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tenues
Les jeunes filles sacrifient la décence au profit de la dépravation

Aujourd’hui, les jeunes ont un goût prononcé pour le snobisme. C’est ce qui fait qu’on constate une sorte d’écart vestimentaire attentatoire aux bonnes mœurs. Un tour dans la ville de Cotonou permet de se rendre compte de ce que les habitudes vestimentaires ont changé au motif de la cherté de la vie. 

La pudeur est reléguée au second rang. La dépravation des mœurs prend de l’ascension avec le style vestimentaire exhibitionniste des jeunes, au motif que les tenues traditionnelles coûtent cher. Ces jeunes ont donc opté pour la modernité en fonction de leur bourse. Ainsi, les tenues traditionnelles communément appelées ‘‘Bomba’’, ‘‘Agbada’’ ou ‘‘Bayavi’’ sont abandonnées. Un tour dans la ville de Cotonou a permis de se rendre compte de ce que plus rien ne correspond au style vestimentaire du vieux temps. Pantalon collant et laissant découvrir la morphologie de l’individu. Chemise sans taille et donnant une belle vue sur le nombril. Tour de taille exposé à la première vue. Les perles indiscrètes. C’est à travers ces styles vestimentaires qu’on reconnaît la plupart des jeunes filles. Chez les garçons, l’habillement est aussi sexy et le sous-vêtement se laisse contempler. En cette période de vacances où les uniformes scolaires sont rangés dans les valises, les jeunes profitent pour faire leur « défilé de mode » dans la ville. Sur les motos, en circulation, les demoiselles se laissent admirer quelle que soit la tenue. Les jeunes ne s’en plaignent pas : « On n’y peut rien, c’est l’exigence de notre génération et on évolue avec. Et moi, je suis du genre à me préoccuper peu du regard des autres.», explique Samuel, étudiant en gestion commerciale à l’Eneam. Les raisons qui sous-tendent la préférence des tenues dites modernes divergent d’un jeune à un autre. Hanane, élève au second cycle au Ceg Segbèya à Cotonou, s’explique : « Quand on porte un pantalon jean, on se sent beaucoup plus à l’aise, on peut marcher comme on veut ». Aussi, ajoute-t-elle : « En voulant monter sur la moto, c’est plus sûr et plus pratique en pantalon, on n’a pas de soucis de dénouement de pagne ». Dans cet ordre d’idées, Julien, jeune apprenti mécanicien, déclare : « Je ne porte de tenues traditionnelles que pour aller à un mariage, un baptême ou à l’église ».
 L’argument financier
 Par ailleurs, le manque de moyens semble justifier le désintérêt des jeunes pour les vêtements traditionnels. Kate, ayant fraichement décroché le Bac, justifie que c’est souvent dû au manque de moyens financiers qu’il ne s’habille pas en traditionnel. « Il faut avoir au moins 6000f Cfa pour s’acheter une tenue traditionnelle bien cousue et à la mode. Même si confectionner une tenue traditionnelle n’est pas à la portée de toutes les bourses, certains jeunes qui ont les moyens de le faire font face à des contraintes. En effet, certaines exigences d’ordre professionnel ne permettent pas non seulement aux jeunes, mais aussi aux adultes d’affirmer leur identité culturelle. Marlène, agent commerciale dans une agence de voyage de la place, confie : « Certaines agences ont des styles imposés. Si tu veux garder ton boulot, tu n’as pas d’autres choix que de te conformer aux règles.». Il ne fait donc l’ombre d’aucun doute que les raisons sociales et économiques déterminent le choix et les modèles vestimentaires chez certains jeunes. En effet, disent des jeunes, pour quelqu’un qui veut s’habiller en tenue locale, il lui faut au moins 3.500f Cfa pour le tissu et autant pour la couture. Alors qu’avec 3.500f Cfa, ce dernier peut avoir 2 pantalons jeans et 3 tee-shirts au marché Missèbo. Odile fait remarquer : « Les tenues modernes peuvent être portées durant plus d’un an sans se détériorer contrairement aux tenues traditionnelles qu’on ne peut pas utiliser avec une certaine fréquence sans craindre la détérioration. Ainsi, il se pose un problème de ressources. Être sexy ou être dans le coup  ne veut pas dire être extravagant. Cela frise de l’aliénation culturelle. A la question de savoir si la tenue traditionnelle a disparu, Jérémy répond sans grand enthousiasme : « On aime autant la tenue locale que moderne. Les tenues modernes permettent aux jeunes filles d’être sexy». Malgré cette tendance à l’écart vestimentaire, des jeunes ne se laissent pas influencer par la tendance en vogue. Alima, jeune vendeuse de pagne à Dantokpa confirme : « Moi, je ne me préoccupe de personne. Je m’habille comme je veux et comme il faut. Je m’habille pour moi. Je veux d’abord être à l’aise dans ce que je porte. Par conséquent, je ne m’affiche jamais en petite jupe par exemple, je préfère un jean ». C’est la philosophie de la plupart des jeunes conscients. Ces derniers sont constamment critiqués pour leur apparence physique.
 Le jugement des adultes
 Pour une mère de famille interrogée à Ekpè, « les jeunes s’habillent très mal. Je n’en reviens pas. On voit des filles dans la rue qui laissent intentionnellement voir leur string, ou des garçons qui, par le biais de la taille basse, laissent entrevoir leur sous-vêtement, ce n’est pas normal ! » Selon elle, la part de responsabilité revient aux parents. « Tout commence par l’éducation de base ! Les enfants sont à l’image des parents. Les parents, de nos jours, ne contrôlent plus rien. Ils ne cherchent que l’argent, rien d’autre. C’est inconcevable de faire un enfant et de ne pas s’en occuper », se désole la mère. « Si vous voulez qu’on vous respecte, apprenez à  vous respecter vous-même, Evitez  les tenues extravagantes qui pourraient vous porter préjudice », conseille Jeanne, mère de famille habitant à Djeffa. A la même question, voici ce que disent les religieux. « Dieu veut que l’homme se vêtisse à l’aide de matières solides afin de protéger son corps, temple de Dieu. Il est essentiel d’amener les jeunes à se rendre compte par l’éducation et la parole de Dieu que le corps est à utiliser avec dignité et respect. » Il est possible de se valoriser autrement en s’habillant plus décemment. Car, il ne faut pas l’oublier, l’attachement à la mode est intimement lié à l’estime de soi.
 
