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Le site du drame au lendemain de l’incident

L’évènement malheureux survenu à Avamè, dans la Commune de Tori-Bossito le jeudi 8 septembre 2016 est interprété de plusieurs manières. Mais en réalité, cela a révélé le revers d’une mauvaise fortune et la légèreté des autorités en charge des opérations d’incinération. 

Il est 14h30 environ, le jeudi 8 septembre 2016. Après avoir passé près d’une heure sur le lieu du drame, nous avons décidé de recueillir certains témoignages sans lesquels, la vérité des faits ne peut être établie. Sous un chaud soleil et suivant l’indication donnée par des agents de sécurité rencontrés, nous avons emprunté un sentier pour nous retrouver à un endroit difficile à indiquer. C’était dans une grande brousse. Les signaux des réseaux téléphoniques avaient disparu des écrans de nos téléphones. Ayant constaté qu’on se perdait, nous avons décidé de nous retourner carrément. On en était là quand arrive un jeune garçon d’environ 10 ans. Sur son vieux vélo sans frein, le jeune garçon s’immobilise à notre niveau le vélo se servant de ses pieds pour freiner. Nous lui demandons des renseignements par rapport à la voie qui mène aux villages situés aux alentours du lieu du drame. Ses indications n’étaient pas claires. Nous lui avons demandé s’il connaît une famille touchée par la catastrophe de la veille. Il nous répond par l’affirmative  et nous conduit dans une ferme située à près de 500 mètres du site d’incinération. Un homme âgé d’environ 50 ans nous y accueille avec un air et un ton emplis de tristesse. « C’est mon papa », dit le garçon, l’invitant à nous conter comment un de ses petit-fils a été victime de la catastrophe : « Il était ensemble avec nous hier quand l’alerte est venue. Des gens du village voisin ont pris par ici avec des sacs de farine de blé. Quand il voulait partir, je lui ai demandé ce qu’il voulait en faire, puisque récemment, ils ont ramassé des produits que nous n’avons même pas fini de consommer. Il est parti et plus tard, on nous le ramène avec les deux pieds brûlés jusqu’aux genoux. Heureusement que la tenue qu’il avait portée l’a protégé. Son cas était mieux. Car des gens ont été transportés par ici dans un état très critique. Et ce matin déjà, leurs corps ont été ramenés pour inhumation. Mon petit-fils va mieux. Son père est avec lui au Cnhu et ça va». A la question de savoir ce qui s’est passé pour que cette fois-ci, les gens se fassent brûler alors qu’ils ont l’habitude d’aller ramasser les produits sur le même site, il nous répond, toujours en langue nationale fon : « C’est difficile d’expliquer ce qui est arrivé. Mais il semble que les gens nous ont piégés. D’habitude, ils déversent les produits, mettent le feu simplement et s’en vont. Mais cette fois-ci, ils semblent avoir arrosé chaque couche avec de l’essence et de carbure du bas jusqu’en haut où ils ont mis le feu. Ceux qui sont allés en premier sur les lieux ont éteint le feu de la première couche et ont ramassé de la farine de blé. Ceux qui ont suivi étaient dans les fosses en train de sortir les sacs de farine de blé quand des étincelles ont provoqué l’explosion. Difficile de vite sortir. Le feu a brûlé beaucoup d’entre eux, surtout les femmes qui avaient du mal à sortir des fosses. Ceux qui ont été aidés ont pu échapper à la colère des femmes ». Il n’était pas sur les lieux. Mais il a indiqué que d’habitude, les forces de l’ordre partent en même temps que les gens qui sont venus incinérer les produits. Et donc, personne ne dissuade les populations quand elles se ruent sur le site.

La légèreté des autorités

« Ils ont piégé nos populations », a déclaré le chef du village de Masseto, arrondissement d’Avamè. C’est le village le plus proche du lieu de décharge et qui donne d’ailleurs accès au site. Son fils et porte-parole de circonstance révèle que d’habitude, les populations sont alertées et prévenues d’avance sur l’arrivée de produits à incinérer. Sans citer de noms, le jeune indique que les mêmes personnes venues incinérer se retournent, parfois avec les produits au grand dam des villageois. Dans la plupart des cas, ces produits impropres à la consommation sont effectivement déchargés et déversés dans le fossé pour être brûlés. Ce qui fait le bonheur de nombreuses personnes dans cet arrondissement qui compte six villages. « Je ne vais pas le nier. Ce n’est pas la première fois que les populations d’Avamè s’en vont ramasser les produits du genre », a reconnu le Chef d’arrondissement d’Avamè. « Dans cette affaire, des gens trouvent beaucoup d’argent. Ils ramassent les produits et en revendent. C’est pour cela que lorsque les camions chargés de produits à incinérer arrivent chez nous, tout le monde se met aux aguets…Les autorités savent que cette situation se produit régulièrement ici. Elles savent que les populations vont éteindre le feu et ramasser les produits. Et à aucun moment, personne aucune disposition n’a été prise pour les en empêcher », a déploré le chef du village de Masseto.  Deux agents des forces de sécurité rencontrés sur le site à savoir, un gendarme et un fonctionnaire de la police, relayés plus tard par deux autres, confient plutôt que les lieux sont souvent sécurisés. Le chef-village de Masseto pointent plutôt un doigt accusateur les forces de sécurité, qui selon lui quittent souvent les lieux au même moment que ceux qui sont venus incinérer les produits. Face à notre insistance d’en savoir un peu plus sur le drame de jeudi dernier, les deux agents  ont répondu qu’ils n’en étaient pas témoins.

 Malheur aux derniers venus

« Je vous dis que mon petit-fils et toutes les victimes ont de la malchance. Sinon, le jeudi soir, en même temps, les premiers qui sont partis ont pu rentrer sans problème avec des sacs de farine de blé. Ils n’ont eu aucun problème. C’est ceux qui sont arrivés après qui ont trouvé malheur», se désole l’homme dont le petit fils nous a servi d’éclaireur.

Félicien Fangnon