Spread the love
Eugène-Dossoumou
Eugène Dossoumou, alors Sous-préfet de savalou

Membre influent du Fard Alafia, il a pendant longtemps occupé d’importantes fonctions. De Nicéphore Soglo à Yayi Boni, Eugène Dossoumou s’est vu confié plusieurs attributions. Secrétaire général de sous-préfecture, préfets à deux reprises, Secrétaire général du gouvernement,  Président de l’Autorité de régulation des marchés publics, il est resté dans les arcanes du Pouvoir central sous les différents régimes avant de faire valoir ses droits à la retraite, le 1er juillet 2016. Formé à l’Ecole nationale d’Administration, cet  Administrateur civil rêvait plutôt de devenir enseignant à l’Ena. Hélas. Brillant étudiant, son profil très admiré lui ouvre très tôt d’autres portes. A l’en croire, si ceux qui l’ont formé lui ont fait confiance, il n’y a pas de mal à leur donner raison. Ce qu’il pense avoir fait avant d’aller à la retraite. Ancien élève de l’école publique primaire mixte groupe A de Savè et du Ceg 2 de la même ville et du collège Père Aupiais de Cotonou,  ses souvenirs d’écolier et de collégien restent vivaces et ses témoignages à l’égard de ses enseignants n’en finissent pas. Qu’en est-il de ses relations avec l’ex-chef de l’Etat, Yayi Boni ? Eugêne Dossoumou rassure que tout va bien entre eux. Pionnier  du Forum des cadres politiques qui s’est réuni le 23 septembre 2017 à Cotonou, il annonce qu’il s’agit d’une première étape du grand rassemblement. Une telle initiative, affirme t-il, s’inscrit dans la même  dynamique que le chef de l’Etat, au sujet de la réforme du système partisan  qu’il a proposée.  

Le Matinal : De tout votre cursus scolaire, qu’est ce qui vous vient à l’esprit si vous devez en parler?

Eugène Dossoumou : Je ne peux pas dire exactement tout ce qui s’est passé avec toutes les précisions bien que cela concerne ma personne. Je dois vous avouer aussi que je suis souvent gêné de parler de moi-même. J’ai toujours aimé que ce soit d’autres qui fassent le témoignage. J’ai fait le primaire à l’école publique primaire mixte groupe A de Savè dirigée à l’époque par monsieur Eugène Kouton de vénérable mémoire. Je sais que mes maîtres disaient de moi : « il a de l’avenir ». Voilà tout ce dont je peux me souvenir encore.  Mes maîtres d’alors, j’en ai qui sont encore vivants.  Je peux vous citer à toutes fins utiles  Yves Kossouho qui m’a gardé au Ce2 et qui n’a jamais voulu se détacher de moi. Il en est de même de Félix Nougbodé. Voilà un peu ces gens-là qui m’ont encouragé au primaire sinon moi-même, je suis issu d’une famille modeste. Je voudrais profiter de cette occasion pour remercier tous ceux-là dont j’ai gardé de très bons souvenirs de telle sorte que, quand je parle d’eux aujourd’hui, c’est avec beaucoup d’émotion. On ne se connaissait pas. Ce ne sont pas des gens de chez moi, mais ils ont énormément  pris soin de moi. Eugène Kouton de Porto-Novo, Félix Nougbodé de Ouidah, Yves Kossouho  et d’autres. Autre chose qui m’a ému durant mon parcours surtout au secondaire, c’est l’affection que Simon Azonhoumon, professeur de mathématiques à qui je rends hommage, avait pour moi. Il est heureux de voir ses élèves émergés. Il a aussi encadré ma fille qui excellait beaucoup en mathématiques. Il a même imposé à ma fille de faire la série C contre son consentement parce qu’il lui trouvait déjà un talent de scientifique. Et par finir, ma fille a réussi avec une mention bien pour poursuivre ses études universitaires en statistique. Un autre qui n’était pas enseignant de profession mais qui a enseigné l’anglais à cause de sa mission à Savè, c’est  Philippe Gaga. Le manque d’eau potable dans les collines, m’amenait à lui apporter de temps à autre quelques sceaux d’eau pour ses besoins. Des années après,  il était question de  faire la seconde alors qu’à Savè il n’y avait pas de série littéraire. Je suis donc venu à Cotonou pour m’inscrire au Ceg Gbégamey dont le directeur ne voulait pas me recevoir. J’ai donc à tout hasard rencontré  Philippe Gaga qui m’a aidé après de longues tentatives  à m’inscrire au Collège Père  Aupiais qui était entre-temps dans le giron de l’Etat. Donc ce sont des professeurs qui nous ont beaucoup marqués.

