Spread the love
talon-lehady
Talon-Léhady, aussi proches, aussi distants

La rencontre entre le président de la République, Patrice Talon, et les Conseils communaux du grand Nokoué, vendredi 05 mai 2017, n’a pu permettre de décrisper l’atmosphère très tendue entre le Pouvoir central et la Mairie de Cotonou. Ce que beaucoup redoutaient entre les deux parties arriva très vite au cours de cette rencontre. Car, à Léhady Soglo qui faisait part de ses préoccupations et difficultés à la préfecture de Cotonou, Patrice Talon a fait des mises en garde fermes et sans appel.
On savait qu’il y avait de la confrontation à distance entre le Pouvoir central à travers le préfet du Littoral, Modeste Toboula, et la mairie de Cotonou, gérée par Léhady Soglo. Mieux,  on savait aussi que le gouvernement et la municipalité ne sont pas sur la même longueur d’onde en ce qui concerne certaines décisions prises au sommet de l’Etat dont celle relative aux opérations de déguerpissement, qui a fait incontestablement plus d’effets dans l’opinion publique. Les autorités municipales n’ont jamais digéré cette décision prise par  l’Exécutif, et considèrent qu’il interfère dans la gestion de la ville.  Le Pouvoir central accusé également sur d’autres faits qu’il a posés  ne l’entend pas de cette oreille et avance. Récemment, les deux parties ont encore exprimé leurs divergences sur la reconstruction des marchés de Cotonou. Le préfet en a fait une tournée d’explication à l’endroit des acteurs, provoquant l’ire des autorités municipales qui dénoncent à nouveau cette méthode et ravivent la tension.  A l’évidence, les rapports entre le pouvoir central et la mairie de Cotonou sont demeurés  conflictuels, parfois très tendus. C’est pourquoi, d’aucuns redoutaient que cette confrontation s’invite dans la rencontre initiée par le chef de l’Etat, vendredi 05 mai 2017 pour partager ses ambitions avec les conseils communaux du Grand Nokoué, dont fait partie la municipalité de Cotonou. Aussitôt annoncé, ce rendez-vous a été abondamment relayé dans l’opinion publique, soit par le biais de la presse, soit  avec le concours des réseaux sociaux, où tout le monde ou presque voyait Patrice Talon et Léhady Soglo uniquement comme les deux principales vedettes, ignorant superbement les autres maires attendus. Les relations bien entendu, tendues entre eux, le conflit maire-préfet, ont servi de terreau à cette manière dont beaucoup voyaient l’ambiance qui allait prévaloir lors de cette rencontre. Le deuxième intervenant sur la liste des maires à présenter son allocution après Georges Bada, d’Abomey-Calavi, c’est Léhady Soglo. Le maire de Cotonou était très attendu, vu ses relations peu cordiales avec le Pouvoir central et vu que ce sont les sujets qui alimentent le conflit entre le préfet du Littoral et lui qui sont en débat.
L’ombre de  la confrontation
Ainsi, après l’intervention très favorable aux actions du chef de l’Etat présentée par le maire d’Abomey-Calavi, membre de la Renaissance du Bénin, au même titre que Léhady Soglo, le maire de Cotonou, à son tour, a eu l’idée de louer les projets annoncés par le gouvernement au profit de sa municipalité et de marquer l’accord de son conseil  à jouer sa partition pour leur réalisation. Il a eu aussi la présence d’esprit de rappeler qu’en ce qui concerne la réhabilitation des marchés et  l’asphaltage des rues, la municipalité a déjà commandité des études dont les résultats  existent et qu’ils seront mis à la disposition du gouvernement pour confrontation.  Ensuite, il a abordé les difficultés que rencontre la municipalité pour débloquer à la préfecture de Cotonou certains contrats des prestataires pour l’assainissement  et a demandé au chef de l’Etat de peser de tout son poids pour que cette situation soit réglée en vue de faire face aux prochaines pluies. Il est allé jusqu’à proposer prendre par la Cellule nationale de passation des marchés publics pour dénouer le problème. Et puis, pour finir, il a rappelé au chef de l’Etat qu’il est un administré de la ville. Cette petite parenthèse n’a laissé personne indifférent.  Des éclats de rires du président de la République et d’une bonne partie de l’assistance ont salué la fin de l’allocution du maire de la ville de Cotonou. Cela n’a pas empêché des mises en garde sur un ton ferme  de Patrice Talon à Léhady Soglo. En effet, répondant aux préoccupations du  maire de Cotonou,  le président de la République n’a pas donné les réponses  auxquelles il s’attendait. Pour  les questions sur lesquelles le maire de Cotonou souhaite avoir la souplesse du Pouvoir central, le président de la République a estimé qu’il n’en est  pas question et que si des contrats doivent  être signés, ils ne peuvent qu’être de courte durée, trois mois, une fois renouvelable. Cette recommandation sera suivie de mises en garde fermes. Si le Conseil municipal ou le maire de Cotonou s’entêtait à signer des contrats de longue durée, cela occasionnera de graves préjudices dont ils seront responsables, car, a prévenu le chef de l’Etat, ces marchés signés seront arrêtés parce que déjà en juin 2017, des appels d’offres seront lancés pour ce qui concerne l’assainissement de la ville de Cotonou et d’autres grandes voiries urbaines. La question a déjà été évoquée avec le ministre du cadre de vie qui a rendu  compte des intentions de la ville de signer des contrats, a souligné Patrice Talon, relevant lui-même que les relations avec la mairie de Cotonou ne sont pas au beau-fixe,  avant d’insister sur la recommandation du gouvernement en ce qui concerne les questions exprimées par l’autorité municipale. Voilà qui est clair, et sans doute un camouflet pour Léhady Soglo.

AT