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patrice-talon-prL’homme d’affaires en exil à Paris a décidément pris rendez-vous avec l’histoire. Son entretien diffusé sur les chaînes locales a indubitablement un caractère évènementiel. Les déclarations accouchées par l’illustre invité de la presse tranchent avec le bavardage infécond auquel nous a habitués les démagogues de tous acabits.

Deux facteurs ont d’emblée érigé la sortie médiatique de Talon en événement. D’abord les mots utilisés et l’ensemble d’un discours qui démontre l’étoffe d’homme d’Etat. Ensuite, le charisme de cette personnalité longtemps accablée de tous les péchés d’Israël. Sur la temporalité politique, la prise de parole après un long silence donne à l’entretien de l’ampleur. Les effets conjugués de ces éléments écrivent l’histoire. Difficile donc de défier la légitimation de la parole de ce grand homme. Sans langue de bois et doté d’une honnêteté légendaire, Talon ne s’est dérobé à aucune question des journalistes. Et la variété des interrogations a mis en exergue la vaste culture de l’interviewé. A moins de se noyer dans une myopie intellectuelle, on doit se rendre à l’évidence que Talon a marqué les esprits.L’éventail de questions lui a permis de puiser dans ses ressources intimes et d’être éclatant. En affirmant qu’il « ne serait pas pertinent d’accabler le régime tout le long des deux mandats », Talon s’est mis au dessus de la mêlée, refusant de tout peindre en noir. Cette attitude élégante ne doit pas être perçue comme un aveu de complicité avec le pouvoir cauri. Et c’est une certitude que le premier gouvernement de Boni Yayi portait les espoirs d’un vrai changement. Hélas, les limogeages et remaniements anarchiques ont vite fait de muer ce rêve en cauchemar. La suite est simplement catastrophique.

Il est absurde de penser que le premier investisseur et employeur privé de l’Etat n’ait pas d’impact sur la vie sociale de la Nation.Les œuvres de Talon notamment sur le plan de l’éducation et de la santé ne sont plus à citer. Evidemment, il est l’artisan incontesté de la création de l’emploi. Ses détracteurs, en déficit d’arguments, excellent dans des discours stériles ponctués par la perfidie. Question d’éthique et d’humilité : ce n’est pas dans un entretien de cette nature qu’un homme d’Etat se mettrait à égrener le chapelet de ses œuvres sociales. Le recours à l’Evangile selon Saint Mathieu, chapitre 6 verset 1 à 6 est éloquent : « Quand tu fais l’aumône ne sonne pas la trompette devant toi comme ces hypocrites qui se mettent en spectacle dans les rues pour obtenir la gloire des hommes ». Cette interview ne devrait pas être celle de l’officialisation de la candidature. Elle était annoncée comme le support de la clarification. Et on n’a pas été déçu. En déclarant ‘’ qu’il n’a jamais été autant actif ces dernières semaines dans les échanges avec les leaders politiques de son pays’’, Talon dévoile sa stratégie : porter sa candidature par la classe politique et être l’homme du consensus. Le peuple béninois et le monde entier ont découvert l’homme d’Etat guidé par un sens du pardon très développé. « Moi aussi j’ai pardonné et j’aspire maintenant à la réconciliation effective et à la concorde », jure-t-il. Et Talon, l’homme d’affaires, a réussi un dédoublement en faisant admirer ses atouts politiques.   Les réformes annoncées valorisent l’entretien et ajoute au charisme de l’homme, un grain de crédibilité. L’instauration de mandat unique est une réforme phare et historique. Le constat de Talon se marie à la raison : «le deuxième mandat de Yayi Boni a été le mandat de trop ». Talon est prêt à tourner la page. On est séduit par l’entretien médiatique de cet immense homme. Il lui reste juste à franchir le pas et se mettre dans le starting-block pour la présidentielle de 2016.

 Sacca Focco