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TALON-NOUVEAU
Patrice Talon répond aux préoccupations du moment

Souvent accusé de ne pas communiquer autour de ses activités et de sa gouvernance, le chef de l’Etat a effectué une grande sortie le 1er août 2016 à l’occasion de la fête de l’indépendance. Face à un public représentatif (médias, société civile, universitaire et jeunes), Patrice Talon a passé en revue les préoccupations de l’heure et prouvé par les réponses apportées qu’il est à l’écoute de son peuple. Lire l’intégralité de l’entretien.

Cela fait à peu près 116 jours que vous êtes à la tête du Bénin. Comment arrivez-vous à gouverner sans un programme d’actions du gouvernement ?

 Patrice Talon : Gouverner sans un programme d’actions, je n’ai pas encore le talent de cette magie. Nous avons, pendant la campagne, présenté à la nation béninoise le contenu de notre programme. Nous avons pris notre charge, il y a un peu plus de quatre mois et nous nous sommes attelé à mettre en forme, dans tous les secteurs de la vie, les programmes détaillés. Ce que nous sommes en train de finaliser, et cela fera  l’objet d’une petite publicité, parce que cela me paraît de plus en plus nécessaire. Quand nous agissons dans la sérénité sans communiquer, cela déstabilise un peu nos concitoyens qui sont habitués à beaucoup de communication. Je reconnais que passer de tout à rien peut être un peu gênant pour les concitoyens. Il faudra qu’on trouve la bonne mesure pour vous informer régulièrement de ce que nous faisons. Toujours  est-il que dans quelques semaines, nous allons rendre public le détail de nos actions secteur par secteur. Ce que nous sommes en train de faire depuis les premiers jours entre bien dans un programme défini, dans ce qui va être présenté comme étant le détail consolidé de tout ce que nous avons entrepris de faire pendant les cinq ans et mettre en œuvre pour les temps à venir. Il y a bien un programme qui se poursuit déjà, mais qui fera l’objet d’une bonne communication les jours à venir.

 On vous présente comme un homme pragmatique. Votre ancienne vie, c’est le privé. Aujourd’hui, est-ce que vous n’êtes pas embarrassé par vos nouveaux attributs de président de la République ?

 C’est vrai que pour moi ce n’est pas confortable, parce qu’il faut tenir compte de la forme qu’exige la fonction. Je suis de caractère plutôt effacé. Je n’aime pas beaucoup communiquer. Je n’aime pas le spectacle. Et cela peut constituer une gène, mais je suis à l’aise dans ce défi parce que ce qui me motive c’est réussir à faire de grandes choses pendant les cinq ans à venir et à démontrer que quand on a appris à gérer avec compétence, avec efficacité et avec succès, on peut le faire au-delà du premier périmètre qui a été le mien dans le domaine des entreprises. C’est donc avec plaisir que j’essaie d’adapter ma personnalité aux exigences de la fonction.

 Vous venez de le dire, vous êtes du style plutôt discret, mais cela suscite quelques incompréhensions au sein des Béninois. Qu’est ce que vous leur répondez ?

 Ce qui me préoccupe, c’est de conduire avec sérénité ce que j’estime convenable et bon pour le pays. Je fais l’effort de ne pas être tenté par le besoin de communiquer, d’être compris, apprécié au  jour le jour. Je comprends que nos concitoyens ont besoin de savoir au quotidien ce qui se fait, ce qui se décide. Mais il n’est pas toujours opportun de mettre sur la place publique la réflexion. Et c’est bien pour cela que je prie les concitoyens de bien vouloir attendre. C’est vrai que nous sommes impatients. Cela est légitime. Mais nous allons attendre que les résultats de nos actions commencent à se manifester dans les mois à venir.

 Quand on observe votre gouvernement, on constate que vous aviez accordé des places à vos soutiens politiques. Abdoulaye Bio Tchané et Pascal Irénée Koupaki occupent des ministères d’Etat presque  non opérationnels. L’un de vos ministres l’a même reconnu publiquement. L’autre partenaire qui vous a porté au pouvoir, vous lui avez donné trois Ministères. Mais vous semblez avoir créé au sein de la présidence de la République des structures qui pilotent de façon indirecte ces Ministères. Est-ce que vous accordez réellement une place à vos soutiens politiques qui vous ont porté au pouvoir ou bien, vous pensez que c’est votre idée, c’est votre programme de société qui doit durer les cinq ans de votre mandat ?

 Il faut affirmer une chose sans complexe. C’est mon programme de gouvernement qui est en cours d’exécution. C’est vrai qu’à l’occasion de la coalition qui a porté la victoire au second tour, j’ai convenu avec ceux que vous venez de citer de respecter les accords que j’ai signés. Des deux ministres d’état que vous venez de citer, je ne sais pas lequel est dans un ministère non opérationnel. Mais je veux comprendre qu’il s’agit d’une terminologie qui veut dire qu’ils ne sont pas dans un secteur déterminé. Si c’est ce dont il s’agit, vous parlez de monsieur Koupaki. Il assure la fonction de secrétaire général à la présidence. Et je ne pense pas qu’il y ait une fonction  plus opérationnelle que cette dernière. Parce que, dans les Aof de la présidence, c’est lui qui est à mes côtés et qui organise toute l’action gouvernementale dans tous les secteurs d’activités. Mes collaborateurs qui m’assistent, notamment le ministre Koupaki dans cette fonction a un arbitrage avec moi, avec le gouvernement, parce que c’est quand même mon collaborateur le plus directe à la présidence, dans l’action gouvernementale. Le ministre d’Etat Koupaki et moi, nous nous voyons régulièrement sur certains dossiers., plus que les autres ministres que je croise souvent lors des conseils des ministres. Donc, il est bien là dans les actions avec moi. Quant au ministre d’Etat en charge du développement, il est également le plus concerné dans l’ensemble des actions du gouvernement que conduisent les ministres. Le développement est une cheville ouvrière dans la conduite de diverses activités sectorielles pour un résultat commun. Je les sens bien épanouis dans leurs rôles. Je ne sais pas quelles appréciations vous  faites, mais si le gouvernement paraît bien cohérent, bien uni derrière un homme, certains donnent l’impression que c’est un seul homme et c’est tant mieux. Quant aux trois ministres dont vous aviez parlé, et qui seraient proposé par le président Ajavon, vous évoquez le fait qu’il y ait des structures à la présidence qui pilotent ces ministères. Mais est-ce qu’à votre avis, il y a des ministères qui ne soient pas du tout piloté à la présidence ? La présidence est en charge de la politique globale. La présidence pilote tous les ministères. Et il y a des agences qui ont été créés au niveau de la présidence pour construire de manière plus précise, plus efficace, l’action. Parce que nous estimons que dans certains domaines, il y a plus de besoin d’actions directes et visibles. Et dans ces conditions, je mets en place des structures qui coordonnent qui rassemblent les énergies tant au niveau des ministères sectoriels qu’au niveau de la présidence. Je ne suis pas du genre à découvrir des semaines, des mois, ce que fait chacun. Nous discutons, nous travaillons en communauté et cela, pour moi, est assez satisfaisant.

 Il est évident que vous discutez avec vos partenaires de l’entre deux tours de la présidentielle. Que pensent-ils de votre mode  de gouvernance ? Avez-vous l’impression qu’ils sont satisfaits de ce que vous êtes en train de faire depuis le 6 avril 2016 ?

 C’est l’impression qu’ils me donnent.

 Je voudrais savoir les précautions que vous prenez pour que vos compatriotes adhèrent aux réformes ? Deuxième question, qu’est-ce que vous envisagez pour prévenir la remise en cause de ces réformes par les prochains gouvernements ? Enfin, il me semble que votre gouvernement n’a pas planifié une grande diffusion des résultats de la commission des réformes. Ne pensez-vous pas qu’il serait bienséant que de réels débats se fassent avant le référendum qui est prévu pour la fin de l’année ?

 Je ne doute pas que l’opinion se préoccupe de savoir si je veux partager avec les concitoyens le contenu des réformes qui sont envisagées et qui ont donné lieu aux travaux de la commission que j’ai mise en place et qui a fini ses travaux dans les délais impartis. J’ai reçu copie du rapport. Le rapport n’a pas fait l’objet de large diffusion, parce que cela m’est destiné. C’est vrai que ce sont des réformes que j’envisage opérer avec la classe politique, le parlement et mes concitoyens. Je n’ai pas le pouvoir d’imposer une réforme, même si j’estime qu’elle est pertinente. J’ai besoin de me faire comprendre, aussi bien par  la classe politique que l’opinion en générale d’autant que la classe politique aura à se prononcer là-dessus à l’occasion du vote parlementaire. J’ai bien à cœur d’expliquer à mes concitoyens le bien-fondé de ces réformes. Une réforme ne vaut que si elle est comprise.

