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L’audace de Talon a payé

La chance ne sourit qu’aux audacieux. Cet adage, Patrice Talon a su le mettre en musique une fois encore. Hier comme self-made-man dans les affaires, et aujourd’hui pour avoir réussi à se faire élire président de la République, le fruit d’une campagne inédite et sans bavure. De la coupe aux lèvres, ce fut pourtant loin.

Lorsque le faiseur de roi, Patrice Talon avait pris la décision de se lancer dans la course à la Marina, il y avait, de façon sibylline, mis une condition : le consensus autour du projet qu’il porterait. Et il laissait cette dynamique, affichée à Paris dès août 2015, transparaître à travers cette confidence : «je n’ai jamais été autant actif que ces dernières semaines dans mes échanges avec les leaders politiques de mon pays pour apporter une réponse concertée et adéquate aux problèmes du pays ». Déclinant à l’occasion de cette interview épique sa vision politique qui démontrait à satiété sa carrure d’homme d’Etat, Patrice Talon avait surtout fait valoir que son ambition ne se résumait pas à sa seule personne de faiseur de roi qui voulait devenir enfin roi. Mais cet idéal dont il se voulait le chantre, en sacrifiant son confort personnel pour se mettre au service du pays, a fait pischht ! Car les partis politiques qu’il a toujours appuyés pour le plaisir de conforter le jeu démocratique, dit-il, et sur lesquels il misait lui ont fait faux bond à la surprise générale! Mais s’ils croyaient lui faire tort en promettant leur hypothétique soutient renvoyé aux calendes grecques, c’était se méprendre sur la personne de leur vis-à-vis qui a pris très vite ses dispositions en mettant en place ses structures de campagne, le seul à en avoir disposé sur l’ensemble du territoire national. Cependant, par leur positionnement, le Parti du renouveau démocratique (Prd) de Me Adrien Houngbédji et la Renaissance du Bénin de Lehady Soglo se sont mis en porte à faux avec une dynamique commencée aux législatives précédentes et illustrée avec l’élection à forte émission d’adrénaline du bureau de l’Assemblée nationale. Laquelle a permis de hisser Adrien Houngbédji au perchoir in extremis contre le candidat des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe). Par cet attelage hybride avec les Fcbe à l’occasion de la présidentielle, soit quelques semaines à peine après cette confrontation remportée grâce à la fameuse ‘’télécommande de Paris’’, ces deux partis ont tourné dos à la volonté populaire clairement affichée aux législatives et municipales de sanctionner le régime en place dont l’excroissance s’avérait pourtant être leur candidat Lionel Zinsou qui, prenant le train de l’Exécutif en marche, à neuf mois de fin de règne de Boni Yayi, n’assumait pas moins de façon ostentatoire un bilan miteux. Et croyait pouvoir gagner l’élection présidentielle grâce à l’alliance dite républicaine, composée, il est vrai, de partis de premiers choix de l’échiquier politique national, mais en porte à faux avec l’opinion nationale qui voulait un changement de cap. Toute disposition qui offrait un créneau inespéré au ‘’compétiteur-né’’ : Patrice Talon qui en premier a fait savoir qu’il fallait changer de paradigmes et n’a eu de cesse de le marteler durant la campagne. Son projet de société, le Nouveau départ, se voulant un vibrant gage de cette option.
Prenant en effet son destin en main, face à la traîtrise ou à tout le moins à l’évidente ingratitude des politiques qu’il a toujours confortés, Patrice Talon à pas feutrés, sans tambour ni trompette, s’est creusé seul comme un grand son sillon sur le sentier sinueux qui mène au palais de la Marina. Car, selon toute évidence, et suivant une stratégie dont son président (malgré le résultat final) ne devrait pas être trop fier, l’Union fait la Nation s’est effilochée quand il s’est agit de négocier le tournant de la présidentielle et seuls quelques-uns de ses membres ont en définitive soutenu le chantre du Nouveau départ.
Mercato indécent !
Observant une prudente mesure face au mercantilisme politique qui a pris des proportions jamais inégalées à l’occasion de l’élection présidentielle, celui qui se dit compétiteur-né et qui en a fait la preuve par son élection à la magistrature suprême du Bénin contre toute attente, a préféré parler aux consciences plutôt que d’acheter les consciences comme de coutume. La preuve en est son choix de ne pas se faire ‘’investir’’ comme de nombreux autres candidats à cette élection, laquelle investiture, véritable attrape-nigaud, chez certains a défié à bien des égards le bon sens, à en juger par des tas astronomiques de pains mobilisés comme pour des refugiés et en fin de meeting des petits sous distribués à la masse. Ne nous y méprenons pas, une élection présidentielle est sans conteste une affaire de gros sous, ici ou ailleurs, et Patrice Talon en a dépensé comme ses rivaux. Mais pas «N’importe comment», selon ses propres mots, pour retoquer ses supporters qui le célébraient relativement à sa surface financière, «Agbon non», mais non pas comme le performer pour lequel il veut avant tout être perçu.
