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talon un mandat
Selon Patrice Talon, le Bénin viendra à bout de l’insécurité

Souvent accusé de ne pas communiquer autour de ses activités et de sa gouvernance, le chef de l’Etat a effectué une grande sortie le 1er août 2016 à l’occasion de la fête de l’indépendance. Face à un public représentatif (médias, société civile, universitaires et jeunes), Patrice Talon a passé en revue les préoccupations de l’heure et prouvé par les réponses apportées qu’il est à l’écoute de son peuple. Lire la suite et la fin de l’entretien démarré dans la parution d’hier.

J’aimerais parler de la cherté de la vie et surtout de la mévente au niveau des marchés. Il y a aussi les impôts qui s’amènent et surtout le harcèlement des inspecteurs vers les petites et moyennes entreprises. Quelle mesure votre gouvernement est en train de prendre par rapport à cette mévente ?

La tâche ne sera pas facile, mais elle n’est pas impossible. Notre pays s’est effondré complètement. La vie est difficile. Les Béninois n’ont plus le pouvoir d’achat. La cherté de la vie est une réalité et un revenu nourrit 10, 15 ou 20 personnes. Et pourquoi sommes- nous si sensibles à la cherté de la vie ? Parce que quand on regarde sur les marchés de la sous-région, les produits ne sont pas plus chers au Bénin qu’ailleurs. Malheureusement ou heureusement. Donc, nous ne sommes pas au Bénin confrontés à une spéculation des denrées qui génèrent une cherté artificielle. Les prix des denrées sont les mêmes partout et certains produits sont moins chers au Bénin que dans les pays voisins. En fait, c’est le pouvoir d’achat qui est faible. Le pouvoir d’achat est faible, parce que les prix ne sont pas élevés en valeur absolue. Mais également pour les mêmes revenus, il y a beaucoup de monde à nourrir. Un parent à la retraite, âgé de 65, 70 ans, donc qui a une santé plus fragile, a les mêmes charges que quand il était jeune, et doit nourrir les enfants, les petits enfants avec sa pension. Vous comprenez qu’ils ont du mal à vivre, qu’ils ont du mal à acheter, et du coup, il y a mévente. Donc, le défi du pouvoir d’achat engendre des difficultés de la vie pour des populations et en même temps la mévente, parce que les gens n’ont pas de quoi acheter. C’est pour cela qu’il faut très vite trouver impérativement des voies et moyens pour relancer les secteurs qui sont capables de créer de l’emploi et de la richesse. Aucun gouvernement n’a la capacité de générer du jour au lendemain des emplois ou un pouvoir d’achat pour corriger brutalement cet état de choses. Mais un gouvernement peut empirer la situation à travers la malgouvernance. Une fois que nous sommes au fonds de l’abîme, il faut avoir la patience de remonter doucement la pente, parce nous n’avons malheureusement aucun moyen de la remonter du jour au lendemain.

Ce que nous comptons faire et que nous sommes en train de faire, c’est de mobiliser les ressources qu’il faut pour faire du secteur  agricole, un secteur de production massive, créateur d’emplois et de richesse. C’est de faire du tourisme, un levier de développement. Il y a beaucoup de secteurs dans lesquels nous avons l’ambition d’investir massivement. Je vais donner un seul exemple pour montrer quel est notre chemin. Le régime précédent a signé, à la veille de son départ, des contrats d’infrastructures de routes pour à peu près 1 200 milliards de francs Cfa. Si nous avons les moyens de bitumer toutes nos routes au Bénin en quelques années, nous le ferons volontiers. Mais est-ce que nous allons hypothéquer nos ressources actuelles et à venir ? Nous irons à l’emprunt, au crédit pour mobiliser tout ce que le Bénin doit mobiliser dans les années à venir et les engloutir entièrement au service de la route ? Il ne faut pas faire des routes en oubliant qu’on peut vivre. Pour rouler, il faut avoir les moyens de s’acheter des véhicules. Il faut avoir des moyens, des motos. Il faut produire avant de transporter sur la route. Quand vous n’avez pas pu produire le maïs, vous ne pouvez pas le transporter sur la route. La route ne peut pas être le seul moyen d’épanouissement social. Quand nous prenons les microcrédits, il faut les répartir de manière intelligente à ce qu’une partie aille à la construction et la structuration de l’économie. Il vaut mieux investir sur 400 milliards dans l’agriculture pour que le riz, la noix de cajou et l’ananas produisent des emplois, de la richesse pour faire de la manutention, du transport. Qu’il y ait du commerce et que cela amène des milliers de personnes à vivre, à exister plutôt que des milliers de personnes soient au chômage, dans la pauvreté avec des routes partout.