D’autant que je n’ai pas le pouvoir de les mettre en œuvre tout seul. Ce qui est en cours actuellement, c’est la prise en compte des conclusions du rapport de la commission technique qui a été mise en place. Je mène actuellement des discussions avec les membres du gouvernement sur les aspects qui nécessitent encore des discussions,  des arbitrages. Je pense que dans deux ou trois semaines, j’aurais fini avec cette phase. Il y a également d’autres phases qui n’ont pas étés évoquées par la commission, notamment l’organisation de la vie des partis politiques et, de manière globale, le contenu détaillé de ce qui pourrait être la charte des partis qui va réorganiser autrement la vie politique ou partisane. Ces choses-là me prennent aujourd’hui plus de temps dans les échanges, les concertations que j’organise de manière un peu individuelle, parce qu’une chose est d’adhérer aux réformes, et une autre est ce qui a été imaginé par d’autres vous paraisse pertinent. Alors, vous adhérez à cela et vous aurez à faire cet exercice d’amener nos concitoyens à adhérer à quelque chose à laquelle ils n’ont peut-être pas pensé y adhérer auparavant. Ce que je vais faire pour combler cette situation qui me parait naître au sein de l’opinion, ce serait une consultation un peu large de mes concitoyens, sans retarder le calendrier que j’ai établi pour ces réformes, parce que mon ambition est de les réaliser avant la fin de l’année. Donc, je veux probablement saisir l’opinion à travers quelque chose qui pourrait même ressembler à un référendum avant de saisir le Parlement, parce que je voudrais que cela soit une réforme participative. Je n’irai pas consulter chacun des citoyens sur les détails, mais j’aurai à présenter dans un cadre général, l’ensemble des réformes que j’estime cohérentes et pertinentes pour changer l’ordre des choses. Je vais les soumettre à l’opinion, parce que l’opinion serait bien satisfaite de voir qu’elle a donné son avis avant qu’on s’engage dans la dernière ligne, parce que la saisine du parlement est le premier acte fondamental de la révision. D’autant que si le projet révisé est voté à plus de quatre cinquième du Parlement, on pourrait se passer du référendum.

 Quelles sont les précautions que vous prenez pour que vos réformes ne soient pas remises en cause par les gouvernements à venir ?

 Ce que nous faisons aujourd’hui, rien ne me dit que dans cinquante ans cela va demeurer valable. Mon ambition est de mettre en place quelque chose qui donne la preuve à mes concitoyens que la réflexion est bonne, que le contenu est bon. Pendant mon règne, je sais que je donnerai la preuve que les réformes sont bonnes. Alors, les précautions que je prends est de faire en sorte que tout ce qui relève de la constitution et qui relève des lois organiques ne soit changé seulement par la volonté  du prince de demain. On ne modifie pas une constitution  à l’Assemblée juste avec la majorité simple. Il faut une majorité qualifiée. Mais toutes les fois que la nation sera d’accord pour opérer des changements, ceux qui ont opéré les premiers changements dans le passé ne doivent pas avoir la prétention de souffrir. Chaque génération opère les changements qui lui paraissent nécessaire. Donc, pour répondre autrement à la question, pour être plus précis, il n’y a pas de miracles à opérer. Il n’y a pas de préoccupations particulières pour empêcher que les révisions faites aujourd’hui ne puissent être  remises en cause dans les temps à venir. Mais, si nous agissions de manière à donner la preuve que le Bénin est sur une autre voie, la majorité de la classe politique ne laissera par n’importe qui remettre en cause ce qui a été fait de bien.

 Est-ce que l’homme d’affaires peut nous faire rêver ? Deuxième question. Si la population n’acceptait pas du tout la question du mandat unique, que va-t-il se passer ? Enfin, pendant la campagne, il a été bien dit que pour les nominations, vous allez consulter des cabinets qui vont faire des recrutements, même des ministres, directeurs de société. Pourquoi cette promesse n’est pas encore honorée ?

 Je suis ravi que vous ayez constaté que ce qui se fait matérialise bien la Rupture, mais il  reste à matérialiser le Nouveau départ. Je vais démarrer par la fin de vos propos pour répondre à cette question : Est-ce que les nominations qui sont opérées aujourd’hui correspondent à une  nouvelle façon de nommer les gens ? Est-ce que cela correspond à ce qui a été annoncé dans le projet de société ? Que pour l’essentiel des hautes fonctions de l’administration, ce sera par appel à candidature et avec des cabinets qui vont sélectionner les gens de manière assez transparente. Je vais rajouter à votre question, celle d’avant. Il faut mettre en place les réformes. Si, dès le premier jour, des nominations pour les fonctions dans lesquelles nous estimons qu’il faut faire des remplacements, il est permis des choix de cabinets de structures à notre goût, juste pour faire un semblant de consultation d’appel d’offres pour nommer les gens dans les fonctions dont il est question, je peux vous assurer que ce serait simplement une façon d’habiller les nominations directes. Il est facile de donner l’impression qu’on fait un appel à candidature et même de nommer les gens qu’on a voulus  nommer, c’est très facile. Ce qu’il faut faire de manière durable est de faire en sorte que cela ne soit pas remis en cause par nous-mêmes. Je l’ai évoqué pendant les travaux dont les rapports m’ont été remis en séance publique. On a évoqué la notion de loi organique sur la présidence. Je vais rappeler que cette notion n’est pas nouvelle et même dans nos anciens textes, il y a déjà eu cette allusion à une loi organique sur les fonctions, les hautes fonctions de l’administration. Donc, la loi dont je parle, qui va être mise en place au lendemain de la révision effective de la constitution, va définir et fixer les conditions dans lesquelles l’administration doit être gérée de manière convenable pour l’ensemble des citoyens. Ces hautes fonctions seront indiquées et le mode par lequel ces postes seront pourvus sera également indiqué et peut-être dans les textes d’application, nous allons donner les détails. Il est important pour nous d’agir mais, il faut que notre action  se fasse dans le cadre des textes bien élaborés, des textes pertinents qui font déjà l’objet d’adoption par la nation de sorte même que ces choses-là s’imposent à nous-mêmes. J’ai dit que beaucoup de nominations  qui sont en train d’être opérées sont faites pour un an, le temps qu’une réforme soit votée, qu’elle soit mise en œuvre et que les diverses réformes aient effectivement été mises en œuvre. Nous avons plus de quatre ans pour mettre en œuvre cette réforme par nous-mêmes et donner à nos concitoyens la preuve de notre bonne foi et du caractère fonctionnel, efficace et pertinent de ces réformes. C’est simplement pour cela que je n’ai pas voulu faire des consultations fantaisistes. Il faut que cela corresponde à des textes établis, convenus, votés par la nation.

 Que feriez-vous si la population n’acceptait pas le mandat unique ?

 J’ai la conviction que cette réforme fondamentale ne passera  si, malheureusement, elle n’est pas comprise et que le bien-fondé n’est pas partagé par l’ensemble mes concitoyens. Elle a beau être une belle réforme, je garderai mes illusions pour moi-même. Mais j’ai l’assurance que je trouverai les moyens de faire partager par tous l’intérêt d’une telle réforme. On n’invente pas cela aujourd’hui pour les pays en voie de développement comme le nôtre. C’est d’un grand intérêt, et le Benin sera demain l’exemple. J’ai foi que cette réforme passera.

 Alors, monsieur le président de la République, en Amérique Latine, cette réforme a été un flop. Ça n’a pas marché.

 Il n’y a pas de réforme éternelle. Chaque génération doit définir ce qui lui paraît pertinent pour son compte. Nous sommes tous d’accord au Bénin que la quête d’un second mandat est un facteur de mauvaise gouvernance. Nous sommes tous d’accord que dès le premier jour de prise de fonction du président élu, quand on lui offre l’opportunité d’être président à nouveau au bout de 5 ans, il travaille à préserver sa chance à être réélu au terme de son mandat. Il est très difficile aujourd’hui, de concilier l’intérêt d’être réélu et la volonté de bien faire, de bien gouverner quel que soit parfois le côté impopulaire que cela peut générer. C’est pour cela, que j’insiste sur une chose. Qu’est ce qui prime pour nous ? Est-ce que le fait pour quelqu’un d’avoir à bien gérer, lui permet de  rester éternellement ou bien le fait de pouvoir au jour le jour prendre de bonnes décisions ?

Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Comme il n’y a pas de panacée, rien n’est parfait. Rien n’est totalement parfait dans ce monde. Dans la vie et dans ce que nous pouvons choisir, on va choisir entre deux maux le moindre ou entre  deux biens, le meilleur.

Ce qui fait qu’un président de la République obtient un 2ème mandat, ce n’est pas son bilan, c’est la manière dont il tient le pays, c’est la manière dont il tient les grands électeurs, c’est la manière dont il tient les faiseurs d’opinion, c’est la manière dont il tient tout le monde, c’est la manière dont il empêche la compétition et je n’apprends rien à personne. En Afrique et dans les petits pays, les pays peu développés, les pays en voie de développement, les pays dans lesquels, l’Etat joue un rôle important dans la vie de la Nation, les gouvernants s’arrangent toujours à s’éterniser au pouvoir. Ce n’est pas leur bilan, c’est tout simplement la manière dont ils tiennent le pays. Or tenir un pays de cette manière  qui permet de s’éterniser au pouvoir est toujours contraire à la bonne gouvernance.

 Votre engagement  de ne faire qu’un seul mandat est-il lié à la réforme du mandat unique ? Pourriez-vous toujours faire un seul mandat si le peuple ne validait pas la question du mandat unique ? Est-ce que la démarche de consultation du peuple à travers un référendum traduit une inquiétude d’un éventuel échec de cette question à l’assemblée nationale, une inquiétude que les députés n’adhèrent pas à cette réforme?

 Si le mandat unique ne passe pas, est ce que je resterai sur mon engagement de faire moi-même le mandat unique ? Ce n’est pas un choix par caprice, ce n’est pas non plus, que la fonction présidentielle me rebute à ce point que je dis qu’il faut que je m’en débarrasse le plus vite possible. J’estime que la notion du mandat unique est bien pour le Bénin et ce qui est bien pour tout le monde, pour le peuple est également bien pour moi. Ce qui porte une exigence pour les autres doit être une exigence pour moi-même. Si ma conviction est que le mandat unique est une bonne chose, alors il n’est pas lié au choix que va opérer le parlementaire ou le Bénin entier. Peut-être que j’aurais raison trop tôt mais je voudrais que tout le monde soit sûr et certain d’une chose. Si par extraordinaire, le mandat unique, ne passait pas, dans tous les cas, à titre personnel, je ferai le mandat unique, pour montrer à mes concitoyens que j’y crois fermement et qu’en 5 ans, on peut faire « le job », et laisser la tâche à d’autres personnes. Nul ne peut, à lui seul, construire une nation entière. Je resterai les 5 ans pour lesquels j’ai été élu et je vais vous dire que j’ai la conviction qu’au-delà de ces 5 ans, le mandat unique serait déjà en vigueur et va s’appliquer sur moi-même. Dans tous les cas, la manière dont cela va être rédigé, s’il arrivait même que Monsieur Talon change d’avis, il n’aurait pas les moyens de rester un jour de plus et c’est pour cela que je tiens à ce que cette réforme soit faite maintenant pendant que ma conviction est forte et que les contingences et que les contraintes des uns et des autres ne soient pas encore à hauteur d’émousser mon ardeur pour cette réforme. Pour l’année 2017, il est évident pour moi  que le peuple béninois tout entier y compris les parlementaires auraient voté cette réforme.

 Pourquoi évoquez-vous la consultation populaire avant d’aller devant le parlement ?

 En répondant tout à l’heure à Mme Zossou, je disais que pour gommer la frustration de mes concitoyens sur le fait qu’ils ont l’impression de ne pas participer au débat, je pourrai saisir l’opinion nationale sur cette question avant de  passer à l’étape ultime de la saisine du parlement. J’ai l’habitude d’aller au bout de mes défis. Je pense que j’aurai les moyens de convaincre la classe politique sur le bien-fondé de cette réforme et des échanges que j’ai actuellement avec les uns et les autres, je crois que cette réforme, ne serait-ce que celle-là, passera. C’est peut-être d’autres aspects des reformes qui peuvent être difficiles.

On en fait aujourd’hui, une fixation mais il y a également d’autres aspects de ces reformes-là qui pourraient faire l’objet de plus de débats. Dans tous les cas, que ce soit devant le parlement ou devant le peuple entier, j’aurais à m’expliquer. J’aurais à apaiser les inquiétudes. Je pense qu’au bout du compte, nous allons opérer ces reformes-là.

 Un Président africain a dit qu’à propos du mandat unique, vous venez d’arriver et que vous aurez peut-être le temps de changer d’avis. Ensuite, 5 jours avant la fête, on a barré plusieurs routes. Est-ce que pour un président simple, c’était nécessaire ?

 C’est vrai que le pouvoir tente. Le pouvoir corrompt. Le pouvoir finit par vous transformer dans le confort, mais pour ma propre nature c’est son contraire. Je ne pense pas que le pouvoir changerait  ma nature. Deuxièmement, je ne veux pas compter que sur ma volonté. Je ne veux pas compter que sur ma détermination à faire moi-même le mandat unique. La conviction pour le mandat unique est une bonne reforme et je voudrais le faire instaurer, le faire partager par mes concitoyens et le faire passer maintenant. Donc, si le mandat unique est voté dans les formes que nous envisageons lui donner, il va s’imposer à moi-même. Donc, cela ne serait pas seulement par ma volonté, sinon cette suspicion va demeurer pendant 5 ans et cela peut être gênant. Si nous ne prenons pas cette réforme, la suspicion va être permanente pendant les 5 années.

Est-ce que monsieur Talon, est-ce que le président partira au bout de cinq années ? C’est pour cela, que j’aimerais débarrasser le pays moi-même, mes concitoyens et la classe politique de cette suspicion pour que de ce que je ferai au quotidien on voit bien que je ne suis pas dans une démarche purement politicienne et qu’au quotidien, mon action est une action de gouvernance sans qu’on ne me soupçonne de vouloir manœuvrer politiquement. Je sais de quoi je parle parce que depuis 3 ou 4 mois que je suis là, il y a beaucoup d’interprétations et parfois même des tentations. C’est pour cela que je ferai les efforts nécessaires pour faire comprendre à tout le monde, le bien-fondé de cette réforme et je pense que cela va passer. Donc, nous allons pouvoir pendant les 5 ans pendant les 4 années à venir, vivre ensemble sans suspicion.

 On a remarqué depuis que vous êtes installés, que le plus grand nombre de décisions a été essentiellement sur le coton. Cela gêne un peu quand on est en face de l’ancien Magnat du coton. Cela donne l’impression, du coup qu’il se sert lui-même dans un premier temps. La deuxième question est quel serait votre bilan à la fin des 5 ans ? Quel est votre rêve en matière économique pour le Bénin après les 5 ans ? Excusez-moi, sur la question des routes fermées pour le 1er Août

 Des routes ont été fermées pour permettre aux forces armées de procéder à l’entraînement nécessaire, aux répétitions nécessaires pour défiler. Ce n’est pas pour des raisons de sécurité que les routes sont fermées. Je voudrais au nom du gouvernement, des forces armées, présenter nos excuses, à la nation entière pour les désagréments.

Sur votre question relative à la filière coton, vous avez dit que la plupart des grandes décisions que j’aie prises ont trait  à la filière coton. Je ne sais pas si c’est vrai mais ce que je sais, j’ai pris effectivement de grandes décisions, avec conviction et sans complexe. Vous savez très bien que ce qui s’est passé dans la filière coton révélait tout simplement des représailles politiques. Certains acteurs privés ont continué leurs activités, d’autres ont été empêchés d’exercer leurs activités juste par représailles politiques. La filière coton a souffert.

