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MONIQUE-OUASSA-KOUARO
Monique Ouassa Kouaro accède au grade de Maître de conférences

Elue consécutivement Chef de département de Sociologie-Anthropologie, Monique OuassaKouaro est l’une des rares femmes qui se battent et qui pensent que la réussite authentique ne peut que se produire par l’école et le travail. Désormais Maître de conférences des Universités du Cames, elle est plus que déterminée à approfondir son travail de recherche, afin d’apporter à l’Université d’Abomey-Calavi ce qu’elle lui a apportée. Lire ci-dessous, l’interview qu’elle a accordée à votre journal.

Le Matinal : Quels sont vos sentiments après avoir obtenu le grade de Maître de Conférences des Université du Cames?

Monique OuassaKouaro :Mon premier sentiment est évidemment la fierté. Ce grade est une étape importante dans mon ascension. Il signifie la reconnaissance de mes pairs, béninois et africains et surtout consacre mon entrée dans le système académique universitaire. Comment ne pas être flattée? Notez bien que sur 20 dossiers, nous n’étions que quatre femmes. Par conséquent, je ne peux nier que ce grade est extrêmement signifiant. Il montre à la fois qu’une femme est tout à fait capable, mais aussi, hélas, que notre combat pour l’émancipation n’est pas encore gagné, loin de là.

Mon deuxième sentiment est évidemment la gratitude, parce que cette promotion, je la dois aussi à ceux qui m’ont aidée à progresser. Et bien sûr, tout d’abord, les miens, mes parents, qui ont la joie de pouvoir constater les bienfaits de l’éducation qu’ils ont su m’inculquer. Mais également à mes professeurs, de l’école primaire et secondaire, de l’université qui ont su eux-aussi me persuader que les études restent le meilleur chemin de la réussite. Même à notre époque de gain et d’argent facile, la réussite authentique ne peut que se produire par l’école et le travail. Je leur suis redevable, et c’est ce que je m’efforce de transmettre à mon tour aux étudiants dont j’ai la charge. Enfin, je la dois à tous mes collaborateurs de l’université. Vous savez, je ne sais pas travailler autrement qu’en équipe, et même au sein de notre université, nous devons tous faire des efforts pour mettre en commun nos intelligences, pour pouvoir faire progresser nos recherches. Je dois avouer qu’avoir eu, une deuxième fois, les suffrages de mes collègues pour diriger le département, c’est sans doute le signe que nous avançons collectivement. Maintenant, n’attendez pas de moi que je vous dise que mon but est atteint. Non ! Ce grade n’est qu’une étape. Je dois continuer à avancer. Je dois approfondir mon travail de recherche. Je dois pouvoir apporter à notre université tout ce qu’elle m’a apportée. Ce grade est l’exigence de fournir encore plus d’efforts, de produire davantage d’articles, de publier des ouvrages, de manifester concrètement cette reconnaissance béninoise et africaine. C’est ce à quoi je veux m’employer maintenant.

Quels conseils pourrez-vous donner aux jeunes étudiantes qui aspirent à la fonction enseignante ?

Vous savez, choisir l’enseignement et la recherche, ce n’est pas à la mode chez nos jeunes. Beaucoup préfèrent le gain immédiat, facile mais aléatoire. Pourtant, notre société a besoin d’enseignants et de chercheurs de haut niveau pour donner le bon exemple à la jeunesse. A ceux qui refusent les sirènes de la facilité, je ne peux que donner des conseils issus de mon expérience. Qu’est-ce qui a permis ma réussite ? Le travail. Le travail, cela veut dire qu’il faut se priver parfois de sorties, cela veut dire de longs moments passés sur des cours, l’abnégation, le courage, la rigueur. Dans notre monde Internet de l’immédiateté, je préconise la lenteur de la lecture et de l’écriture, la maturation de la réflexion. Pour réussir, il faut également de la simplicité, de l’humilité. Ne pas s’imaginer être tout de suite un intellectuel, mais rester le plus longtemps possible un apprenant, savoir écouter les leçons des maîtres, savoir comprendre les messages des professeurs. C’est toujours avec l’ancienne corde que nous pouvons tisser la nouvelle. La transmission du savoir, c’est accepter un point de vue différent du sien, rester à l’écoute de toutes les idées pour pouvoir mieux les discuter  si besoin est. Et pour ma partie, la sociologie-anthropologie, ne jamais cesser d’être à l’écoute du monde, car c’est à nous, les spécialistes de la société qu’il revient de produire des analyses sur ces évolutions. C’est pourquoi notre savoir n’est jamais définitif, mais toujours en devenir. C’est en cela que notre qualité première est bien l’humilité, car comme le dit le poète « rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force, ni sa faiblesse.»

En tout cas, les étudiants qui veulent suivre cet itinéraire exigeant, savent qu’ils peuvent compter sur moi pour les guider, certes, sans concession, sans flagornerie ni démagogie, mais sans jamais ménager mon temps ni mon énergie pour les aider quand ils se donnent la peine de fournir les efforts nécessaires. Mieux, je mettrai au service de ma communauté le fruit de mes recherches afin de créer une synergie entre ma recherche et les besoins du terrain. Dans ce sens, je dirige une Ong dénommée ‘’Femme Durable’’ qui travaille dans l’éducation des filles et la promotion du développement durable. C’est le sens de mon action et c’est, je crois, ce que ce grade de maître de conférence symbolise pour moi.

Comment se présente Monique OuassaKouaro

Maître de Conférences des Universités du Cames, elle est l’actuelle chef de département de Sociologie-Anthropologie à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de l’Université d’Abomey-Calavi. Son parcours scolaire et universitaire s’est déroulé en deux étapes : les études primaires et secondaires à Natitingou, où elle a obtenu le Bac en 1992. Elle a effectué des études de sociologie-Anthropologie à l’Université d’Abomey-Calavi sanctionnées par une maîtrise et un master de   recherches en sociologie-Anthropologie. Ensuite, elle a fait une thèse en cotutelle entre l’Université d’Abomey-Calavi et l’Université Paris IV Sorbonne. Elle a obtenu son doctorat Unique en 2008. Enseignante au département de sociologie-Anthropologie depuis 2009, ses centres d’intérêts dans le domaine de la recherche sont : la sociologie de l’éducation avec option (L’éducation des filles), la sociologie de l’environnement et du développement durable et l’anthropologie culturelle.

Propos recueillis par Abdourhamane Touré