Giovannia Atodjinou-Zinsou
(Stag)
 
Responsabilité partagée
 Préoccupés par la dépravation de la couche juvénile, les adultes appellent la jeunesse au respect strict des valeurs. S’il est vrai qu’une part de responsabilité revient à la jeunesse, l’autre incombe aux médias. Les feuilletons, les clips importés, ne font qu’aggraver la situation. Le développement de la technologie n’est pas à négliger. Chaque espace géographique répond à ses principes et à ses règles. Entre la publicité et la pression sociale, les jeunes sont constamment exposés aux diktats de la mode. Ce sont les parents qui en font souvent les frais. Car il n’est pas toujours évident de gérer les caprices de leurs progénitures sur ce sujet. Fini le temps où les parents choisissaient les tenues pour leurs enfants. L’aliénation vestimentaire n’est pas sans conséquence sur le développement culturel du pays. Elle engendre une perte de l’identité culturelle de l’individu. Se vêtir selon sa culture est une chose importante,  la manière de s’habiller donne déjà une idée de la personne qu’on est. Si ce n’est pas du mimétisme, comment expliquer le fait d’être Africain et de vouloir s’habiller comme un Américain ? On peut accuser d’emblée la jeunesse de faire une rupture avec la culture.
 
G.A-Z (Stag)