Le conflit politique entre l’ancien président et moi-même a généré des actions de représailles qui ont causé beaucoup de torts à la filière elle-même et beaucoup de torts aux finances publiques. En trois ans, le trésor public béninois a injecté de manière directe et indirecte plus de 150 milliards de francs Cfa dont plus de 100 milliards de subventions directes dans la filière Coton. C’est énorme ! Jamais nos finances publiques n’ont été au service d’une seule filière de manière aussi massive et sans résultats. Nous sommes allés aux élections, il n’y a pas eu de révision opportuniste de la Constitution. Je n’ai pas été extradé au Bénin pour subir les caprices du régime défunt. Le conflit politique s’est éteint au grand bonheur de nous tous. Il se fait que par coïncidence, c’est moi, celui qui était le principal vis-à-vis de celui qui est parti, qui ai gagné les élections. Il n’y a plus de conflit politique. Pourquoi je laisserais poursuivre les actions de représailles qui ont causé tant de torts à la filière et au pays entier. C’est évident que dans les tout premiers jours, je suis allé dans l’extinction véritable et totale de ce conflit politique. D’autant plus que la filière coton est importante pour le Bénin et que nous étions déjà à la veille des préparatifs de la campagne 2016-2017. Vous savez que les intrants pour le coton sont importés dès le mois de décembre ou janvier de l’année précédant la campagne. Nous avons pris fonction en avril et étions déjà en retard. Il fallait prendre une décision sur la conduite de la filière. Fallait-il laisser pendant un an l’atmosphère de mauvaise gestion continuer ? Parce qu’il faut prendre une décision urgente pour savoir qui conduit la campagne qui démarre déjà en avril. De manière évidente, nous avons décidé que ce soient les acteurs par eux-mêmes qui prennent en main la filière. Il faut noter une chose que personne ne dit. Ça fait bientôt une quarantaine d’années que l’Etat béninois subventionne la filière coton. Depuis que les partenaires au développement, la Banque mondiale, ont commencé à appuyer la filière coton dans les années 80, l’engrais a toujours été subventionné au Bénin. Cette année, le trésor public ne met pas un franc de subvention dans la filière coton. C’est quand même un acte fort. Nos finances publiques ne subventionneront plus la filière coton. J’estime que le Bénin a fait suffisamment d’efforts pour la filière et que la filière est mûre pour voler de ses propres ailes. Mieux, j’ai instauré une taxe sur l’exportation du coton pour que l’Etat jouisse de la filière coton. Même si la taxe n’est pas énorme, elle démontre notre volonté de mettre la filière coton dans le giron de l’activité privée comme le maïs, le manioc, le cajou. J’ai la conviction que les acteurs qui sont en place, mes anciens partenaires, sont capables de conduire cette filière de manière transparente sans qu’il n’y ait même de soupçon entre l’ancienne gouvernance et ceux qui auraient pris la succession de cette filière. Mon action a été motivée par deux intérêts : la préservation des maigres ressources de notre pays pour aller vers d’autres filières qui en ont besoin et également par souci de transparence. Tant que l’Etat va continuer à subventionner la filière Coton, malgré mon retrait de cette filière, il y aura toujours des soupçons. A l’heure où je vous parle, je suis à l’aise parce qu’il n’y a aucun conflit d’intérêt dans cette filière.

 Au terme de votre mandat, quel est votre rêve pour le Bénin au plan économique ?

 Mon rêve pour le Bénin à la fin de mon mandat, c’est d’avoir un pays dans lequel l’organisation politique et institutionnelle est conforme à un idéal de développement et de bonne gouvernance. Et pour que ces réformes aient le temps de se consolider, 5 ans, c’est suffisant. Mon souhait est qu’au niveau de l’éducation nationale, il y ait une nouvelle donne. Que l’administration de l’éducation nationale et l’administration du secteur de la santé soient dans une autre dynamique pour que les décisions de gestion dans ces deux secteurs de vie, qui sont importants pour notre nation, ne soient plus ce que nous avons vu pendant tant d’années. Et au plan économique, qu’il y ait de l’emploi, que le secteur agricole soit plus dynamique, que le tourisme soit véritablement, à l’horizon 2020-2021, une industrie créatrice d’emplois et de richesses, que les infrastructures dont notre pays a besoin se réalisent tout doucement. Je n’ai pas l’ambition de faire  bitumer toutes les routes en cinq ans. Nous n’avons pas les moyens. Mais ce qui m’importe avant tout, c’est la création d’un contexte de vie qui crée des emplois et crée de la richesse. Nous allons y arriver.

 Est-ce qu’il ne faudrait pas définir dans une loi organique, un nombre de portefeuilles ministériels à ne pas dépasser ? Vous avez réussi le découpage territorial. Peut-on espérer le transfert rapide de ressources financières et humaines pour un véritable développement à la base ?

 Ça va être difficile de limiter le nombre de portefeuilles ministériels dans une loi organique, puisque la nomination des membres du gouvernement comporte un côté politique, un aspect de satisfaction des partisans, c’est tentant d’imaginer de restreindre le président élu dans le dimensionnement de la carte du gouvernement. C’est une préoccupation, mais ce ne serait pas indiqué que la Constitution ou une loi organique tranche dans ce domaine. Ce n’est pas le nombre qui est le problème, c’est la pertinence des ministères. Des ministères qui n’existaient pas hier peuvent avoir un intérêt demain. Ce serait difficile pour le gouvernant d’aujourd’hui d’imaginer l’ampleur de la tâche, de la mission et de définir pour l’avenir la taille du gouvernement. Or, la Constitution ne se révise pas tout le temps. Je vais donner un exemple, celui du ministère de l’éducation nationale. Vous savez combien ce débat intéresse les citoyens et davantage ceux qui sont du domaine. Est-ce qu’il faudrait 3 ministères de l’enseignement ou un seul ? J’ai mené des discussions avec des enseignants et des syndicalistes pendant ma phase de campagne et la question est fortement revenue dans les jours qui ont précédé mon élection pour me conditionner dans la décision à prendre.

Ce n’est pas lié à ma volonté de satisfaire des partisans puisque je l’ai annoncé dans mon programme de société lors de la campagne et je l’ai défendu devant des syndicalistes, devant des enseignants. Donc, voilà comment une question technique peut être appréciée comme si c’était une question de remerciement de partisans. Je suis passé à 21 pour des raisons techniques, de gouvernance, de gestion alors que beaucoup peuvent l’interpréter comme étant une façon de gonfler artificiellement la taille du gouvernement pour satisfaire des partisans. Voilà combien ce débat est délicat entre la bonne foi du gouvernant d’aujourd’hui et de demain et son intérêt simplement de satisfaire des partisans pour augmenter la taille du gouvernement.

 Le transfert de compétences

 Sur l’évolution de notre pays dans la décentralisation, la déconcentration, le chemin semble à peine entamé, mais je n’ai pas de reproche fondamentalement à faire pour le rythme. C’est vrai que c’est faible. On n’a pas assez décentralisé, on n’a pas transféré les compétences et les ressources au niveau fixé dans les objectifs même de la sous-région. L’idéal aurait été qu’on soit déjà à 15% de ressources transférées. Nous devons être aujourd’hui à 6 ou 7% je crois. Et certains pays comme le Sénégal sont déjà à 10% de transfert de ressources. Je constate que la qualité de la gouvernance locale n’est pas meilleure à la qualité de la gouvernance centrale que nous avons fournie dans notre pays ces dernières années. Si on était allé plus loin dans le transfert de compétences de ressources, est-ce que nous aurions davantage impacter le développement dans les régions? Je ne suis pas sûr. Le transfert des compétences et des ressources doit accompagner l’évolution de nos collectivités et de nos municipalités. Il faut que les populations à la base soient conscientes que les élus locaux sont des gouvernants et qu’ils doivent décider de tout dans tous les domaines de la vie. Que ce soit dans les domaines de la santé, de l’éducation, des infrastructures, il faut que nous allions effectivement à la décentralisation de manière plus accrue. Ma volonté, mon ambition est que pendant les cinq ans à venir, nous puisons œuvrer à davantage former les élus locaux, que l’Etat accompagne la mise en place des compétences et que l’Etat décentralise effectivement en transférant les compétences et les ressources. Je souhaite qu’avant la fin du mandat, nous soyons au moins à 10% de transfert des ressources sinon les 15 qui sont visés.  Mais tout cela dépendra  de la manière dont nos collectivités vont évoluer, la manière dont les municipalités, les élus vont évoluer également. Je ne veux pas critiquer autrement ce qui se passe mais je dis simplement qu’au constat, il y a des rapports qui ont été publiés sur la gestion des ressources qui ont été mis à disposition. Parfois c’est catastrophique. Il faut le reconnaître. Il faut l’affronter et il faut aller dans une nouvelle dynamique, mais dans tout les cas, c’est irréversible. Nous n’avons pas le choix, nous devons accompagner cela parce que, c’est un choix pertinent de délocaliser, de délocaliser, de déconcentrer le pouvoir.