Administrateur civil, vous avez été formé à l’Ecole nationale d’Administration. Après vos enseignants vous ont offert l’occasion de travailler aussitôt.     

Quand j’étais sorti du 1er cycle de l’école nationale d’administration à l’époque, j’avais fait l’archivage et la bibliothéconomie. Il y avait une politique que l’école nationale d’administration avait mise en place à l’époque sous la direction de Julien Codjovi, paix à son âme et de Théodore Holo, son adjoint. Ils avaient une politique du recrutement de leurs meilleurs étudiants. Grâce à cette politique, leurs étudiants qui au bout de la formation se sont révélés être de bons produits sont  recrutés pour en faire certainement l’élite. C’est ce critère qui m’a frappé, je me suis retrouvé encore à l’école nationale d’administration et on m’a confié la responsabilité de la gestion de la bibliothèque. C’est ça qui m’a permis d’évoluer. Je me dis si ceux qui m’ont encadré ont eu cette confiance en moi, pourquoi je n’essaierai pas de leur donner raison. Ça m’a poussé à aller de l’avant. C’est comme ça que j’ai passé le test du cycle 2 de l’école nationale d’administration. A l’issue de ce texte, nous avons été 15 recrutés. J’étais déclaré comme étant le major à l’époque. J’ai donc commencé la formation du cycle 2, c’était en 1989 et à la fin, j’étais sorti également major de cette promotion. Ça a confirmé l’opinion que ces éminentes personnalités avaient de ma modeste personne.

De là, vous avez été nommé à un poste de responsabilité dans l’Administration. Comment cela s’est passé ?

    Très tôt, on m’a fait appel au niveau du Ministère de l’intérieur, de la sécurité publique et de l’administration territoriale d’alors avec le ministre Richard Adjaho. Dès qu’il a vu mon Cv, il m’a nommé comme secrétaire général de la sous-préfecture de Savalou. J’ai rejoint le poste en octobre 1992, mais comme je venais de sortir fraîchement de l’école, le préfet du Zou d’alors que je respecte beaucoup Monsieur Mathias Gogan   a dit me concernant de même  que d’autres collègues qui avaient été affectés dans le Zou à l’époque, dont l’ex-préfet Armand Nouatin, qu’on devrait suivre  un stage. On  est allé trouver à la préfecture d’Abomey l’ancien ministre de la défense Dénis Ali Yérima, qui venait aussi d’être affecté. On a suivi un stage pratique avant d’être déployés sur le terrain. C’est comme ça que j’ai pris effectivement service à Savalou le 4 janvier 1993 en tant que secrétaire général. Trois ans plus tard, en juillet 1996, j’ai été promu sous-préfet et j’y suis resté  jusqu’en 1998. C’est de là qu’on m’a affecté à Savè, également en tant que sous-préfet. Donc j’ai été le dernier sous-préfet de Savè en 2003 avant l’avènement de la décentralisation.

Secrétaire général de la sous-préfecture, sous-préfet de Savalou et  de Savè. Vous avez vite connu une ascension. Étiez-vous militant d’un parti allié au pouvoir ?

