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Irené Agossa
Les efforts du Dg Agossa noyés dans l’océan des problèmes

La Société nationale pour la commercialisation des produits pétroliers (Sonacop) est dans un état critique. Elle va mal sur plusieurs plans. L’entreprise s’écroule davantage  depuis qu’elle est retournée dans le giron de l’Etat, malgré les efforts de la direction générale. Une seule thérapie pourrait lui redonner du souffle : la dénationalisation.   

Le retour de la Sonacop au privé est de plus en plus nécessaire. Et pour cause. Le gouvernement béninois a eu le temps de démontrer que l’Etat ne peut pas gérer cette société et  satisfaire les populations. La Sonacop  a une longue histoire. Certes, sa gestion par le privé par le passé, avait aussi connu des couacs. Mais, son retour dans le giron de l’Etat n’a pratiquement rien changé. Aujourd’hui, la Sonacop peut être comparée à un individu asphyxié qu’on tente vainement de sauver par tous les moyens. Point n’est besoin de retourner sur les dysfonctionnements qui ont caractérisé la gestion de l’entreprise depuis l’administration provisoire jusqu’à la nomination d’un Directeur général ! Ce qu’on peut retenir, c’est que le premier Dg de cette société sous Yayi Boni a simplement abandonné son poste pour la prison,  avant d’être relaxé par la justice. Au fond, beaucoup de choses se passent et s’il était permis à Irénée Agossa de l’avouer,  il confirmera que « ça ne va pas ». De l’extérieur,  on  remarque simplement que les stations-services de la Sonacop ont du mal à satisfaire  la demande des clients. Plusieurs départements ne disposent pas de stations-services  sur le territoire national, (dans le Mono-Couffo, par exemple, il n’y en a aucune). A Cotonou, il faut faire le tour de presque toutes les stations pendant des heures, voire  voie des jours avant de trouver dix mille francs Cfa de carburant. Même quand il y en a, c’est difficile de s’en procurer à partir de certaines heures. C’est vrai qu’à la Direction générale, il est décidé du fonctionnement de certaines stations 24h/24h. Mais au niveau des points de vente, les agents vendeurs ont leur propre rigueur qu’ils imposent aux clients. La nuit, il est plus difficile de s’approvisionner. Aucune station Sonacop ne sert les clients la nuit. Même à 21heures, c’est avec mépris qu’on répond au client, de derrière la porte ou la fenêtre, qu’il n’y a pas de carburant. C’est à croire que c’est une dictature des agents à tous les niveaux. Ceci, sans une réaction appropriée  de la part de la  hiérarchie. D’ailleurs, les stations-services se ferment progressivement dans le pays. Plusieurs Communes de ce département sont contraintes d’avoir recours à l’informel. Dans le Mono-Couffo, la Sonacop a entièrement plié bagage. Les populations de ces localités sont obligées de se ruer vers les privés (là où il y en a) et vers l’informel. Dans l’Ouémé et le Plateau, c’est pire. Au nord, on peut compter les stations du bout des doigts. Bref, la carte des stations-services de la Sonacop est complètement érodée.  Et pourtant, il y a une administration dirigée par un directeur général. Il y a un personnel rémunéré régulièrement. Il y a un ministère de tutelle de la Sonacop. Il y a un Gouvernement qui veut lutter contre le secteur informel.