 Comment appréciez-vous les positions de certains politiques pourtant proches de vous qui sont contre le mandat unique ?

 Le mandat unique revient un peu souvent. Les acteurs politiques semblent ces derniers jours exprimer une certaines réserves. Je dois avouer que je n’ai jamais eu l’impression qu’il y a eu unanimité sur la question. Même pendant la campagne, il y a des gens qui sont restés opposés à cela jusqu’à aujourd’hui. Des comptes rendus que j’ai eu des travaux au sein de la commission qui était chargé de faire des propositions sur la reforme politique, il y a des gens qui sont venus avec des avis très tranchés et à la fin ont quand même changé d’avis ou modéré leurs oppositions. Nous n’allons pas échapper à cela au sein du parlement où les débats sont toujours en cours. Je n’ai pas  l’impression que cela sera voté à 100%,si cette question seule était soumise au vote. D’ailleurs, c’est tout l’intérêt. C’est une question complexe. Je ne sais pas pourquoi l’opinion de quelques acteurs politiques a pu évoluer concernant le mandat unique. Mais en général, il me semble que ceux qui étaient acquis à la cause avant n’ont pas changé d’avis. Au contraire, beaucoup de gens adhèrent de plus en plus à la pertinence de cette reforme. Toujours est-il que d’ici décembre, on aurait fini, plaise au ciel avec cette réforme-là. Je vous répète que j’ai la conviction que nous allons réussir ce challenge qui nous fera beaucoup de bien en matière de gouvernance. Je vais donner un petit exemple. Vous savez que les présidents en exercice qui ont à cœur d’être réélus à nouveau au bout de leur mandat vont toujours comme de potentiels candidats. Vous savez que j’ai été très proche du pouvoir passé mais avant celui là, j’ai été proche des divers gouvernants. Je vois la réflexion que ceux-ci ont pour ces genres de choses. Mon opinion est avisée sur la question. Ma position, avisé parce que je l’ai vécue tout le temps. J’ai vu comment les présidents en exercice se préoccupent  de l’épanouissement des autres acteurs politiques, se préoccupent de la qualité de potentiels challengers des autres acteurs politiques et des maires des localités. Et ils essaient contre l’intérêt national, de freiner l’épanouissement des localités et des leaders des localités. Un président qui est en place et qui n’a pas d’ambitions de réélection, qui ne peut pas être candidat à sa propre succession est débarrassé de ce genre de perversion. Voilà quelque chose qui justifie le bien-fondé du mandat unique. Quand on parle de mandat unique, ce qu’il faut retenir, c’est la notion de renouvellement de mandat. La possibilité d’être candidat à nouveau pour être réélu engendre des comportements pervers.

 Qu’est-ce qui est fait en ce moment par le gouvernement pour faire aboutir rapidement le code des investissements ?

 Pour l’investissement au Bénin, je note avec regret que venir investir au Bénin nécessite parfois qu’on soit patient et persévérant et ceux qui viennent et qui restent sont ceux qui ont la volonté et qui sont persévérant. Nous avons déjà entrepris un certain nombre d’actions pour faciliter, alléger et enlever la pression sur les investisseurs y compris la pression fiscale. C’est une reforme de grande ampleur sur les formalités et sur le comportement fiscal de notre Etat face aux investisseurs. Il y a beaucoup de choses que nous avons déjà eu à faire et qui n’ont pas beaucoup d’échos. C’est vrai que nous ne communiquons pas beaucoup nous-mêmes mais ne serait-ce que la suppression des droits d’enregistrement sur les contrats, les crédits, les transactions, c’est quelque chose qui est unique et qui a des portées majeures pour les investisseurs dans le domaine de l’immobilier, pour l’enregistrement des hypothèques et la levée des hypothèques. Tout ce que cela génère comme frais sont autant de choses que nous comptons opérer assez rapidement dans les mois à venir pour totalement rendre attractif le pays. Je peux  vous dire que d’ici la fin de l’année, le Bénin sera le pays le plus facile, le plus aisé de venir investir, de venir s’enregistrer pour faire du commerce. Ce sera fait avant la fin  de l’année.

Pourquoi avoir choisi 2012 et ne pas aller au-delà pour mieux cerner la question au niveau de la gestion des véhicules d’occasion ? La période prise en compte, c’est de 2012 à ce jour. Beaucoup estiment que c’est une période sélective.

 L’autre question, ce sont les relations que le Bénin développe avec le Nigeria.  Beaucoup disent que vous n’êtes pas aussi percutant par rapport aux relations avec le Nigéria. Que répondez-vous ? Vous aviez vu également les étudiants bastonnés, poursuivis par les forces de l’ordre. Que pensez-vous de cette situation aujourd’hui ?

 Le Nigéria nous révèle aujourd’hui quelques difficultés en termes économiques. Parce qu’on a vu que le Naira a été dévalué, que les cours du pétrole se sont effondrés.  Nous avons même noté que la production du gaz et du pétrole au Nigéria connait quelques difficultés et qu’il y a même des sabotages des pipes (pipelines).  Cela fait que le pouvoir d’achat des Nigérians a pris un coup et qu’ils ont de plus en plus du mal à consommer des produits importés. Le Bénin n’est pas une province du Nigéria. Tout le commerce qui part du Bénin vers le Nigéria relève de l’importation pour Nigéria. Que ce soit ce que nous produisons  au Bénin ou bien ce qui passe par le Bénin en transit vers le Nigéria. Une bonne partie de notre activité commerciale est basée là-dessus, notamment sur les produits en transit sur le Nigéria. Que le Nigéria ait de plus en plus de difficultés pour acheter ou pour importer, c’est évident que leurs vendeurs aient de difficultés à leur vendre et que le volume du commerce a pu baisser. Ce n’est pas par la volonté politique du Président de la République du Bénin et de celle du Nigéria que ce volume a baissé. Ce n’est pas vrai. Je ne sais pas pourquoi on assimile la baisse du volume des transactions entre le Nigéria et le Bénin à un manque de dynamisme de la part du régime actuel par rapport au Nigéria. On me dit ‘’Monsieur le Président ! Faites quelque chose. Faites que les Nigérians viennent acheter davantage au Bénin’’. Si j’avais quelque chose à faire pour augmenter le volume, je donnerai davantage de moyens aux Nigérians pour venir acheter au Bénin. Mais, si j’avais ces moyens, je les donnerai d’abord à mes concitoyens. Il est difficile que le Président  du Bénin agisse sur le pouvoir d’achat des Nigérians pour que ceux-ci continuent de venir acheter au Bénin comme par le passé. C’est difficile.  Il faut souhaiter que le Nigéria aille mieux. Il faut souhaiter que le Naira aille mieux. Il faut souhaiter que le prix du pétrole augmente. Mais attention. Quand  le prix du pétrole augmente, c’est bon pour le Nigéria, mais est-ce que c’est bon pour nous ? Donc, la manière dont on a pu voir, par le passé, la chaleur entre les présidents béninois et nigérians continue de préoccuper les Béninois quant à l’attitude actuelle de leur président par rapport au président nigérian. Les deux hommes ont changé. On ne voit plus ces va-et-vient constants qu’on voyait jadis. Je dois avouer que le Président du Nigéria est aussi quelqu’un de très pragmatique qui n’est pas dans la relation spectacle et qui, aujourd’hui, se préoccupe de son pays. Je l’ai déjà rencontré et je vais vous annoncer que je vais au Nigéria dans le cadre des relations bilatérales entre nos deux pays. Je dois vous avouer aussi qu’au lendemain de mon investiture, le Nigéria était le premier pays que je souhaitais visiter. Mais le Président était en visite de santé hors du Nigéria. Je n’ai pas pu faire cette visite. Sinon, c’est de tradition que le Président de la République élu au Bénin commence sa sortie par le Nigéria qui est notre grand voisin et nos vies sont un peu liées.  J’ai exprimé la volonté, mais le président était absent. Donc, je n’ai pas pu effectuer cette visite. Les problèmes du Nigéria font que le Président du Nigéria est peu disponible. Sinon, en ce qui me concerne, je serai allé au Nigéria pour le voir en tête-à-tête depuis. Ceci, je l’ai fait à Abuja pendant de longues heures pendant le sommet sur la sécurité de la région. J’irai souvent au Nigeria dans le cadre de nos relations bilatérales pour ouvrir ce pays au Bénin, parce que nous sommes tous deux membres de la Cédeao et nos échanges ne sont pas suffisamment libres. Ce qui m’importe est que la production béninoise aille librement au Nigéria mieux que ce qui se fait actuellement. Cela me préoccupe et je ferai en sorte que les échanges soient suffisamment libres tout au moins pour ce qui est de la production béninoise. Pour ce qui relève du transit des produits manufacturés importés par le Bénin et qui vont au Nigéria, c’est une question sensible. Le Nigéria nous reproche d’être un pays de contrebande au préjudice de son pays. Et c’est une question délicate. Nous allons faire l’effort d’ouvrir les échanges entre le Bénin et le Nigéria pour que cela soit libre tel que le prescrivent les textes de la Cédeao. Au même moment, nous devons veiller à ce que l’image du Bénin change par rapport au Nigéria. C’est tout le challenge qui est le mien pour les mois et années à venir. Nous allons y parvenir tout en faisant l’effort de ne pas promouvoir à la fois les services de transit que nos opérateurs commerciaux exercent au Bénin en faveur du Nigéria (pays de transit), mais au même moment promouvoir les échanges libres  sans que l’un n’handicape l’autre. Ce qui est important pour la communauté de la Cédeao et pour nos deux pays, est que les échanges soient  libres et que le Bénin produise beaucoup dans tous les secteurs, que ce soit le secteur de l’industrie, de l’agriculture pour aller conquérir ce marché important qui est à notre porte. C’est cela qui va être le vecteur de la politique du gouvernement pendant les 5 ans à venir.

