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assemblee-mairieA force de ne pas envisager méthodiquement une carrière politique, beaucoup d’anciens députés qui ont chuté à l’occasion des dernières législatives lorgnent les fauteuils de maire. Or, en occident, la courbe représentative de l’évolution politique des citoyens est plutôt ascendante et non descendante, comme c’est le cas au Bénin.

Ils font du coq à l’âne. Ils jouent au singe en sautant dans tous les sens. Ils, ce sont certains anciens députés qui n’ont pu se faire réélire. Pour ne pas figurer au sein de la population au même rang que le citoyen lambda, ils ont pris d’assaut les Communes. Beaucoup de Béninois s’empressent de se parachuter en politique en occupant de hautes fonctions électives ou nominatives. Pour eux, le leitmotiv est l’adage « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » de Pierre Corneille dans Le Cid. Tout porte à croire qu’au Bénin, « tout le monde est bien né…. » L’essentiel est de parvenir à occuper une haute fonction en saisissant toutes les circonstances et les opportunités. Peu importent pour beaucoup l’expérience et le parcours politique. C’est dans l’ordre normal des choses qu’en s’aventurant de la sorte, ils finissent par connaître des lendemains difficiles. Car, après les hautes fonctions, survint, pour la plupart la déchéance. Nicaise Fagnon, l’actuel maire de la Commune de Dassa-Zoumè, département des Collines, s’est résolu, malgré lui, à postuler aux fonctions de maire, après avoir été ministre de la République et député à l’Assemblée nationale sur la liste des Forces cauris pour un Bénin émergent. Le magistrat Razaki Issifou Amouda, ancien député à l’Assemblée nationale sous la bannière de l’Union pour le Bénin du futur (Ubf) lutte en ce moment pour être le maire de la Commune de Ouassa-Péhunco, dans le département de l’Atacora. Cyriaque Domingo, le maire de Houéyogbé, département du Mono, pour la mandature légale 2015-2020, était précédemment député à l’Assemblée nationale avec le soutien de ses alliés du groupe « G13 », puis de l’Union fait la nation (Un). Le statut actuel de ces personnalités présente une courbe politique descendante.

 L’exemple occidental

 En Occident, on commence la carrière politique par le militantisme à la base. Puis, on se voit confier des responsabilités au sein des partis, où on fait un apprentissage. A un autre moment, on se convainc que le militant peut aspirer aux fonctions d’élu. A partir de ce moment commence véritablement une carrière politique avec les élections cantonades. Et successivement, on est candidat aux élections municipales, régionales, législatives, sénatoriales et pourquoi pas, si le destin en décide autrement, à l’élection présidentielle. Au cours de ce parcours qui part la hiérarchie inférieure pour aboutir à la hiérarchie supérieure, on acquiert de l’expérience. On bâtit progressivement son charisme à la somme des difficultés, des échecs et des succès. Suivant la formation technique et professionnelle de l’intéressé, il peut être appelé à assumer des fonctions nominatives. On devient un homme complet, hissé au sommet de la hiérarchie sociale et dont l’image est connue de la jeune génération et reconnue de ceux de sa génération. Dans un tel système, la courbe du parcours politique est souvent ascendante et hisse au firmament de l’ordre social, le citoyen qui n’est plus obligé, en désespoir de cause, de convoiter des postes de l’ordre inférieur. En réalité, dans le contexte qui est celui du Bénin, on acquiert un train de vie qui n’est pas proportionnel au statut réel de l’intéressé. L’atterrissage au sein des concitoyens devient humiliant et difficile à supporter. De hauts cadres et d’anciens députés ont fait cette expérience amère. Le pouvoir, selon l’ancien conseiller à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac), Edouard Loko, donne la paresse. On est entretenu aux frais de la princesse. Tout est fourni à l’autorité qui craint ne plus bénéficier des privilèges qu’offrent les fonctions électives ou nominatives élevées. Voilà pourquoi, sans vergogne et suspendu au leitmotiv de participer au développement de leur localité d’origine, ceux qui avaient sauté des paliers cherchent toujours à revenir aux affaires même s’il faut occuper le poste de chef de village. Ainsi se fait la politique au Bénin.

 Jean-Claude Kouagou