Acte 1 du Nouveau départ
En ne mettant pas en premier plan l’argent qu’il n’a pas voulu roi au cours de sa campagne, il a pris le risque de décevoir beaucoup de ceux qui s’attendaient à prendre fort opportunément quelques grappes du blé du ‘’richissime candidat’’. Stratégie payante en définitive, car du coup, la fibre militante s’est réveillée voire aiguisée chez beaucoup de Béninois dont la majorité a porté la candidature de Patrice Talon de façon désintéressée, chose témoignée par cette chanson (véritable satire promue par de bonnes femmes) qui alléguait de ce qu’un «certain candidat (Lionel Zinsou pour ne pas le nommer) aurait semble-t-il le vent en poupe mais Talon est mon candidat de cœur quoi qu’il advienne… ». Ce fut l’acte 1 du Nouveau départ. De nombreux acteurs sociopolitiques ont rêvé de changer les paradigmes relatifs à la distribution de gros et petits sous comme déterminant du vote! Talon l’a fait sans crier gare !
Grâce à une organisation intelligente de sa coordination de campagne, et à un fourmillement de groupes et mouvements politico-sociaux, une constellation active qui a utilement suppléé des partis politiques aux appétits voraces, Patrice Talon a pu dérouler sa stratégie inédite de campagne. Car, sous sa férule, la notion de campagne de proximité n’a jamais autant été poignante sous nos cieux. En toute modestie, ne dédaignant aucun meeting fut-il de 100 à 200 personnes, Patrice Talon a su parler aux cœurs des Béninois et au finish déchaîner chez eux une passion que lui-même n’aurait jamais soupçonnée car elle a dépassé la dimension de sa seule personne pour se muer en une déferlante irrésistible au plan national à quelques jours du premier tour de la présidentielle! La recette tient à sa vertu de ne pas s’être illustré ni par des attaques contre ses rivaux, ni faire chorus aux invectives de ses adversaires pour ne pas se rendre à son tour coupable des mêmes avanies. En opposé, il enchaine des rencontres avec des groupes socioprofessionnels dont la teneur est diffusée sur des chaines de télévision, avec une pédagogie qui a fait mouche.
A pas de charge, écumant arrondissement par arrondissement autant qu’il le pouvait, au point d’inquiéter ses proches qui craignaient en vain qu’il ne craque, sans chercher à céder à l’illusion de remplir des stades et grandes places publiques si ce n’est des mouvements populaires spontanés de masse comme à Bohicon ou Parakou, Patrice Talon a fini par décrocher le graal. Le voilà locataire du palais de la Marina pour les cinq prochaines années.
Paul A. Nathan
(Collaboration)
Qui est Patrice Talon ?  
Né le 1er mai 1958 d’un père Cheminot natif de Ouidah et d’une mère issue de la famille Guèdègbé d’Abomey, Patrice Talon, de son union avec une femme native de Porto-Novo (Claudine Gbénagnon) est sortie 2 enfants. Passionné d’aviation depuis son enfance, son rêve de devenir pilote de ligne n’a pu se réaliser. Le destin en a décidé autrement pour lui. Après son Baccalauréat série  C obtenu à Dakar, la capitale sénégalaise, Patrice Talon entre à la Faculté des sciences de l’université de cette ville. En 2ème année de Maths-Physique, il réussit au concours de pilote de ligne d’Air Afrique et envoyé en France pour la visite médicale et les textes d’aptitude requis pour cette formation. Recalé pour aptitude moteur et n’ayant pu intégrer la formation des pilotes de ligne de l’Ecole nationale d’aviation civile (Enac), le jeune Patrice Talon est contraint d’abandonner son rêve et s’installe alors à Paris. Par des heureux concours de circonstance, il entre en 1983 dans l’activité de Négoce des emballages et des intrants agricoles. Il crée en 1985 au Bénin la Société de distribution inter continentale des intrants (Sdi) que l’on ne présente plus. Le jeune et fringant homme d’affaires très tôt redoutable fit fortune en un temps record sous l’ère du régime Kérékou. Humble et intelligent dans les affaires, il est très actif dans l’environnement politique. Aujourd’hui, le destin qui n’a pas épousé son rêve de devenir pilote de ligne le propulse sur la scène politique pour jouer les premiers rôles. Il succède à Yayi Boni pour conduire les destinées du Bénin.