Vous faites bien de me poser la question. En 1990 notre pays à la faveur de la conférence nationale a connu une mutation. Le pays a connu une nouvelle ère. A ce niveau, la conférence nationale  a décrété ceci : « les hommes qu’il faut à la place qu’il faut ». A l’époque j’avoue que je n’étais pas encore militant  au moment où on m’a envoyé comme secrétaire général de la sous-préfecture. Je n’étais pas du tout militant dans les partis. C’est vrai, il faut être aussi honnête, jusqu’à ce moment, c’était le Parti unique, donc militant ou pas, on était militant. C’est comme ça qu’on avait milité dans les mouvements scolaires et universitaires  pour soutenir la révolution. Mais jusqu’au moment où j’étais nommé sous-préfet, j’avoue que je n’avais pas encore connu une vie de militantisme affirmé. A partir de 1994, il y avait des valeurs morales, des valeurs de logique qui étaient promues par le parti Fard Alafia, lequel venait de naitre. J’avoue je n’étais pas membre fondateur. J’aurais pu l’être parce qu’il y a un sous-préfet, celui de Bantè à l’époque qui m’en avait parlé. Il s’agit de Souleymane Ibrahima qui m’a passé la main au secrétariat général du gouvernement  et à la tête de l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp). Ce que beaucoup ne savaient pas, c’est qu’on se connaissait depuis longtemps. C’est un aîné que j’aime beaucoup. Il m’en avait parlé, mais moi  je n’appréhendais pas encore ce que c’était. Il faut avouer que Ibrahima avait déjà de l’expérience en cette matière. Moi je venais, mais lui, il avait déjà connu une vie de militantisme. Il fut Chef de district de N’Dali déjà avant de devenir sous-préfet de Bantè. Il avait une somme d’expérience.  Donc il m’en avait parlé brièvement mais je n’avais pas une idée claire de ce que c’était. Donc je ne lui avais pas donné une suite. Mais quand la chose est née, il y a eu un de mes collaborateurs de Savalou qui se battait pour le Fard Alafia  qui avait un candidat aux législatives de 1995 ; l’inspecteur Kanfon. Le collaborateur en question, c’est  Casimir Zohan, un ami  qui m’a parlé très sérieusement de Fard Alafia et m’a dit patron il faut que tu viennes là. J’ai dit si c’est ça que tu veux, je n’ai pas d’objection. En 1996,  dans un milieu aussi hostile au candidat Mathieu Kérékou, mon collaborateur m’a poussé à le soutenir aux côtés d’un autre aîné, Gratien Tonakpon Capo-chichi, paix à son âme. Donc on n’était pas nombreux parce que le milieu n’était pas favorable mais, on a fait ce qu’on a pu. Le résultat qu’on a eu à Savalou aux yeux du président était important. Le président Kérékou savait les efforts qu’on a dû déployer pour obtenir ces résultats. Quand on lui a demandé de proposer quelqu’un pour remplacer le sous-préfet qui était là, naturellement ils m’ont proposé à mon insu. Je vous le dis. Zoha Casimir est encore vivant, vous pouvez lui demander. Le mercredi 03 juillet 1996, c’était mon jour d’anniversaire. J’étais à l’église car je suis du Renouveau Charismatique catholique. Je ne savais pas que le Conseil des ministres est passé. Gratien Tonakpon Capo-chichi envoie des gens me chercher. Ils sont venus me trouver à l’église et ils ont dit que : « le ministre Capo-chichi  veut me voir tout de suite. J’ai dit pourquoi ? Je suis en pleine prière. Ils m’ont dit de dire aux responsables de notre groupe de me libérer. C’est comme ça que le berger m’a libéré et m’a dit de les écouter. Ils avaient déjà soufflé au berger que je venais d’être nommé sous-préfet. J’ai décidé de prendre ma moto mais le berger a dit non, qu’il me prendra sur sa moto. Je lui ai demandé et la mienne ? Et il me répondit que quelqu’un d’autre va la conduire. Il me prend sur sa moto et me dit : « est-ce qu’on vous verra encore ? Je lui réponds : « vous ne me verrez pas pourquoi  » ? « Je voyage » ? Il me dit quand on sera chez le  ministre Capo-chichi, je saurai pourquoi il dit ça. On arrive chez le  ministre Capo-chichi. Il sort et vient m’accueillir sur les marches de sa maison et dit : « mes respects monsieur le sous-préfet ». Je lui dis « sous-préfet comment ? ». Il répond que le Conseil des ministres vient de passer et vous êtes mon sous-préfet. Je ne réalisais pas encore la chose. Je dis « sous –préfet d’où ? » et il me répond : de ta ville Savalou.

On  en reparlera. Depuis votre départ de l’Armp, vous vous êtes retiré de la scène. Mais à la faveur du Forum des cadres politiques, vous êtes réapparu. Vous soutenez le pouvoir désormais ?  

Des gens ont tôt fait de croire que nous avons disparu. C’est faux. On n’a pas disparu. Le Fard-Alafia n’a jamais disparu. Le Fard-Alafia a toujours fonctionné. Le secrétariat permanent du Fard-Alafia fonctionne et on s’est toujours réuni depuis, et ceci, tous les mercredis. Donc, quand les gens parlent de coquille vide, de ceci, de cela, ils sont libres. A l’occasion, on n’avait pas dit qu’on était coquille pleine. On dit que ce que nous avons fait est un non-évènement. Nous-mêmes, on n’a pas dit que c’était un évènement. C’était juste une réunion du bureau exécutif national. Lorsque des gens font des choses qui sont non- évènements, et que d’autres s’en saisissent pour leur faire de la publicité, ce n’est pas nous que ça va déranger.  Nous, on veut même que des gens parlent de nous ; qu’on pose des actes qui sont des non évènements et que d’autres relaient ça, ça veut dire qu’ils nous aident.

