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Jean-Marc-HazoumeTant de réformes sont engagées dans le sous-secteur de l’Enseignement supérieur et continuent de l’être. L’une des plus importantes parmi celles-ci est la disparition ou du moins la fermeture de la plupart des centres universitaires mis en place dans certaines Communes du Bénin. De pseudo-structures créées pour plaire tout simplement.

Il faut féliciter le Gouvernement de la Rupture pour cette prompte réaction car il en était temps. Le bradage de ce que l’on aime tant qualifier de « haut lieu du savoir » a, heureusement, fait long feu  et c’est tant mieux. Malgré tous ces efforts déployés en quelques mois, le pays n’est pas réellement sorti des difficultés qui continuent de constituer des freins à une véritable promotion de l’emploi.  Il reste également vrai que rares sont les  pays dans le monde qui peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir atteint un niveau  acceptable dans la résorption du chômage quel que soit l’état de leur développement.

Dans un ouvrage intitulé : « Réinventer l’Université, Approches de solutions pour l’emploi des jeunes au Bénin » (L’Harmattan, Paris 2014), nous nous interrogions déjà sur la question de la  réévaluation de la notion d’université en vue de son appropriation réelle au Bénin. En effet, cette problématique semble toujours être d’actualité aujourd’hui au regard de certaines décisions récentes prises par le ministère chargé de ce sous-secteur.  D’abord, elles touchent les nouveaux bacheliers et, en conséquence, l’ensemble des étudiants inscrits dans les différents centres universitaires du pays. Toute inscription dans une Ecole de formation, selon la nouvelle règle établie, ne sera, semble t-il, ouverte qu’aux  bacheliers ayant obtenu la mention assez bien ou au-delà et de surcroît après admission à un concours. Pour sa part, le Ministre chargé de l’Enseignement secondaire affirmait il y a quelques jours que le « système de recrutement d’enseignants est défaillant » parce que  « les profils des enseignants ne s’accordent pas avec le terrain » (Quotidien Le Matinal, 6 septembre 2018). Ce que l’on pourrait retenir de cette déclaration est que  certains professeurs sont effectivement quelquefois très loin de maîtriser les matières enseignées. En effet, toute matière choisie pour l’enseignement doit être, à priori, sanctionnée par un diplôme. Or cela ne pourrait devenir réalité que dans une institution spécialisée au terme de quelques années d’études. Car les exigences de transmission des connaissances dans tous ces domaines sont nombreuses. On convient donc avec le ministre que des correctifs soient apportés dans une telle situation pour éviter de futures catastrophes aux examens. Mais c’est loin d’être la seule cause. Il serait alors temps que les mauvaises conceptions qui persistent sur l’enseignement disparaissent et que l’on ne revienne pas à cette période où l’on proclamait allègrement et sans aucune gêne  que « tout cadre est enseignant ». Nous pensons tout de même que cela ne sera jamais plus le cas dans le pays.

En offrant aux seuls détenteurs de mentions la possibilité de postuler pour l’entrée dans une école de formation, la grande question qui vient à l’esprit est de savoir ce que deviendrait l’ensemble des bacheliers sans mention. La réponse serait certainement que cette grande masse d’élèves laissée en rade pourrait s’inscrire dans les différentes facultés ou autres structures ouvertes  dans les universités. Peut-être que des éclaircissements seraient les bienvenus à ce sujet. Mais toujours est-il que la question de la gestion des flux dont on déplore le difficile contrôle depuis tant d’années sera bien loin de trouver une solution acceptable. Les statistiques montrent des chiffres qui explosent dans toutes les entités. Une situation qui doit réellement pousser à une profonde remise en cause de l’existant.

C’est conscient d’un tel phénomène qu’il est proposé dans le document cité en référence une refonte du sous-secteur de l’Enseignement supérieur. Utopie dira-t-on certainement. Pourtant, notre préoccupation majeure ici est simplement de se demander si les filières dans lesquelles s’engouffrent de nombreux étudiants, peut-être par dépit et sans espoir même de se libérer un jour du carcan du chômage, sont encore viables. Nous répondrons par la négative. Et, à la suite du ministre chargé de l’enseignement secondaire, nous demeurons convaincus que le Bénin pourrait, sans difficulté, disposer d’enseignants qualifiés dans l’ensemble des matières si l’idée d’une  revue des structures universitaires en vue d’une refonte venait à germer. Vouloir former des élites est une ambition légitime mais l’on souhaiterait que tous les jeunes vivent dans la société avec une certaine dignité quel que soit ce qu’ils auraient obtenu comme mention au baccalauréat. Le pays tout entier en sortira gagnant.

Dans l’ouvrage en question, il est proposé la création d’Instituts dont on ne pourrait, malheureusement,  développer dans cet espace, de façon exhaustive, les contenus. Ainsi existerait-il par exemple :

-’Institut d’Education avec des sections (section Lettres et langues, section Sciences humaines et sociales, section Histoire et Géographie, section Education des adultes et Alphabétisation, section Sciences et techniques dont les filières seraient, entre autres choix, les mathématiques, la physique-chimie, les Tic, etc. et que pourraient prendre en charge des Instituts déjà créés au sein de l’Université

–  L’Institut des Sciences de l’éducation

– L’Institut des Arts

– Et tous les Instituts qui existent déjà

L’élément important ici est que l’Institut d’Education formerait des étudiants aptes à prendre en charge réellement les matières enseignées dans les lycées et collèges. Mais Il manquerait un élément fondamental qu’est la pédagogie. Les écoles de formation en pédagogie créées dans le pays combleraient ce vide. On pense ainsi, par le biais d’une telle proposition, faire acquérir à tous les postulants des habiletés fiables qui feraient d’eux des enseignants véritablement qualifiés. Le système éducatif béninois ne s’en porterait que mieux. Par ailleurs, pour pallier l’insuffisance d’enseignants dans les filières techniques, les structures existantes, dédiées à la formation de techniciens de haut niveau devraient, sans conteste, jouer ce rôle. Naîtra ainsi un vivier d’enseignants qui pourraient servir autant dans le privé que dans le  public.

Voilà, comme on le dit, un pavé que nous venons de « jeter dans la marre » pour susciter la réflexion tout en se souvenant tout de même que l’enseignement supérieur béninois n’a pas toujours eu, par le passé, des Facultés et les résultats furent brillants. Signalons aussi pour information que la France, très avancée dans le domaine, dans tous les cas mieux que nous, met tout son système éducatif en question dès cette année 2018. Ceux qui aujourd’hui seront inscrits dans les classes de seconde passeront, en 2021, un baccalauréat totalement rénové et pensé pour résorber le chômage à terme dans le pays, selon les autorités. Une initiative que le Bénin pourrait suivre à sa façon afin qu’une partie au moins de la jeunesse ainsi renforcée et le système éducatif tout entier soient assurés d’avoir « vaincu une certaine fatalité ».

Marc-Laurent Hazoumè,

Professeur à la retraite,

Ancien fonctionnaire de l’Unesco