belle réponse à ce que nous vivons au Bénin.
Toujours dans ce registre des réformes, parlez-nous des innovations contenues dans les lois portant Code électoral et Charte des partis politiques en République du Bénin ?
Lors des tournées de restitution des actes de mon parti, le Bloc Républicain, que ça soit à Allada, à Calavi, à Tori ou à Cotonou, nous avons suffisamment parlé des innovations contenues dans les lois portant Code électoral et Charte des partis politiques en République du Bénin. En termes d’innovations, on retient entre autres, le cautionnement pour les élections. La caution est le montant que paye chaque candidat pour pouvoir être éligible aux élections législatives et la présidentielle. Pour la présidentielle, la caution est fixée à 250 millions. En ce qui concerne les législatives, elle est de 249 millions, et il n’y a plus d’alliance de partis politiques. Les 83 titulaires et 83 suppléants doivent se mettre ensemble pour payer la caution. Et la Charte des partis politiques interdit les alliances de partis. Seuls les partis constitués peuvent prendre part aux élections et pour ça, nous devons avoir 15 membres fondateurs par commune. Soit pour l’ensemble des 77 communes du Bénin, nous devons avoir pour chaque parti politique, 1155 membres fondateurs. Du coup, vous allez voir que le nombre de partis va diminuer considérablement dans le temps. C’est déjà heureux, parce que nous ne pouvons pas être 10 millions d’âmes, et avoir une flopée de partis politiques. Il y a aussi le financement public des partis politiques, grâce aux ressources de l’Etat, qui prendra corps dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme du système partisan. Mais, il est interdit que des sociétés puissent désormais financer les partis politiques. S’il y a financement privé, il proviendra d’un individu. Egalement, il y a le financement privé des partis politiques qui provient des souscriptions de tous les membres, que ce soient membres fondateurs ou membres adhérents ou partisans. Il faut également retenir que désormais pour les candidatures aux communales, locales, ou municipales la caution est à 10.000 Fcfa au lieu de 20.000 Fcfa comme précédemment énoncé dans le Code. Il y a également dans les innovations, les 10% exigés. Pour que les voix puissent être décomptées pour un parti politique, il faut que ce parti politique puisse obtenir 10% des suffrages exprimés. Et de façon transitoire, il est dit que pour ces élections législatives de 2019, s’il y a moins de 4 partis politiques, ce sont les anciennes règles qui seront appliquées. Mais si on va au-delà de 4 partis, c’est la règle des 10% calculée proportionnellement aux suffrages exprimés qui va s’imposer à nous.
La réforme du système partisan fait également obligation aux partis politiques de prendre part à toutes les échéances. Qu’en est-il exactement ?  
Aucun parti politique ne peut plus manquer de façon successive aux élections. Si vous manquez une première fois, puis une seconde fois, vous n’êtes plus considéré comme un parti politique. Cela fait partie des innovations. Il y a également un mandataire financier pour chaque parti politique, qui est responsable pénalement. C’est lui qui doit recevoir les dons, les legs, les financements et les justifier véritablement. S’il ne le fait pas, s’il ne présente pas son bilan à la fin de l’exercice, il est pénalement responsable. Mieux, il y a également les commissaires au compte qui devront désormais être nommés par chaque parti politique.
La question du quitus fiscal comme l’une des pièces maitresse fait aussi débat. Que dit la loi et quel est l’intérêt de cette réforme ?  
Pour ma part, j’estime que c’est une belle innovation parce que vous ne pouvez pas avoir tout le privilège qu’on a, en tant que député, et dire que vous n’êtes pas un bon citoyen. Être un bon citoyen, c’est être à jour vis-à-vis des impôts, donc la loi fait obligation à tout candidat de produire, au nombre des sept pièces qui accompagnent la déclaration de candidature, un quitus fiscal. Et pour l’avoir, il faudrait avoir un Identifiant fiscal unique (Ifu). Un numéro d’Ifu. Le quitus fiscal prend en compte les trois dernières années. Donc, sur ces trois années, vous devez prouver que vous avez régulièrement payé vos impôts en tant que citoyen. Et si vous savez que vous devrez aller aux élections, vous devez vous y préparer. On ne se lève pas, du jour au lendemain, pour dire qu’on veut aller aux élections, c’est une préparation. Donc, prétendre qu’on est à jour et qu’on n’a pas obtenu un quitus fiscal, je dis que c’est du non-sens.
Pourquoi avoir choisi le Bloc Républicain pour soutenir le président Patrice Talon ?  
C’est vrai qu’aujourd’hui parmi les partis politiques qui soutiennent les actions du chef de l’État, on a deux partis à savoir, l’Union progressiste et le Bloc républicain. Je suis du Bloc républicain, membre fondateur, personne engagée, tout simplement parce que c’est le Bloc des jeunes, le Bloc des femmes. Et je défie tous les partis politiques, qu’ils soient de la mouvance ou de l’opposition, de me prouver, dans leurs textes, qu’il y a une part belle réservée à la femme et à la jeunesse. Le seul parti politique qui a prévu de façon explicite et sans détour que désormais les jeunes dans les instances de partis auront 30% et les femmes 30% des membres dirigeants, ce seul parti politique, c’est le Bloc républicain. Et pour ce faire, j’estime que le seul parti politique qui prend en compte les idéologies, les désidératas de la jeunesse et de la femme, c’est le Bloc républicain, et je milite pour ce Bloc.
Quelles sont les chances du Bloc républicain dans la 5ème circonscription électorale ?
Nos chances sont intactes et elles sont à 100%. Notre chance aujourd’hui, c’est la jeunesse. On n’estime que par rapport à ces désidératas de la jeunesse du renouvellement de la classe politique, pas forcément en entièreté, ça ne peut même pas être le cas, le Bloc républicain s’y attelle. On a des personnes âgées au Bloc républicain, parce qu’ils ont de l’expérience et pour aller aux élections, il faut forcément aller à leur école. Du coup, ils nous tendent la main pour que vraiment, on puisse bénéficier de leur expérience pour aller aux élections, d’où leur présence à nos côtés. Les plus-values donc du Bloc républicain aujourd’hui par rapport aux autres partis politiques, ce sont les nouvelles technologies, c’est la jeunesse, c’est la femme qui milite activement dans ce parti.

Si vous étiez la conseillère de Patrice Talon, que lui conseilleriez-vous pour le reste du mandat ?
Tout d’abord, je ne suis pas sa conseillère. Il a des conseillers avisés. Je ne peux que lui souhaiter du courage dans les réformes, parce qu’il aurait pu être un homme populiste, mais il a voulu travailler pour cette Nation afin que le Bénin puisse engranger les fruits. Et si vous allez souvent à l’extérieur, le Bénin fait la fierté. Le reste, ce n’est que des intoxications, des intérêts personnels et de la vengeance. Dans un passé récent, on sait ce qui se passe, et aucun leader ne peut se promener sans être arrêté ou bâillonné. Aujourd’hui, on circule librement. Donc, je lui demande de continuer dans ces réformes et surtout du courage parce que ce n’est pas facile. Je vais remercier toutes les personnes qui militent au Bloc républicain. Je lance un appel pressant à toute la jeunesse, à toutes les femmes de militer massivement dans le Bloc républicain, parce que c’est leur parti, c’est notre parti et c’est le seul qui fait la promotion de la femme, de la jeunesse.

Propos recueillis par Odi I. Aïtchédji