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modeste-toboulaDans le contexte de la déconcentration et de la décentralisation, le préfet préside deux cadres de concertation. L’un d’entre eux met le préfet en face des maires et de leurs adjoints. Il se fait que le préfet du Littoral n’a sous sa tutelle que l’unique maire de Cotonou qu’il doit marquer à la culotte.

Le préfet Modeste Toboula exerce bien son autorité sur le maire de la ville de Cotonou, Léhady Soglo. Pour preuve, une demande d’explication avait été adressée au maire par le préfet pour absence à la cérémonie de passation de service. En effet, au moment où le préfet Modeste Toboula prenait les rênes du département, l’absence du maire Léhady Soglo avait été constatée. Pour cette raison, l’autorité de tutelle a voulu comprendre les mobiles de cet état de choses. Pour ce faire, le maire a dû recevoir une demande d’explication. A l’analyse, il s’agit d’une détermination qui vise à prévenir de futurs actes indécents qui proviendraient de l’autorité municipale. Sur le palier de la hiérarchie administrative, le préfet est bien au-dessus  du maire. Modeste Toboula est le seul préfet dont les limites territoriales coïncident parfaitement avec celles de la municipalité de Cotonou que dirige Léhady Soglo. Les deux autorités administrent les mêmes populations. Pour autant, les deux autorités ne sont pas identiques. Pour faire la part des choses et lever l’équivoque sur leurs personnalités, le préfet, qui tient sa légitimité de sa nomination de juin 2016, a voulu trop tôt signifier à l’opinion publique et au maire, qui tient sa légitimité d’un mandat électif, qu’il est l’autorité au niveau le plus élevé. D’ailleurs, les textes de lois sur la décentralisation établissent clairement les relations entre le préfet et le maire. Le préfet, usant de ses prérogatives a voulu par sa détermination, prouver qu’il est au-dessus du maire et que ce dernier, bien qu’étant un élu, ne doit pas bafouer son autorité. C’est un peu comme pour tester le respect des normes hiérarchiques que le préfet a initié la journée de salubrité pour rendre la ville-département propre. A cette occasion, le maire et ses services ont marqué leur présence à la première journée de salubrité.

Un ordre tacite de présence obligatoire aux activités préfectorales

En l’absence du maire Léhady Soglo à l’occasion de la tenue semestrielle du Conseil départemental de concertation et de coordination, le préfet du Littoral, Modeste Toboula dirigera qui ? Le maire qui a reçu une demande d’explication pour son absence à la cérémonie de passation de service du préfet, sait désormais qu’il doit signaler ses mouvements à l’autorité de tutelle. Si dans les autres départements, les maires peuvent se permettre d’être absents sans justification en raison de leurs effectif supérieur ou égal à 4, ce n’est pas le cas dans le Littoral. En cas d’absence du maire, le préfet se retrouverait essentiellement en face des adjoints au maire qui ne sont pas l’exécutif. En effet, l’article 17 de la loi 97-028 du 15 janvier 1999, portant organisation de l’administration territoriale de la République du Bénin énonce que : « Le Conseil départemental de concertation et de coordination est composé du préfet du département, des maires de communes et leurs adjoints, d’un représentant de l’union départementale des producteurs, d’un représentant de la chambre consulaire départementale, d’un représentant de la fédération départementale des associations des parents d’élèves. (…) » L’article 11 de la loi 98-005 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes à statut particulier dispose que : « le nombre des adjoints au maire correspond au nombre d’arrondissements augmenté de trois. » Et l’article 4 de la même loi fixe à 13 le nombre d’arrondissements pour la municipalité de Cotonou. Il résulte des dispositions ainsi ciblées que pour la tenue du Conseil départemental de concertation et de coordination, en l’absence de la première autorité municipale, seuls les 16 adjoints au maire, si possible, seront représentés au titre des conseillers élus. Il importe donc que le maire lui-même, pour deux raisons, fasse l’effort d’être présent autant que faire se peut aux activités du préfet. Car, d’une part, il n’aura pas d’homologue pour défendre les intérêts des maires ; et d’autre part, ses administrés ne comprendront pas que les grandes décisions se prennent à son insu.

Jean-Claude Kouagou