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Galiou Soglo parle de ses ambitions pour le football béninois

En séjour à Paris (France) depuis quelques jours, Galiou Soglo a plutôt suivi le dépôt des dossiers de candidature à la Fédération béninoise de football (Fbf) de loin. Il n’a donc plus postulé même s’il avait souhaité briguer la présidence de l’institution. Contacté par nos soins, l’ancien ministre des Sports avoue avoir eu des difficultés pour monter sa liste. Il confie même avoir été victime de « marchandage à tout-va » par certains acteurs. Lisez l’entretien qu’il nous a accordé…

Vous étiez annoncé dans la course pour les prochaines élections à la Fédération béninoise de football. Mais pourquoi vous n’avez plus postulé?

Je profite de l’opportunité que vous me donnez pour déjà dire à la jeunesse béninoise que j’ai été très sensible aux marques de soutien et d’encouragement à l’annonce de ma candidature. Mon père, pince sans-rire disait « si les élections étaient ouvertes, j’aurai fait mieux que le K.O de Yayi en 2011 ». Ma candidature n’était pas un effet d’annonce. Le football est une passion. Comme beaucoup de jeunes, mon père a choisi pour moi les études. Ce qui est normal pour un père énarque et cadre de son pays. Alors, je me suis toujours dis qu’il fallait donner la chance aux jeunes qui ont fait le choix du sport et du foot en particulier. Saviez-vous qu’un joueur de Ligue 2 française gagne au bas mot entre 3 et 5.000 euros, soit près de 3.500.000 de nos francs ? En Ligue 1, c’est multiplié par 10 ou 30 en fonction de ton talent. Alors, mon rêve était de permettre à cette jeunesse d’avoir l’opportunité de participer à cette économie qui ne demande pas grand-chose : du talent, du travail et une vision. J’ai cette vision pour faire du football béninois un véritable secteur d’épanouissement personnel et vecteur de croissance. Malheureusement, il y a des forces au-dessus de moi plus fortes.

Pour la plupart des observateurs, les statuts actuels ne favorisaient pas votre candidature. Qu’en pensez-vous?

Les statuts, ce sont des hommes qui les ont rédigé. Alors de quoi on parle ? Il suffit d’une motion pour faire tomber l’article et faire en sorte que les bonnes volontés se présentent dans l’intérêt de notre sport. J’avais mes cinq parrainages. Par contre, c’était plus compliqué de réunir sur la liste, 19 membres. C’était du marchandage à tout-va. C’est contre mes principes. Au-delà du rassemblement, la transparence était le maître-mot de mon programme. Je souhaitais une véritable fracture avec des pratiques d’antan. Si tu viens avec moi, ce n’est pas pour mes beaux yeux mais pour mon programme, dans l’intérêt de tes mandants. Dans notre pays, on aime tout et son contraire.

Quel était votre projet pour le football béninois?

Mon projet pour le football béninois est simple. Il s’appuie sur cinq piliers qui se tiennent comme les cinq doigts d’une main. Dans un premier temps, il faut décentraliser. Il faut que la Fédération soit enfin présente dans sa gestion dans tout le pays, mettre en exergue le football dans sa globalité sur l’étendue du territoire. A travers les centres de formation ou le football de rue. Cela nous amènera à réformer le championnat et s’appuyer sur ce qui se fait au Brésil ou aux Usa par exemple, cela afin de donner la chance à tout le monde mais aussi d’alléger la peine des présidents de clubs. Dans quatre ans, avec des moyens plus conséquents et une meilleure organisation, nous pourrons revenir sur un championnat linéaire à l’instar de ce qui se passe partout ailleurs. Dans un deuxième temps, la transparence. Il s’agit d’associer tout le Comité exécutif, les clubs à la gestion de la Fédération. C’est l’histoire de tous avec une méthodologie. L’objectif étant d’attirer à nouveau des sponsors et aller progressivement vers un championnat professionnel. Le troisième pilier de mon projet et pas des moindres est la formation. Cela part des présidents de clubs aux détecteurs de talents. Les présidents seraient partis en immersion dans des grands clubs en Afrique du Nord et en France avec lesquels j’ai des contacts afin qu’ils touchent du doigt les vraies réalités du football. Nous aurions donné une autre envergure à la formation dans ce domaine, c’est la base du succès. La dernière victoire de la France en témoigne. Tout est parti de George Boulogne. Il n’y a pas de secret. Le quatrième axe de travail est l’arbitrage. Il s’agit de susciter des vocations afin que cela ne soit pas le parent pauvre de notre sport. Enfin, le sport d’élite. Il s’agit de vraiment professionnaliser la gestion des équipes nationales et ainsi éviter l’amateurisme constaté dernièrement. Cela en collaboration avec la Dtn et le sélectionneur national avec qui d’ailleurs j’ai pris plaisir à travailler il y a quelques années.
Avez-vous toujours l’ambition de diriger la Fbf?
On peut servir différemment, c’est vrai qu’en qualité de président de la Fbf, tu impactes différemment la structure et le sport. Maintenant, ce n’est pas une fin en soi. Depuis mon départ des Requins, je participe à ma manière à l’épanouissement du football dans mon pays. J’ai un tournoi qui porte mon nom dans un petit village à 10 km de Bassila -dont je suis citoyen de cœur-, et cela depuis dix ans maintenant. J’équipe en matériels et fournitures de sport des centres de formation officiels ou pas, je donne de ma personne pour remettre des trophées. C’est la passion. Elle n’est pas feinte. De toutes les façons, je ne peux prédire l’avenir. Les voies du Seigneur sont impénétrables dit-on…
Pour beaucoup, vous auriez pu incarner cette nouvelle génération qui pourra impulser une nouvelle dynamique au football béninois. Avez-vous manqué de soutien dans cette quête?
Je suis d’accord que quel que soit le vainqueur des prochaines élections, avec moi cela aurait été différent. Ma lecture du football est sans commune mesure.
Un message aux acteurs pour finir.
Tant qu’il y a la vie, il y a l’espoir. Je demanderai à nos jeunes de travailler, de travailler deux fois plus s’ils veulent y arriver. Le talent seul ne suffit pas, on ne leur fera pas de cadeau. Enfin, toute ma gratitude à tous.

Propos recueillis par EAB