 Par rapport aux étudiants

 J’ai fait la promotion de la démocratie, des libertés d’expression et des opinions. Je ne suis pas et je ne serai jamais opposé à une marche de revendication, d’expression de l’opinion et même de contestation. Mais il convient que ces manifestations de notre model de démocratie ne compromettent pas l’ordre et ne créent pas des préjudices aux citoyens. Une marche qui est prévue et doit être canalisée ou qui doit prendre un certain itinéraire doit se faire dans l’itinéraire prévu. S’il arrive que la marche dévie, pour l’intérêt des uns et des autres, il faut que cela soit respecté. Moi, j’ai appris que cette marche devrait se faire vers ma résidence ou vers la présidence. Vous n’avez pas posé la question de manière précise, mais je vais en parler. Je ne crains pas grand-chose au Bénin. Le Bénin est un pays de paix, de tranquillité. Ce n’est pas parce qu’il y a quelques marches que nous allons entrer dans la paranoïa. Mais, il ne faut pas que, parce que nous voulons établir des relations de tranquillité, de courtoisie que nous allons instaurer quelque chose qui est contraire à l’ordre républicain. Marcher sur la résidence d’un président en exercice ne se fait pas. Parce que cela peut déraper. Il peut y avoir des éléments incontrôlés. Et une marche qui est prévue pacifique peut délirer, parce qu’il y a quelques personnes là-dedans qui agissent de manière contraire à l’ordre. Alors, imaginez qu’une marche vers la résidence ou vers la présidence de la République dérape. Il peut y avoir des conséquences graves. Là, on dira qu’il se passe un drame. Les gens ont marché et puis il y a des accidents graves, alors que la responsabilité aurait été d’éviter cela comme cela se fait partout dans le monde. Donc, nous avons à nous éduquer nous-mêmes, à éduquer nos jeunes, et à permettre que l’opinion s’exprime, mais en respectant l’ordre établi. Je suis désolé qu’il y ait eu ces actes. Je ne suis pas certains de représailles. Je ne sais pas si c’est volontaire ou bien cela a été induit par les dérapages et que cela a pu causer des sévices corporels. Je voudrais au nom de la République et au nom des forces de l’ordre, (ceux qui ont du intervenir à cette occasion), présenter les excuses qu’il convient de présenter, mais sans remettre en cause le bien-fondé du maintien de l’ordre.

  Vous avez rencontré votre homologue nigérien par rapport au bras de fer Bolloré et le groupe Pétrolin de Samuel DossouAworet. Est-ce que cette démarche est en harmonie avec la décision de justice rendue?

 J’ai rencontré effectivement  Vincent Bolloré à Paris. Ce n’était pas l’objet principal de mon voyage. Mais j’ai saisi cette occasion pour le rencontrer et  pour  évoquer  avec lui  la paralysie dans laquelle se trouve le chemin de fer au Bénin. Vous savez  qu’il y a un accord qui a été signé, accord contesté par notre compatriote Samuel Dossou à travers sa société pétrolin. Et aujourd’hui, nous sommes dans une paralysie. C’est vrai que les chemins de fer  ont cessé, malheureusement depuis quelques années, d’être au cœur de nos préoccupations. C’est dommage. Mais ce n’est pas quelque chose qui est banale pour nous, les Béninois. Je suis un fils de cheminot. L’intérêt pour le chemin de fer n’est pas de même porté pour le Bénin et le Niger. Bien que l’Ocbn appartienne au Bénin et au Niger, l’Ocbn a eu plus de vie. Les rails ont existé surtout au Bénin et pour l’intérêt des deux pays.  Les chemins de fer du Bénin ne conditionnent  pas la vie de Bolloré. Bolloré peut continuer de vivre sans les chemins de fer du Bénin. Il y en est de même pour Pétrolin de Samuel Dossou qui a un intérêt, certes, mais les chemins de fer ne l’empêchent pas de vivre. La seule victime dans cette affaire, c’est le Bénin. J’essaie d’expliquer à chacun, que ce soit monsieur Dossou, le président du Niger ou le président  du groupe Bolloré, les déséquilibres des préjudices. Et je dis qu’il est temps que nous trouvions une solution pour sortir de cette crise, parce que ces rails, autant c’est important dans le passé, autant ils sont de grande importance pour nous pour l’avenir. Si nous parvenons à rétablir la vitalité de nos rails, de Cotonou à Parakou et de Parakou au Niger, nous récupérons la quasi-totalité du trafic  des marchandises  sur le Niger. Nous allons permettre également  que le Niger évacue ses minerais qui sont en attente d’exportation vers le port de Cotonou. Les rails sont pour nous d’une importance capitale  aujourd’hui et demain.  Ce qui a été fait jusque-là a été fait avec une certaine précipitation et sans précaution. Il y a beaucoup de failles. Les intérêts des uns et des autres n’ont pas été pertinemment  appréciés et préservés. Mais il est possible de sortir de ce guêpier. J’ai des solutions que j’ai proposées aux uns et aux autres. Je peux vous avouer et vous informer que j’ai reçu le consentement des uns et des autres pour trouver une voie de sortie, peut-être un peu différent de ce qui se fait maintenant. J’espère que rapidement,  nous allons sortir de ce guêpier. J’ai des solutions à proposer  qui sont en cours et qui seront mises en œuvre très bientôt.

 Etes-vous au courant de la réaction du Groupement des importateurs de produits congelés (Gipc) ?

 J’ai reçu des plaintes de ceux- là dont vous parlez. Je ne sais pas si cela  concerne les opérateurs d’une même activité. J’ai exprimé mon opinion par rapport à ce qui les préoccupe. Et j’ai vu comme vous qu’ils ont protesté,  ce qui est de leur droit. J’ai fait des réunions avec le ministère en charge du commerce, le ministère en charge des finances, la douane, pour apprécier  les positions des uns et des autres par rapport à ce qui est évoqué. Je dois vous dire que je suis assez embêté, parce que je comprends ce qu’exprime le camp de ceux qui ont marché contre CajafComon. Je comprends leurs préoccupations. Je voudrais qu’on puisse trouver des solutions pour que ce secteur reprenne vie. Sans oublier que c’est la baisse du pouvoir d’achat des clients du secteur qui fait que ce secteur est en difficulté. Je cherche une solution pour les uns et  les autres. Le gouvernement  ne peut pas prendre une mesure au profit d’un camp  contre un autre. Si cela a été fait dans le passé, nous l’avons tous décrié. On ne va pas recommencer  les mêmes erreurs, les mêmes bêtises. On ne peut  pas, pour réparer ce qui a été fait dans le passé et qui a généré des désagréments pour les uns, prendre des mesures qui vont générer des désagréments pour certains au profit d’autres. Ceux qui connaissent ce dossier me comprennent bien. La position du gouvernement est de réfléchir à trouver  des solutions qui accompagnent le secteur pour l’ensemble des opérateurs. On ne va pas prendre des décisions au profit de l’un contre l’autre. C’est  cela la position du gouvernement dans cette affaire.