Le « kpayo » va régner longtemps encore…
 Vive le secteur informel au Bénin ! Le pouvoir n’est pas encore prêt à s’en débarrasser. Puisque le fonctionnement de la Sonacop, elle-même, encourage les trafiquants de l’essence frelatée. Imaginons un instant ce que feraient les populations des localités où il n’y a pas de station- service. Elles devraient fonctionner sans leurs moyens de déplacement. Et donc, la faiblesse et l’incapacité du Gouvernement à relever la Sonacop, obligent les acteurs du « kpayô » à persévérer dans illégalité. Aujourd’hui, les seuls usagers de la Sonacop sont des structures de l’Etat, en raison de l’usage des « bons d’essence ».  Sinon, les populations ne s’intéressent plus encore à cette société dans laquelle les clients sont des esclaves. La seule solution, c’est de remettre cette société à des privés qui vont la moderniser et la mettre au service des populations. Privatiser la Sonacop serait la meilleure solution à envisager aujourd’hui,  (malgré l’amère expérience du passé). La dénationalisation de cette société ne gênera en rien les intérêts des privés. Mais, si elle doit continuer par rester entièrement dans le giron de l’Etat, il vaut mieux la fermer et assurer la reconversion de ses nombreux agents.
 D’où vient la Sonacop ?
  Selon les archives, « la commercialisation des produits pétroliers a démarré au Bénin avec les anciens comptoirs à savoir Cfao, Scoa, Fabre et autres grandes compagnies pétrolières. Mais, à la fin des années 1950, l’essor commercial de l’ex-Aof a amené les firmes pétrolières Bristish Petrolum (Bp), Mobil, Shell, Texaco, et Total à exploiter ensemble le tout premier dépôt pétrolier alors appelé African Petrolum Terminal (Atp) situé à Porto-Novo ».  Après la guerre du Kippour, des difficultés d’approvisionnement ont entraîné une pénurie mondiale du pétrole. Contraint, le gouvernement révolutionnaire a alors décidé de fusionner toutes les sociétés pétrolières qui opéraient sur son territoire. Ainsi fut créée, par le décret n° 74 -320 du 04 décembre 1974, la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop),  avec pour mission essentielle,  l’importation, le stockage et la distribution des produits pétroliers et leurs dérivés. Pour le stockage de ses produits, elle héritera des dépôts construits par les compagnies pétrolières en 1963. La Sonacop, ainsi devenue société d’Etat, a assuré la mission de commercialisation et de distribution des produits pétroliers sur tout le territoire,  avec un monopole sans pareil. Ceci lui a conféré une renommée de grande société qui participe efficacement au développement du Bénin par des contributions fiscales importantes comme la Tva, l’impôt Bic, les droits de douane, ainsi que le paiement des salaires comme ce fut le cas en  1989 et 1990. Le monopole de la Sonacop sera maintenu jusqu’en 1995, après la crise économique, financière et politique qu’a connue le Bénin.
 L’arrivée de Séfou Fagbohoun
 Dès lors, la Sonacop perd son monopole par le décret n°95 -139 du 03 mai 1995. Deux sessions du conseil des ministres des 20 juin et 14 décembre 1996, autorisaient quinze (15) compagnies pétrolières à exercer des activités d’importation, de stockage et de distribution des produits pétroliers et leurs dérivés au Bénin. Le capital social de la Sonacop, estimé à 300.000.000 F.Cfa à la création, est ouvert au privé à la fin de juin 1998 avec un montant de l’ordre de 38 milliards. Conformément au cahier de charges, la répartition du capital social de la société se fait désormais entre ses différents acteurs. Etat: 35%; Personnel : 10%; C.P.I: 55%. Pendant cette période de privatisation, surtout début 2003, la Sonacop a connu une crise de trésorerie qui a paralysé jusqu’au début 2006, l’approvisionnement de tous les canaux de distribution de l’entreprise et perturbé l’activité économique au Bénin. L’Etat a dû réquisitionner les installations de la Sonacop en mars 2006 et mis en place une administration provisoire dirigée par M. René Kpomalégni.  Deux ans plus tard, une décision de justice en date du 14 janvier 2008 et le décret 2009-384 ramènent la Sonacop dans le patrimoine de l’Etat. A ce jour, la Sonacop est une société d’Etat à caractère commercial. Elle est placée sous la tutelle du ministère en charge du Commerce. Depuis avril 2010, la Sonacop renoue avec les attributs officiels d’une entreprise avec la nomination d’un Directeur général et de son adjoint ainsi que l’installation du conseil d’administration.
F.F