La plupart des personnalités qui se retrouvent au sein du Forum sont déjà des soutiens déclarés du chef de l’Etat. C’est un signe qui ne trompe pas quant à votre appartenance au régime actuel ?

On ne peut empêcher personne de faire ses analyses. Mais fondamentalement, le Fard-Alafia n’a rien contre le régime en place. Il peut y avoir quelques personnalités, qui ont peut-être des griefs contre le régime mais, la plupart des leaders que vous voyez, y compris nous-mêmes, quels griefs on a contre quelqu’un ? Aucun. Mais ce qui nous tient à cœur, c’est qu’au-delà des hommes, il y a le pays. Au-delà de la déification d’un homme, du culte de la personnalité, nous ne sommes pas dans ces débats. Partout, j’ai dit  je ne suis pas les débats de personne. L’homme dit, si le vêtement convient à ton ennemi, si ce qu’il a porté lui sied, dis lui ça pour en avoir le cœur net. Ce n’est pas parce qu’il est ton ennemi  que tu vas t’acharner contre lui et dire même du mal de lui s’il fait bien. Tu n’es plus objectif. Nous, nous n’avons pas d’a priori au sujet de quelqu’un. Si le régime actuel fait bien, nous devons pouvoir dire : il fait bien, accompagnons-le. Là où il fait mal, si nous sommes à ses côtés, nous allons lui dire de faire attention. Au regard de nos expériences, des gens se sont comportés comme ceci, comme cela, ça n’a pas abouti, donc faites attention. Je vais vous dire, voilà l’état de paupérisation dans lequel notre pays se trouve. Un régime vient, et vous constatez que ses ambitions sont les vôtres, pourquoi ne pas le soutenir ? A bien des égards, moi j’ai vu que les ambitions qui sont portées  par le régime en place ont été aussi les ambitions du régime précédent. Alors quel intérêt ai-je  à dire que je ne le soutiens pas parce que ce n’est plus la même personne ? Ça veut dire que dans ce cas là, ce sont les personnes qui me préoccupent et non le développement.

Après le forum, c’est vrai qu’il y a un congrès. Quelle sera la prochaine étape ?

Nous allons continuer le travail. Après le forum, nous avons lancé  la balle. Si nous la laissons comme ça, c’est d’autres qui vont la jouer. Donc, ce que je voudrais dire, c’est qu’après le forum, nous avons à maintenir le cap. Nous n’allons plus rien relâcher. On  doit être éveillé et surtout poursuivre ce qu’on a commencé. C’est déjà heureux que tous ceux qui sont venus, aucun d’eux n’a contesté le bien fondé de l’initiative. Il ne faut pas qu’après le premier pas, on s’arrête en si bon chemin. Il faut poser le deuxième pas. Vous avez parlé d’université de vacance, peut-être c’est quelque chose du genre que nous allons faire. Moi, je n’en sais rien, mais je sais quelque chose. Il faut mener une activité. On attend que les instances dirigeantes de toutes ces formations politiques que vous avez vues, fassent le point chacune en son sein. Nous au Fard-Alafia aussi, on va faire le point et on va décider de la suite. Mais pour ma part, je me dis, c’est le moment de foncer. Le secrétaire général du Fard-Alafia a dit, lorsque vous entreprenez quelque chose, vous avez contre vous ceux qui font la même chose, ceux qui font justement le contraire de ce que vous faites, et la grande masse de ceux qui ne font rien. Donc, on doit être déjà armés contre des attaques des gens qui veulent reconstituer des blocs comme ce que nous avons entrepris de faire. On aura à côté de nous des gens qui diront non, c’est des vauriens parce qu’ils sont, eux autres, incapables de se mettre ensemble. C’est donc des gens qui sont dans un schéma contraire au nôtre.  Il y aura maintenant la grande masse. Ceux qui sont à la touche et ne veulent rien faire, mais sont là pour critiquer. Nous, on a dépassé l’étape d’être sensible à ces genres de critiques. On est immunisé contre ça. Pour ce que je pense du Fard-Alafia, je n’en suis pas secrétaire général, nous allons analyser tout ce qui a été fait au cours du forum, tirer les leçons. Il faut dire que nous, on veut ratisser le plus large possible parce qu’on a fait l’expérience de l’éparpillement des partis et le ministre Sabai Katé a été clair dans son discours. Se mettre ensemble ou disparaître. Telle est l’équation qui reste à résoudre aujourd’hui. Quand des responsables à ce niveau se posent déjà des questions, vous comprenez que c’est déjà une adhésion totale. C’est la faisabilité.

