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derlin zinsou
Emile Derlin Zinsou, président du Dahomey du 17 juillet 1968 au 10 décembre 1969

L’histoire de la vie du président Emile Derlin Zinsou est l’une des plus belles. Témoin des grands bouleversements du monde dont la seconde guerre mondiale, il est un enfant de privilégiés qui a consacré sa vie pour son pays et son continent. Cependant, le personnage de cette Elite qui a tiré sa révérence le 28 juillet 2016 à plus de 98 ans à Cotonou, est objet de controverse.

La perfection n’est pas de ce monde. Tout homme a des qualités et des défauts. Emile Derlin Zinsou qui reposera le 25 août 2016 au cimetière d’Akpakpa n’échappe pas à cette réalité. Né de parents de privilégiés, son cursus scolaire et celui universitaire furent très bien remplis. Il sort de l’école William Ponty de Dakar avec les compétences de médecin. Dans la vie active, il a pratiqué sa profession tout en s’intéressant à la vie politique du Dahomey d’hier, puis à la vie de son continent, l’Afrique. Il raconte avec fierté, dans ses ouvrages : « Essai doctrinal pour un socialisme humain » et « En ces temps-là… », comment il en est arrivé à demeurer au sommet de la hiérarchie sociale. Au regard de son parcours élogieux et atypique, comparé aux hommes du pays de sa génération, Emile Derlin Zinsou, sans fausse modestie, est aussi un privilégié autant que ses parents. Il devient même un homme extraordinaire par son talent avec beaucoup de mérites. Sa carte de visite renseigne davantage de tout ce qu’il a été. Il a travaillé avec de grands hommes du Bénin, de l’Afrique et du monde. Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Félix Houphouët-Boigny de la Côte d’Ivoire, Sékou Touré de la Guinée-Conakry, …Pierre Mendès France et Gabriel Lozès  de l’Hexagone,…, Emile Derlin Zinsou a été aussi témoin de grands faits de l’histoire qui ont forgé sa personnalité et qui lui ont inspiré de fortes convictions politiques. Il a suivi dans sa tendre jeunesse le déchirement de l’humanité à travers la seconde guerre mondiale. De même, il a participé aux luttes pour la liberté et l’indépendance du Dahomey d’hier et Bénin d’aujourd’hui. Acteur de premier plan, il assumera plusieurs hautes fonctions dans différents gouvernements : ministre, président de la Cour suprême puis président de la République par dérogation militaire. Dans sa gestion de président de la République dahoméenne, il démontrera ses capacités d’homme d’Etat. Il concilie rigueur et professionnalisme pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés à la tête du pays. C’est cet homme qui se veut aussi intègre que rigoureux qu’il a plu à Dieu de rappeler le 28 juillet 2016.

Emile Derlin Zinsou à la barre

Le président par défaut de juillet 1968, est d’abord et avant tout, interpellé constamment par le tribunal de la conscience. L’occasion de sa présidence à la tête de l’Etat Dahoméen en donne la preuve. Désigné le 27 juin 1968 par des militaires pour assumer les plus hautes fonctions de la République, Emile Derlin Zinsou, le démocrate socialiste, est troublé par cette offre. Il soumet la nouvelle à plusieurs de ses proches et formule « sa défense » pour décliner l’offre. Mais il n’y parviendra pas. Les militaires étaient si décidés pour que Zinsou fasse l’expérience pour redonner espoir au peuple, qu’ils ne lui ont laissé ni le temps de la réflexion, ni l’occasion de formuler une objection. Alors, Zinsou trouve la parade : « légitimer la nomination » par un référendum populaire qui interviendra une dizaine de jours après son investiture le 17 juillet 1968. C’est par ce référendum que le président Zinsou s’est porté à la barre pour régler un conflit de conscient en tant que démocrate. La justice populaire lui a donné carte blanche pour diriger le pays. Comme par parallélisme de forme, les mêmes militaires mettent fin précocement à son mandat le 10 décembre 1969. De la même manière, le président déchu, pour des raisons jamais élucidées, adresse aux nouvelles autorités du pays une correspondance pour demander la vérification complète de la gestion. Emile Derlin Zinsou s’est donc porté à la barre pour se faire juger par le Directoire militaire à la tête duquel se trouvait le lieutenant-colonel Paul-Emile de Souza. A défaut de l’acquitter pour insuffisance de preuves, il y a eu un non-lieu pour « inopportunité de statuer ». Mais les deux autres procès, assurément les plus longs qui n’ont pas connu leur épilogue avant le retour de l’homme vers l’éternel, sont « zinsou-takouè » et « affaire de l’agression du 16 janvier 1977 ». Dans le premier, le « zinsou-takouè », le président défunt a revendiqué jusqu’à la fin de sa vie, l’acte « républicain » de collecte de fonds qu’il a posé. Ce procès qui peut être classé pour disparition de l’accusé, avait joué contre son neveux Lionel Zinsou à l’occasion de la présidentielle de mars 2016. Quant au second procès, celui relatif à l’agression du 16 janvier 1977, l’inculpé réclamant sans cesse l’innocence, se proclamant blanc comme neige, il peut être abandonné.

Jean-Claude Kouagou