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Débat-Talon-Zinsou2
Lionel Zinsou battu à plate couture par Patrice Talon

Le second tour de la présidentielle a connu son dernier virage ce jeudi 17 mars 2016, sur les plateaux de la Télévision nationale. Pendant le débat qui l’opposait à Patrice Talon, le Premier ministre Lionel Zinsou qui, visiblement, n’y croit plus, est parfois apparu condescendant, agressif et très émoussé, devant un adversaire bien en phase avec les réalités de son peuple.

Le débat le plus attendu par les électeurs béninois a eu lieu hier jeudi sur la Télévision nationale. Pendant ce grand moment de télévision, il y a eu de chaudes empoignades et des passes d’armes mémorables entre les deux candidats en lice pour le 2ème tour de l’élection présidentielle. Loin de la courtoisie feutrée et hypocrite qui dessert souvent les débats politiques de ce calibre, cette première dans l’histoire démocratique du Bénin n’a pas démérité. Les deux candidats ont, sans langue de bois, abordé l’essentiel des sujets qui font l’actualité, n’hésitant pas à brocarder les failles et insuffisances l’un de l’autre. Le Premier ministre Lionel Zinsou, chichement habillé dans l’un des nombreux boubous basins dont il raffole, peut-être crispé par l’enjeu, n’a pas su convaincre. Abattu par le bilan plutôt « comateux » de son parrain, le Premier ministre, malgré toute sa bonne volonté, n’a pas retrouvé son habituelle aisance, ni la finesse de l’intelligence politique qui le caractérise. Contrairement à un Patrice Talon, heureux et requinqué par la perspective toute prochaine d’être aux affaires avec sa coalition. Habillé en costume bien coupé, le magnat du coton n’a d’ailleurs pas démenti sa réputation de fin connaisseur des dossiers de l’Etat. Certes, son concurrent n’a pas démérité. Mais, Lionel Zinsou n’a pas su se départir d’un ton professoral très préjudiciable à son discours, faisant étalage de connaissances larges, moins enracinées et ancrées dans les réalités de son pays. Lionel Zinsou, faute grave et impardonnable à ce niveau, a plusieurs fois interrompu son vis-à-vis, foulant ainsi allègrement les règles fixées à l’avance pour rendre les échanges agréables. Déçu par la gestion de Yayi Boni, Patrice Talon, remonté et prêt à en découdre, n’a pas hésité à dénoncer les nombreuses incohérences et tares du gouvernement, rendant pour l’occasion, Lionel Zinsou complice de l’évolution négative et de l’état de pourrissement avancé de l’économie nationale. « Cher ami, vous ne connaissez pas le Bénin », a-t-il souvent répété devant les réponses « évasives » du Premier ministre. « Le modèle politique ne plaît plus à personne. L’Etat est défaillant partout. Il y a du clientélisme, et une crise de confiance dans les institutions. Le Bénin est devenu la risée du monde. Il faut restaurer la dignité du pays », a ainsi martelé le leader de la « Coalition de la rupture ».

Un « Etat-voyou »

La tension est montée quand le 2ème du 1er tour, a démontré comment, à travers le non-respect des engagements et des institutions de contre-pouvoir, l’Etat béninois est devenu un « Etat-voyou ». Retournant les accusations de « syndrome du gouverneur » colonial portées à son encontre par Patrice Talon qui voit en lui un politicien français, le Premier, un peu agacé, est remonté dans l’histoire et la généalogie, pour dire sa fierté d’être un « Zinsou », face à un « Talon » dont l’arrière-parent est un marchand d’esclaves. N’arrivant pas à désarçonner son contradicteur, le Premier ministre Lionel Zinsou se laissera même aller à des accusations de « conflit d’intérêts » à l’encontre de son contradicteur. Pour lui, Patrice Talon s’est adjugé des marchés publics dans la vente des engrais aux cotonculteurs. Relevant   « maladresses et contre-vérités » dans le discours du chantre du « Bénin gagnant », Patrice Talon, a rappelé la nécessité de dépolitiser une administration publique où les concours frauduleux et la discrimination des citoyens, sont, entre-autres, devenus des crimes courants et banals.

Wilfrid Noubadan

Et si Zinsou se renseignait sur comment se soignent les Béninois ?

« Comment se soignent les Béninois ?» C’était l’une des plus belle partie du film d’hier. Oh, que le journaliste était super bien inspiré ! On ne pouvait vraiment pas demander mieux pour jauger le niveau de connaissance de la politique sanitaire du Bénin par les deux aspirants au poste de Président de la République. La balle est lancée et Lionel s’est empressé de la saisir en déroulant sa machine à vent qui n’avait pratiquement rien de consistant. En effet, au lieu de poser le diagnostic de la situation sanitaire du pays, le candidat Lionel n’a pas trouvé mieux à dire que de gaver les téléspectateurs studieux des sujets banales comme l’Etat de santé fragile de sa femme, sa mère qui était infirmière et son père docteur, bref, de détails inutiles. Il a farfouillé pendant un bon moment avant de bredouiller sur un sujet aussi sensible. Sur ce plan, Lionel Zinsou est carrément passé à côté de la plaque. Le candidat n’a pas réussi à décrire comment le dernier Béninois se soigne. C’est simplement un affront à la vieille du village de Hêtinsota dans l’Ouémé ou de Kidaroupérou qui doit faire plusieurs kilomètres à pied avant de trouver un dispensaire. C’est un affront à la nourrice qui a accouché à la maison faute de centre d’accouchement proche. C’est un affront au médecin de cette localité perdue du Bénin qui s’échine chaque jour à faire des accouchements dans des conditions très difficiles faute d’électricité. De toute cette misère ambiante, Monsieur le candidat n’a rien trouvé à dire que de nous parler de la santé de sa femme. Voilà Patrice Talon qui, comme un enseignant, lui montra qu’au Bénin, il y a des gens qui ne peuvent pas se soigner dans les cliniques privés huppés comme lui et son interlocuteur justement parce qu’ils n’ont pas un revenu suffisant. Voilà Patrice Talon qui se trouve obligé d’informer Lionel Zinsou que le plateau technique des hôpitaux du Bénin est désuet et même quasi inexistant et qu’il va falloir le rénové ou l’installer. Voilà une fois encore Patrice obligé de dire à Lionel Zinsou qu’il faut de l’énergie à suffisance pour assurer une santé équitable à tous les Béninois. Le contradicteur de Patrice Talon est souvent tout rouge quand il lui lance à la figure qu’il ne connait pas le pays, mais en réalité, ce n’est qu’un très beau compliment.

Abdourhamane Touré