Est-ce que ça règle en partie la question de la réforme du système partisan ?

Exactement. Nous nous inscrivons même dans cette dynamique parce qu’avec le Président Talon, il y a un projet de réforme du genre.  Je crois que les textes existent, mais par endroits, ils sont faibles dans les dispositions. Il faut donc les renforcer. Il faut commencer ces réformes par la révision des textes qui fondent ces partis.

Et justement parlant des textes, plus de 150 partis pour le Bénin sont-ils viables ?

Est-ce les textes qui ont favorisé cela. Aucun d’eux n’est dans l’illégalité. Cela veut dire qu’il faut revoir les textes qui ont favorisé cela et faire en sorte que les gens créent des partis idéologiques. Je rejoins les professeurs qui nous ont présenté les communications lors du forum. Le Professeur Chabi Orou qui dit si on invite dans le gotha politique béninois des partis néolibéraux pour se réunir au Kenya, quel parti béninois pourra dire que son idéologie est néolibérale ? Quand on parlera des partis socialistes, vous allez peut-être voir le Psd. Mais il y a d’autres partis qui se réclament de la sociale démocratie et vous vous demandez pourquoi ils ne peuvent pas rester ensemble. Ce sont des interrogations parce que chacun profite de la faiblesse des textes. Nous nous sommes de Nouvelle force démocratique (Nfd), du ministre Sabai Katé, qui se réclame de masse donc qui se retrouve au sein du Fard-Alafia.

Pourquoi le Fard-Alafia et Nouvelle force démocratique ne peuvent pas se mettre ensemble ?

Vous faites bien de poser la question. Pour ma part, ça entre dans cette politique de réforme du système partisan initié par le président Patrice Talon.

Quels sont vos rapports aujourd’hui avec l’ancien chef de l’Etat  Yayi Boni?

Ce sont des rapports plutôt bons. C’est vrai, depuis un certain temps, on ne s’est plus souvent vu. J’avoue que je constate qu’après le pouvoir, il y a une autre vie. Vous connaissez le président Yayi Boni, il est très actif, aussi bien sur le plan national qu’international. Il est sollicité et je sais qu’il agit beaucoup sur le terrain au Bénin, mais je sais aussi qu’il est beaucoup sollicité à l’étranger. Alors, pour un homme comme ça, il ne faut pas dire, parce que vous ne vous voyez pas, qu’il y a un problème. Moi, je pense que nos rapports sont  très bons et je voudrais, si vous me le permettez, profiter de cette tribune pour le remercier  parce que j’ai quand même évolué à ses côtés pendant dix ans. Il n’y a eu aucun accrochage entre lui et moi. On a travaillé en parfaite collaboration. C’est normal de temps à autre, le chef peut gronder son collaborateur. Cela est arrivé de temps à autre.

Selon nos sources, vous étiez  parti du Secrétariat général du gouvernement frustré ?

Frustré, pourquoi ?

Peut-être pour des promesses non tenues ? Vous devez être nommés ministre et ça n’a pas été le cas.

Etre ministre, ou ne pas être nommé ministre, pour moi, est une question de destin. Mais pour des amis qui m’ont côtoyé, j’ai toujours dit, depuis 2006, que mon souhait n’est pas d’être ministre du président Yayi Boni. Je dis non, comme ça. Mon souhait n’est pas du tout d’être son ministre. On me dit, vous pensez qu’il martyrise ses ministres ? Non, je n’ai pas été son ministre pour savoir s’ils sont martyrisés ou pas, mais moi je neveux pas.

Ça ne vous a jamais intéressé d’être ministre ?