On peut prendre peut-être sur 1 000 milliards, 200 milliards pour développer le tourisme. On prend peut-être 100 autres milliards pour l’école et la santé et qu’on laisse 100 milliards pour la route. On ne peut pas engloutir tout ce qu’on a comme potentiel financier dans un seul secteur. C’est parfois cette erreur de stratégie de gouvernance qui fait que notre pays peut rester des dizaines d’années au stade où nous sommes, parce qu’on a souvent fait de mauvais choix. Moi, j’aurais été content de voir que pendant cette période, on a mis le tiers des 1 000 milliards dans les secteurs structurants pour créer au bout de 2, 3, 4 ou 5 ans des emplois durables, pour créer de l’économie durable, pour créer de la valeur ajoutée. Nous allons publier, dans quelques jours, comme je l’ai dit au début de ces échanges, notre programme détaillé et la manière dont nous comptons coordonner tout cela avec les ressources dont nous disposons pour qu’au terme des 5 années, nous ayons relancé la machine. Notre mission est de créer au Bénin, les conditions d’une vie meilleure afin qu’il y ait davantage d’emplois et de richesses pour que les Béninois, tout doucement, renouent avec une vie meilleure. Le reste, chacun viendra faire ce que la Nation voudra bien lui confier.

Quelle est votre politique actuelle pour permettre au marché de l’emploi d’absorber le maximum d’étudiants qui sortent des universités et des écoles de formation ? Vu les résultats presque catastrophiques aux différents examens, quelles sont les solutions que vous pensez trouver pour assurer la qualité de la relève dans l’administration ?

C’est vrai nous avons observé que les résultats des examens à divers niveaux sont catastrophiques. Je vous avoue que je n’ai pas donné d’instructions en ce qui concerne le niveau des résultats. Je n’ai pas instruit non plus qu’on rachète les candidats à des niveaux inconvenables, parce que, par le passé et comme cela se fait dans beaucoup de pays, il arrive que des instructions soient données pour aller chercher très loin ceux qui n’ont pas le mérite. Je ne suis pas intervenu et je n’ai donc pas donné des consignes dans ce domaine. J’estime que la question de l’éducation est une question sensible, une question qui concerne les apprenants et les enseignants. Ce que nous avons à faire au niveau du gouvernement, c’est de mettre en place les conditions d’une bonne administration de l’éducation nationale. Une bonne administration de l’éducation nationale qui, si elle est bien administrée, mettra en place la qualité qu’il faut au niveau du contenu de l’enseignement et du contenu au niveau de la qualité des enseignants. Le rôle de l’Etat sera d’investir dans les infrastructures. Nous avons deux choses à faire. C’est de mettre les ressources financières à disposition pour améliorer la qualité de vie des enseignants, des apprenants mais surtout en dehors des moyens financiers, c’est mettre en place une bonne administration de l’éducation nationale. Si le secteur est bien administré, les fondamentaux vont s’exprimer en termes de qualité, aussi bien du contenu de l’enseignement que de la qualité des enseignants. C’est cela qui nous fait défaut aujourd’hui. Le secteur de l’éducation nationale a été tellement politisé que les fondamentaux ont disparu. Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion d’échanger un peu sur mon programme. J’ai dit dans le secteur de la santé et le secteur de l’éducation nationale, qui sont essentiels pour notre survie, que ce sont les domaines de compétences et de décisions. C’est-à-dire que qu’il faut que ceux qui décident sachent de quoi ils parlent et quelles décisions ils prennent. C’est pareil pour la santé et l’éducation. Il faut que les organes qui décident soient des organes qui rassemblent des sommités en la matière. J’ai dit que nous allons mettre en place un Conseil national de l’éducation qui va être le super ministre de l’éducation. En dessous, il y aura des Ministères de l’éducation en charge de l’enseignement supérieur, en charge de l’enseignement secondaire puis en charge de l’enseignement primaire. Au-dessus de cela, il va y avoir ce que j’appelle le Conseil national de l’éducation, mais qui sera doté de pouvoir différent de ce qu’on observe actuellement parce que, aujourd’hui c’est un organe consultatif. Le Conseil national de l’éducation ne joue pas un grand rôle. Il nous faut un conseil à qui nous donnons les prérogatives de prendre des décisions majeures en matière d’éducation nationale. Il faut que dans ce Conseil qu’il ait des personnes les plus qualifiées. Il faut que le Conseil soit composé de personnes élues et non désignées politiquement. Ce sera déjà mieux que l’ensemble de corps des divers ordres d’enseignants élisent les personnes qu’ils estiment les plus compétentes pour siéger au sein de ces structures pour décider de l’ensemble de l’éducation nationale. Le président de la République ne peut pas faire de la magie à lui seul. Il n’est pas compétent dans tous les domaines de l’éducation nationale, aussi bien dans le secteur des sciences que celui des lettres… Non. Or, il doit administrer tout le pays, y compris l’éducation de manière générale. Et c’est pour cela que, par le passé, nous avons vu des ministres qui ne savent même pas de quoi il est question et ils décident de tout. Ce n’est pas étonnant que nous soyons à ce stade.

Qui est le numéro 2 du gouvernement ?

