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Sébastien Ajavon, sur une pente glissante

Le roi de la volaille tente un nouveau saut dans l’inconnu. On n’a pas la sagesse de le convier au renoncement de cette ambition ô combien noble de présider aux destinées de ce pays, mais on peut lui dire de faire attention.

Feu Mathieu Kérékou a toujours eu la sagesse, malgré son expérience, de confesser  la délicatesse de l’homme politique béninois. Le terrain politique au Bénin est parsemé de ronces. C’est un domaine où on ne peut jurer de rien surtout avec des hommes qui disent exactement le contraire de ce qu’ils pensent. S’il y a un secteur de non droit où la ruse est inscrite en règle d’or, c’est justement la politique. Les amitiés sont toujours circonstancielles et la parole, contextuelle. On se souvient de cette célèbre maxime de l’autre qui dit que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient. On réalise donc qu’on est en plein dans un monde où on prend en horreur et de façon engagée le bon sens et la morale. Les questions idéologiques n’existent pratiquement pas car dans le fond, la guerre politique au Bénin est beaucoup plus orientée vers les personnes et non les idées. Nous sommes donc sur un terrain sinueux où il y a peu de marge au bien. Les paroles d’évangile et les préceptes coraniques restent à la porte de la maison politique sauf si elles peuvent servir de socle au mensonge et à la ruse. Voilà un peu le boulevard  tracé pour le nouvel homme politique. On continue toujours de l’appeler nouveau parce qu’on ne réussit pas encore à voir en lui le feu, l’âme brulante de la politique. En dépit de sa candidature en 2016 et de la récente création de son parti politique,  l’homme est toujours à l’entrée de la maison politique. Tout ressemble à un destin étranger qu’il forge.  On ne saurait le condamner pour cela car la vie est une école et on ne naît jamais avec rien. Sébastien Ajavon a sans doute son temps d’apprentissage et s’emploie certainement à comprendre et maîtriser le jeu politique béninois. La difficulté à son niveau est qu’il a commencé par pratiquer la politique avant de l’apprendre et la comprendre. L’expérience de 2016 a semblé être une aventure sur coup de tête, conduite à pas de charge à grand renfort d’argent. Les plus acerbes parlaient en son temps de  saut dans l’inconnu par une génération spontanée. Les élections ont lieu et Sébastien Ajavon s’est retrouvé  en troisième position. Les conciliabules ont continué et il a soutenu au second tour Patrice Talon. Le premier niveau de choc pour le nouvel  homme politique (qui a commencé par pratiquer la politique avant de l’apprendre), c’est la non- tenue des promesses de campagne et tout ce qui a suivi. Sur une chaine de télévision, Louis Vlavonou, député à l’Assemblée nationale a déclaré que Sébastien Ajavon est victime de sa naïveté politique. C’était une façon en tout cas bien subtile de souhaiter la bienvenue au roi de la volaille dans ce monde difficile où la parole (à laquelle il tient si temps) n’est presque jamais respectée. Après ce lamentable échec, et certainement pour prendre sa revanche, le roi de la volaille tente un autre exercice tout aussi complexe qui consiste à solliciter le soutien d’anciens chefs d’Etat et hommes politiques du sérail. Un autre engrenage qui réserve certainement beaucoup de  surprises en raison des personnages en présence.

 Le novice au milieu de vieux routiers

 La grande difficulté de Sébastien dans ce cercle de grands et vieux briscards politiques, c’est une fois encore la guerre des intérêts politiques. En fait, Sébastien Ajavon  n’a pas vraiment eu le temps d’apprendre et de comprendre la politique avant de l’exercer. Ce vide est un gros avantage pour chacun de ses nouveaux partenaires qui vont surfer dessus à merveille. Ceci passe déjà par le soutien qu’il lui apporte par rapport à son ambition. Ce soutien n’est que stratégique car ils savent bien qu’il a la main ouverte et qu’ils peuvent en tout cas, pour l’instant, l’utiliser pour combler la pression qu’ils subissent de la part de leur ancien allié. Lorsqu’ils auront fini cette étape et que viendra le moment crucial de le porter et le soutenir, ils feront ressortir leur second joker. Essayons déjà d’aller au cas par cas. Parlons des deux hommes d’Etats Yayi Boni et Nicéphore Dieudonné Soglo. Moins que Nicéphore Soglo, l’ancien Chef de l’Etat Yayi Boni est relativement à l’abri de pression financière et politique mais il ne fait pas de doute qu’il a son joker sûr. Komi Koutché l’enfant fidèle qui a raté de peu pour question d’âge en 2016 sa candidature  s’échauffe sérieusement (financièrement et politiquement) dans les coulisses. Pour rien au monde Yayi Boni ne comptera privilégier son enfant adoptif qui a si bien joué le jeu pour un Sébastien Ajavon qu’il affectionne mais qu’il ne porte pas vraiment. Nicéphore Soglo  prend quelque bol d’air en ces temps de chaleur auprès de son fils de la volaille mais il sait pertinemment en son for intérieur que tout ceci n’est que circonstanciel. Le jeu est d’intérêt pour les élections législatives mais pas du tout pour la présidentielle de 2021. Nicéphore ne pense et ne respire que par son enfant en  exile. Pour rien au monde il ne pourra le laisser au profit d’un autre si jamais l’occasion se présentait. Parmi les soutiens satellites, il y a le vieux routier Albert Tévoédjrè et Candide Azannai. Il est préférable de s’attarder sur le second avant d’explorer les chances de collaboration avec le premier. En fait, Candide Azannai homme assez proche de Sébastien Ajavon désormais sera candidat en 2021. Ceci n’est pas un scoop car le clochard du coin le chante déjà. A partir de cet instant, on comprend que le jeu est difficile puisque  les ambitions sont déjà clairement affichées.  Candide n’acceptera presque jamais d’annuler ce désir qu’il a nourri et banni même au profit de Talon pour suivre Ajavon. Les deux seront donc challenger en 2021 et sur ce plan, la ligne est clairement tracée. Malgré le poids de l’âge,  Albert Tévoédjrè reste une tête pensante de la politique béninoise. En dépit de toutes les dispositions qu’il prend déjà pour son dernier jour, l’homme reste dans l’âme, un fin politique et pourra conseiller le jeune s’il se décide à lui vouer le respect et la considération qu’il souhaite. C’est finalement le seul qui n’a visiblement aucun intérêt présent ou futur par rapport aux nombreuses échéances qui s’annoncent. Maintenant, un lion même fatigué le reste. Nous sommes en politique et il faudra comme le dit l’autre illuminé « être candide comme la colombe mais prudent comme le serpent ».

AT