 Enfin, votre ministre de l’énergie a annoncé la fin du délestage pour fin décembre. Dispose-t-il d’une baguette magique ?

 Le ministre vous a dit que d’ici décembre on sera à l’abri du délestage. Mais je vous dis que ce sera d’ici octobre. C’est malheureux de constater qu’après cinquante six ans d’indépendance, le Bénin n’est pas en mesure d’assurer  la fourniture d’énergie à ses concitoyens. Et que des gens qui ont connu l’électricité depuis leur enfance en manquent aujourd’hui à l’âge adulte. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas  en mesure de payer les factures, mais parce que le courant ne vient plus. Les investissements n’ont pas suivi les besoins de notre pays. Nous allons procéder aux appels d’offres pour louer des groupes. C’est dommage qu’on ait de l’électricité à partir des centrales louées. Nous allons procéder à l’appel d’offres pour renforcer le parc de location, et ces centrales seront déployées pendant la période septembre-octobre. Ce qui est certain, c’est qu’à la fin du mois d’octobre, début novembre, nous aurons un parc suffisant de centrales en location pour suppléer au déficit d’énergie provenant du Nigeria ou du Ghana, (la Ceb). Mais nous n’allons pas vivre sur des centrales louées. Nous avons entrepris d’agréer des opérateurs  pour qu’avant fin 2018 le Bénin soit autosuffisant en matière de production énergétique.  Donc, effectivement avant décembre, il n’y aura plus de délestage au Bénin. Attention, il peut y avoir des coupures d’électricité, le temps que les groupes démarrent. Parce que nous n’allons pas produire l’énergie constamment avec les groupes. Nous allons utiliser des groupes pour suppléer au défaut d’énergie venant du Nigéria et du Ghana. Quand le courant attendu passe à zéro, il faut quelques secondes, quelques minutes ou quelques dizaines de minutes de relais pour que ces centrales soient assurées par les centrales en location.  Cela durera quelques minutes. L’électricité ne manquera pas. Cela durera quelques minutes, mais nous n’aurons plus des coupures des quartiers entiers, des villes entières pendant des heures, voire des jours.  On n’en aura plus au Bénin avant décembre.

 Dans nos universités, nous avons souvent fustigé le fait que le gouvernement autorise l’importation des produits congelés. Est-ce qu’on va continuer alors qu’autour de nous la plupart des Etats la découragent ? Ma deuxième question est sur le coton.  Est-ce qu’on va continuer à faire le coton partout  alors que nous avons des bassins cotonniers ? Enfin, par rapport à la mécanisation de l’agriculture, que comptez-vous faire pour éviter les errements qu’on avait connus ?

 La viande de bœuf congelée, le poisson congelé, alors que cela n’est pas favorable à la promotion, à l’épanouissement du secteur de production au plan national. C’est une question sensible, mais aisée. Si aujourd’hui, nous prenons de manière brutale la décision d’interdire les importations des produits carnées, nous allons observer une inflation extraordinaire sur les prix de la viande, des protéines. Nous allons observer une pénurie. On ne peut pas dire aujourd’hui que  la production de volailles, de viande et de poissons est suffisante pour satisfaire tous nos besoins  en protéines.  C’est vrai que l’absence de politique d’incitation et de protection a fait que ces secteurs ne se sont pas développés.  Mais, gérer avec des responsabilités, c’est également être capable de promouvoir  ce qui est bien pour nous aujourd’hui et demain, sans créer des incidents graves aujourd’hui. Ce que nous avons planifié dans le domaine de l’agriculture en général, aussi bien pour l’aviculture que pour la pisciculture continentale, c’est d’accompagner les acteurs et de lancer un vaste programme d’incitation des jeunes à ce genre d’activités, parce que c’est porteur d’emplois et de richesse pour nous-mêmes et pour le marché voisin. La plus grosse partie de ce qui nous est porteur au Bénin comme produits congelés en matière de volailles et de poissons va au Nigéria. Ce qui veut dire que c’est un marché potentiellement important. C’est un gros marché. Si demain, nous parvenons, par une politique d’accompagnement, à obtenir des niveaux de production suffisamment élevés pour satisfaire nos besoins, nous pouvons même bénéficier des accords de la Cédéao pour que nos produits aillent facilement au Nigéria. Ce  qui n’est pas le cas aujourd’hui parce que la Nigéria ne sait pas ce qui est importé d’Europe et ce qui est produit localement. Cet état de choses nous est préjudiciable quant à notre capacité d’exporter vers le Nigéria, notre production locale. Ce que nous ambitionnons faire dans les années à venir, c’est de promouvoir la production locale de poissons, de volailles, de viandes, de sorte à mettre un terme  à  l’importation de ces produits. Donc, vous avez raison. La qualité laisse à désirer. C’est connu de tous. Mais, ce n’est pas le lieu pour nous de dire nos réserves parce que le poulet congelé n’est pas décrété comme étant impropre à la consommation. Non ! Si c’est le cas, je n’hésiterai pas une seule minute à interdire son importation. Le poisson congelé non plus n’est pas déclaré impropre à la consommation.  De même pour la viande. Donc, entre une décision brutale d’interdiction des importations qui ne relève pas d’une décision de qualité, salutaire et une décision d’opportunité commerciale ou d’opportunité industrielle de production,  il faut savoir agir de manière à planifier les choses de sorte que ce qu’on cherche en prenant une décision  ne crée pas des préjudices graves pour  nos  populations. Comptez sur nous pour que d’ici 2020, le Bénin soit capable d’interdire l’importation de poissons. Il en sera de même pour l’aviculture,  ne serait-ce pour qu’on n’ait plus besoin d’importer de la volaille congelée. Mais aujourd’hui,  ce n’est pas pertinent  d’arrêter brutalement. Je vais maintenant répondre à une question qui me parait importante sur le coton dans l’Atacora.  Je ne soustrais pas l’Atacora aux exigences de notre loi phytosanitaire. Quand une  pesticide est utilisée au Bénin, il est utilisable, aussi bien à Cotonou, Kétou, Parakou, Malanville, Comè, Toukountounan, qu’à Natitingou. Notre loi phytosanitaire n’a pas défini  les zones dans lesquelles  les pesticides dont la rémanence est connue et jugée convenable doit être utilisés. Le plan n’a pas prévu que l’Atacora soit préservé des pesticides. On n’a pas décrété que l’Atacora demeure une zone bio. Peut-être qu’on le ferait, mais ce n’est pas notre choix. Alors, on ne peut pas dire qu’un produit peut être utilisé à Parakou,  à Banikoara. Et si les producteurs de Kérou et de Péhunco, décident  de faire de l’agriculture de coton intensive en utilisant des engrais et ces pesticides ? Qu’on dise non ? L’Atacora est notre château d’eau. Je peux vous dire également  que les pesticides qui sont utilisés ailleurs dans le  Bénin, impacte la qualité de nos ressources naturelles en eau. Si c’est fait de manière grave, je vous invite  à nous aider  à dire si un produit, sur la liste des produits qui sont autorisés au Bénin, doit être interdit. Les pesticides sont néfastes, sont dangereux pour la santé humaine, des  plantes, des animaux et par conséquent, nous allons dire que notre pays est un pays bio ou que l’Atacora sera bio.  Il y a une règlementation universelle qui régie les pesticides, et nous sommes dans le champ de cette règlementation. Nous avons une loi  phytosanitaire au Bénin. Je veux dire par là que nous faisons attention et nous allons faire davantage attention pour que ce genre de produits chimiques qui sont utilisés pour l’agriculture intensive soient les produits qui sont les moins dangereux possibles. Mais je conviens avec vous que leur dangerosité  n’est pas zéro. C’est vrai.