Vous posez une question de forme et de fond. Le ministre d’Etat en charge de Développement est le numéro 2. Mais la position du ministre en charge du Secrétariat général de la présidence lui donne une position qui l’implique dans tout ce que fait le gouvernement, quel que soit le secteur et quel que soit le Ministère. Il est mon collaborateur le plus proche à la présidence, le ministre en charge du Développement est véritablement celui qui, en termes de la conduite de la politique générale du gouvernement et celui qui, après le président est le plus déterminant dans la politique générale du pays.

Avez-vous déjà perçu votre premier salaire ?

Malheureusement cela me manque. Il faut que des dispositions soient prises pour que je commence par toucher mon salaire. Moi, je tiens à avoir un salaire.

Pourquoi le chef de l’Etat utilise ses propres véhicules pour ses déplacements?

Oui ! Nous avons commandé un véhicule qui va arriver incessamment. Pour le moment, j’utilise mes propres véhicules. Mais ce n’est pas parce que je méprise mon pays qui doit m’offrir les moyens logistiques de déplacement. Une commande a été passée. Il y a un qui est déjà arrivé et qui est destiné à mon épouse et qui est acheté par le gouvernement : un véhicule sécurisé. Il y a un deuxième véhicule sécurisé qui est le mien qui va arriver également. C’est celui que les finances publiques ont commandé. Il permettra aux Béninois de me voir dans le véhicule qu’ils m’ont offert.

Votre mot de fin

Vous avez évoqué tout à l’heure une question sur laquelle je vais clôturer l’entretien. C’est sur la réforme de sécurité. Notre pays est confronté depuis quelques mois, quelques semaines à la recrudescence des actes de grand banditisme qui commencent à inquiéter les concitoyens. Je ne sais pas si c’est de manière opportuniste que les braquages ont eu lieu ou si c’est dans le courant normal de recrudescence de l’insécurité. Je note pour ma part que cela me pose beaucoup problèmes et me préoccupe énormément. Il n’y a pas de jour ou de conseils où ces questions ne sont pas évoquées. Les forces de défense et de sécurité ont exprimé le niveau de défaillance, les moyens dont ils ont besoin pour assurer leur fonction. Moi, je donne la bonne foi à tout le monde. Nous avons fait le bilan des moyens existants. Je constate effectivement avec tristesse qu’ils n’ont pas les moyens de leur mission. Les gendarmeries et commissariats n’ont pas de véhicules, de voitures, de motos, d’engins à deux roues, que ce soit dans les villes ou dans les villages. J’ai même noté que la présidence avait plus de motos de parade que la gendarmerie nationale. Toutes les compagnies de brigade confondues n’avaient même pas une dizaine de motos alors qu’à la présidence, il y avait une trentaine. J’ai décidé qu’on leur envoie un grand nombre. Depuis lors, nous avons commandé une quarantaine de véhicules pour les gendarmeries. Nous avons aussi commandé environ 400 motos, puis des motos d’un autre genre à distribuer partout, parce que les policiers ont beau avoir la volonté d’agir, mais ils ne peuvent pas travailler à pied. J’ai noté également que les gendarmeries et les commissariats fonctionnent avec le rançonnement des usagers. Les gendarmeries et les commissariats fonctionnent avec les recettes qui proviennent du rançonnement des usagers et voilà que nous combattons le rançonnement. Du jour au lendemain, ils n’ont plus de moyens de fonctionner. Ils n’ont pas de voitures, de quoi mettre de carburant dans les réservoirs. Donc, il faut rapidement suppléer à ces défaillances, donner des moyens à nos commissariats, à nos gendarmeries, aux structures en charge de la sécurité de manière conséquente afin qu’elles puissent jouer efficacement leur rôle. Je veux dire par là que nous prenons à bras le corps, le problème de sécurité et que dans les semaines à venir nous allons bien constater que les forces de sécurité et de défense sont capables de juguler l’insécurité. C’est vrai, nous ne sommes pas dans un pays auquel on peut rêver d’avoir une sécurité zéro. Je voudrais vous rassurer, mes concitoyens, que le problème de sécurité est un problème majeur et que nous investissons sérieusement pour y venir à bout. Sur ce, je voudrais vous souhaiter bonne fête à tous et dire aux uns et aux autres que nous sommes, depuis 56 ans, libres de choisir nos gouvernants. Nous sommes politiquement libres. Mais, j’aime bien dire la liberté. La dépendance politique n’est pas une fin en soi. C’est un moyen de développement. Je souhaite que la liberté d’aller, de venir, d’agir soit pour nous un moyen de nous développer, de faire et d’agir, de prendre des décisions librement, des décisions de pertinence et que nous parvenions à évincer le sous-développement, que nous parvenions à éradiquer la pauvreté de notre pays.

Je voudrais croire qu’au bout des 5 ans qui arrivent, nous allons pouvoir commémorer le Nouveau départ. On dira aux générations à venir qu’il y a eu une époque où notre pays à changer de cap. Je vous remercie.

Transcription Groupe de Presse « Le Matinal »