Ce n’est pas être un ministre qui ne m’a jamais intéressé. Mais être son ministre, je n’ai jamais souhaité. Chacun en lui porte une certaine fierté, une certaine intimité. Avec le président Yayi Boni, les gens ont tendance à croire qu’il privilégie les gens de son groupe ethnique. Pour ma part, qu’il ne me nomme pas ministre, si ça peut servir à atténuer ses sentiments, ça ne me gêne pas. En mon âme et conscience, j’ai vu des gens qui sont nommés ministres, et au regard de ceux-là, excusez moi, toute modestie gardée, je ne veux juger personne, je dis quand même, pour les expériences que j’ai acquises, je peux être aussi ministre. Mais je vais être aussi nommé ministre et on va dire que c’est parce qu’ils sont du même groupe ethnique. Il y a quelque chose qui me frustre dans ces propos. C’est-à-dire que le récipiendaire n’a aucune valeur et c’est sur la base d’un même groupe ethnique qu’il a été promu. Les enseignants qui m’ont gardé du primaire au secondaire, allez leur demander s’ils connaissent Dossoumon Eugène ? C’est me dénier mes qualités que de dire, on l’a nommé parce qu’il est du même groupe ethnique que le chef d’Etat.  Je n’aime pas ça. Et de fait, autre chose que je vais vous dire, tout le temps où j’ai été collaborateur du président Yayi Boni, j’ai toujours essayé de garder une réticence par rapport à ses orientations politiques. Je suis un collaborateur, un fonctionnaire. Il me donne des instructions et j’exécute. Je n’ai pas à prendre des positions politiques, c’est même contraire à la déontologie.

Secrétaire général du gouvernement, parlez-nous de cette expérience?

Ce que je peux vous dire, c’est un  honneur si vous êtes nommé à ce poste. C’est pour ça que je dis encore que je réitère mare connaissance au président Yayi Boni qui m’a fait l’honneur de m’élever à ce poste, d’abord adjoint, puis à la tête et ensuite il m’a envoyé à la tête d’une institution, même si ce n’est pas une institution fonctionnelle comme d’aucuns le disent. C’est l’Autorité de régulation des marchés publics. Avouons quand même que c’est une marque de confiance pour laquelle je le remercie. Pour ce qui concerne la fonction de Secrétaire général du gouvernement, c’est un honneur comme je viens de l’appeler, mais c’est également une fonction noble, mais très contraignante. En tant que fonctionnaire, je ne suis pas autorisé à vous dire ce que je fais, même après l’exercice. Si un secrétaire général de gouvernement, doit vous parler de ce qu’il sait, de tout ce qui entoure cette fonction, il y a longtemps que les secrétaires généraux auraient détruit ce pays. Donc, à ce niveau comprenez que c’est un honneur pour celui qui a eu la chance d’occuper une telle fonction. C’est également des contraintes, mais ça a été très formateur pour moi. Parce que cela a relevé  mon niveau de responsabilité quant aux rôles qu’on me confie. Aujourd’hui, j’ai un sens de responsabilité plus aigu. Il n’y a plus rien que je tiens à la légère. Une lettre peut-être écrite par quelqu’un que vous ne connaissez peut-être pas et qui vous parvient comme ça sur le bureau du secrétaire général du gouvernement. Ne la négligez pas  parce que ça n’a pas de nom. Tout ce qui entoure ça avant que ça ne vienne à votre table là, vous, vous ne savez pas. Il faut prendre ça au sérieux. Pour tout dire, le travail de secrétaire général du gouvernement aiguise votre conscience professionnelle et à tout moment, vous êtes aux aguets. Vous êtes éveillés, vous restez vigilants, même aux propos les plus anodins. Je vais vous dire, le jour où j’ai senti que je vais perdre mon poste de secrétaire général du gouvernement, c’est le jour où, une personne très proche du président de la République, est sortie d’une audience et m’a rencontré au dehors. Il me salue et me dit le tout-puissant secrétaire général du gouvernement. Là, j’ai dit, c’est fini. Je vous assure, durant toute la journée, dans ma tête, j’ai dit mais, si cette personne que je connais si proche du chef de l’Etat vous dit tout-puissant secrétaire général du gouvernement, c’est flatteur et commence par réfléchir. Cela veut dire que lui, si proche, qu’est-ce qu’il a pu dire à ton patron. Les gens s’imaginent peut être que c’est toi qui dicte les choses à ton patron, or tu es là pour recevoir des instructions. Ce n’est pas toi l’élu, tu ne décides de rien. Tu n’es qu’un exécutant et comme quelqu’un le dit, le poste de secrétaire général du gouvernement, comme le poste de ministre, c’est une fonction renouvelable toutes les 24heures.

Réalisation: Fidèle Nanga