 La mécanisation de l’agriculture

 Ce qui a été fait jusque-là a été de l’improvisation. Ce n’était basé sur rien en matière de mécanisation. Nous avons un pays qui est encore à la daba. On ne passe pas de la daba aux machines agricoles. C’est un cheminement et il faut tenir compte nos terres,  parce qu’il y a des machines qui ne sont pas adaptées à nos sols. Nous allons reprendre la modernisation des outils agricoles qu’on appelle communément mécanisation. Mais nous allons employer le thème « modernisation des outils agricoles ».  Il faut utiliser des équipements, des engins qui sont adaptés à notre niveau de connaissance, à nos sols et aux cultures. C’est pour cela que le programme de modernisation de notre agriculture, des outils agricoles et de techniques culturales, doit être mené avec beaucoup de compétences. Mais, il est évident  que si nous restons à la daba, la terre va être de plus en plus désertée. Pour que des jeunes retournent à la terre, pour que des genres qui ont soutenu et qui ont envie d’avoir une vie facile et décente aille à l’agriculture, il faut que les conditions d’exploitation de l’agriculture ne soient pas pour eux un répulsif. Parce qu’aujourd’hui, le travail de la terre est très dur. On ne peut pas faire la promotion de l’agriculture dans ces conditions. Il faut donc moderniser notre agriculture pour la rendre plus attractive.

 Comment pensez-vous faire la lutte contre la corruption pour éviter que votre seul quinquennat ne comptabilise pas d’autres scandales ?  Ensuite,  que pensez-vous faire du Ppea II, du dossier Dangnivo et l’assassinat manqué de Martin Assogba ?

 Le fait que chacun puisse répondre devant la justice des faits et gestes relève de la vie et de tous les temps. Il n’y a rien à faire pour  parfaire le monde. Et nul ne peut avoir la prétention d’être capable de parfaire sa communauté. Il n’y a donc rien à faire pour supprimer de la terre, pour supprimer de l’espace qui nous concerne les actes de déviance en termes de gouvernance. Supprimer totalement, ce n’est pas possible. Ce que nous recherchons, c’est mettre en place les outils, les mécanismes qu’il faut pour que celui qui choisit de dévier puisse répondre. Ce qui permet de limiter les actes de déviance, parce que le déficit ou l’absence de répression favorise le péché. Notre ambition est de mettre en place les réformes qui   arrêtent  l’impunité au Bénin.  Nous n’allons pas dire que nous avons les moyens de transformer chaque Béninois en un parfait homme. Pendant  mon  mandat, nous allons ensemble finir de mettre en place les dispositions permettant à la Nation entière et à chacun d’indexer ceux  qui auraient  resquillé pour qu’ils répondent de leurs actes délictueux.  Je pense que ce faisant, nous allons limiter la corruption, les crimes économiques et leurs impacts sur le développement. L’affaire du Ppea II, c’est un sujet qui nous préoccupe tous. La justice a été saisie. Il y a eu des décisions qui ont été prises, des orientations qui ont été données. Mais au niveau gouvernemental, nous avons à cœur de donner aux partenaires techniques au développement la preuve que nous ne sommes pas dans la dynamique de protéger la faute. Nous allons collaborer pour éclairer l’opinion sur cette affaire qui a beaucoup pourri nos relations avec les Pays-Bas. Avec l’affaire Dangnivo que, vous, Martin Assogba, aviez évoquée, vous avez failli laisser la vie…

 Par rapport au système éducatif

 Il faut que le contenu des programmes soit confié à des gens qui savent de quoi il est question dans leur domaine. Pour améliorer la qualité de notre éducation nationale, il faut qu’on réhabilite les fondamentaux. Nous allons agir pour la formation à donner à nos jeunes. Aujourd’hui, combien de gens sont formés et qui à la fin ne savent pas faire grand-chose ? Il faut avouer qu’on n’a pas beaucoup d’offres d’emplois, mais en face, il y a peu de qualifications. Nous allons agir pour que les jeunes soient disposés à affronter le marché de l’emploi avec ses exigences. Nous ferons en sorte que les secteurs dans lesquels nous allons investir créent rapidement de l’emploi. Mais ce jour, il faut reconnaître qu’il n’y a rien pour embaucher des milliers de jeunes diplômés dans les secteurs public et privé. Le président de la République n’a pas pouvoir à embaucher dans le secteur privé. Le secteur public ne peut pas aujourd’hui absorber tous les jeunes au chômage. Mais l’espoir est permis. Dans les prochaines semaines, nous allons procéder à la revue des besoins de recrutement dans la fonction publique, parce qu’il y a beaucoup de secteurs dans lesquels l’administration est dégarnie. Il va donc y avoir de recrutements massifs et nous allons pouvoir organiser les concours de façon transparente pour donner les mêmes chances à tout le monde pour que les quelques milliers d’emplois réservés aux jeunes ne soient pas exclusivement destinés à ceux qui ont des gens au gouvernement. Dans le secteur privé, nous allons travailler pour que le taux de recrutement hausse davantage. Nous allons agir sur le Code du travail, l’administration du travail pour que les règles soient assouplies.

 A quelle sauce les femmes vont être mangées dans votre gouvernance ?

 Nous sommes dans une société qui n’a pas facilité la vie aux femmes. Nous en sommes conscients. Mais quand on est confronté à l’urgence et que malheureusement autour de soi, on n’a pas de la disponibilité, on fait quoi ? Est-ce que pour satisfaire l’équilibre, il faut impérativement faire appel aux femmes ? Même quand on n’a pas l’offre à porté de main ? J’aurais été très heureux d’avoir 10, 12 ou davantage de femmes surtout que je les respecte, mais il n’y avait pas l’offre à ma disposition. Et j’ai dit que je ne ferai pas de l’équilibre du genre et ethnique un facteur essentiel de la composition de mon gouvernement. Pourtant, l’équilibre régional n’est pas une banalité. Nous sommes dans une phase difficile. Beaucoup de femmes ont de la compétence et parfois ne sont pas visibles. Est-ce qu’il faut décréter l’équilibre et faire une discrimination positive en faveur des femmes ? C’est juste pace que beaucoup de femmes qui ont la volonté et la compétence ne sont pas visibles. Il faut créer les conditions pour qu’elles s’expriment. Je conviendrai avec vous que vous me demandiez qu’il faut qu’on agisse pour permettre aux femmes de se réveiller afin qu’on puisse tenir compte d’elles dans les positionnements. Je voudrais voir plus de femmes en politique que la bagarre qu’on observe et qui, parfois, peut vous répugner. Il ne faut pas exclusivement laisser le champ politique aux hommes, parce que vous êtes parfois de si grande qualité que vous trouvez que certains combats ne sont pas nobles.

 On ne peut pas parler d’agriculture sans les terres. La plupart des terres sont en train d’être achetées par les expatriés. Que compte faire le gouvernement pour y remédier ?            

 Notre Code foncier a bien reconnu et identifié le foncier urbain et le foncier rural. Aujourd’hui, on ne permet pas avoir une politique particulière pour le foncier rural pour les terres agricoles. Il y a beaucoup de Communes dans lesquelles nos Conseils procèdent aux lotissements de terre à caractère agricole, ce qui est mauvais. Il conviendra dans les jours à venir d’agir pour préserver l’intégrité des terres agricoles afin que celles-ci soient davantage à disposition des générations actuelles et à venir pour la production agricole. Il conviendra aussi de faire quelques aménagements pour que les terres agricoles soient plus facilement accessibles et que la spéculation foncière ne soustrait pas les terres agricoles de la disponibilité aux jeunes. La question est en discussion aujourd’hui en Côte d’Ivoire, un pays qui a été secoué par des problèmes liés au foncier rural entre étrangers et nationaux. J’ai l’impression qu’une tendance serait que cette question soit résolue dans la Constitution pour dire que les terres agricoles ne soient pas accessibles aux personnes étrangères. Je ne veux pas opiner là-dessus, mais c’est une question complexe. Par contre, il faut agir pour empêcher la spéculation des terres agricoles, pour préserver l’agriculture familiale. Le territoire du Bénin est petit. Le Bénin n’est pas un pays dans lequel il faut faire la promotion des exploitations agricoles industrielles. Nous sommes un pays d’agriculture familiale. Si nous commençons à promouvoir la prise des terres agricoles pour des projets à caractère industriel dans l’agriculture sur des milliers d’hectares, nous allons compromettre notre survie. Que ce soit pour les Béninois ou pour les étrangers, il faut se garder de promouvoir l’implantation de projets agricoles sur des milliers d’hectares par des non-exploitants. Dans ce que je dis, je ne distingue pas les étrangers des Béninois, parce que si un Béninois voudrait acquérir des milliers d’hectares à la fois pour faire du maïs, l’Etat doit accompagner cela. En l’accompagnant, nous allons instaurer une politique agricole qui va compromettre l’avenir. (La 2ème partie de l’entretien dans notre parution de demain)

 Transcription Groupe de presse Le Matinal