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HIPPOPOTAME
Le cours de Doukonta regorgeait autrefois des hippopotames

Dans le département du Mono, principalement dans la Commune de Lokossa, les pratiques anthropologiques sur les milieux naturels provoquent la rareté de certaines espèces animales halieutiques. Dans le cours d’eau dénommé « Doukonta » et qui abritait jadis, des hippopotames, on assiste à la disparition de cet animal amphibien.

A cinq kilomètres environ de la ville de Lokossa se dresse un grand étang d’eau appelé ‘’Doukonta’’. Dans cette vaste étendue surmontée de jacinthe d’eau et de nénuphar, il est rare de trouver ce qui faisait la curiosité des populations : les hippopotames. Ces mammifères qui se nourrissent d’herbes et qui passent leurs journées dans des mares et autres lacs se font désirer à Lokossa. A la fin d’une journée ensoleillée, l’hippopotame se retire de son milieu aquatique pour passer sa nuit sur la terre ferme. Le gros animal, au corps ondulé et chimérique de par la forme de sa tête et la constitution de sa dentelle, ne représente pas une menace pour les petites espèces purement halieutiques. Car, l’hippopotame se nourrit d’herbes de prairie. C’est cet animal pesant des centaines de kilogrammes qui avait choisi de vivre en journée dans le cours d’eau appelé ‘’Doukonta’’ dans la commune de Lokossa. Les descendances ont constitué dans cet étang des colonies d’hippopotames. Mais les pratiques humaines, notamment la pêche, la coupe abusive des essences arbustives, l’intoxication des cours d’eau, conduisent à la disparition progressive des hippopotames dans la commune de Lokossa. Il est aujourd’hui difficile de voir des hippopotames à ‘’Doukonta’’. C’est par effet de hasard qu’on en trouve. Or, l’hippopotame, comme beaucoup d’autres animaux en voie de disparition, est une espèce animale à protéger.

 Un site touristique à sécuriser

COURS-DE-DOUKONTA
Deux citoyens traversant le cours

 Si dans le parc de la Pendjari, dans le département de l’Atacora au Bénin, toutes les dispositions sécuritaires et réglementaires ont été prises par l’Etat pour protéger la faune, tel n’est pas le cas de ‘’Dounkota’’ à Lokossa. Ce site touristique qui faisait la curiosité des populations, semble ne pas bénéficier de l’attention des autorités. En fait, le village de « Doukonta » est devenu, en peu de temps, célèbre à cause de ce cours d’eau à qui il a donné son nom et qui abritait des hippopotames. L’ex-chef de quartier de la localité, René Lissa, a fait savoir que c’était un site touristique qui attirait des dizaines voire des centaines de visiteurs. Des gens quittaient, a-t-il déclaré, les pays limitrophes et même des pays de l’Europe pour venir voir les hippopotames qui s’y trouvaient. Chaque jour, s’est-il rappelé, des élèves et des étudiants quittaient les villes pour venir découvrir ces mammifères. Et les populations du village étaient  très sidérées par  ces visites puisqu’elles lui permettaient de gagner beaucoup d’argent. Sans désemparer, René Lissa a affirmé que c’est grâce aux fonds générés par les visites touristiques, qu’il a construit des paillotes et réfectionné certaines écoles dans le village. « La Mairie de Lokossa en avait, également beaucoup bénéficié », a-t-il ajouté. Mais le site ne servait pas seulement au tourisme. Il jouait aussi un rôle ludique et d’éducation. Il permettait aux enfants du village et certains enseignants de découvrir, pour la première fois dans leur vie, des hippopotames. « Le site nous a apporté  beaucoup d’appuis », s’est réjoui, l’informateur. Il y a donc des raisons suffisantes de revaloriser le site de ‘’Doukonta’’ et de le sécuriser pour en tirer le meilleur profit.

 Genèse d’un site touristique

 Comment est créé le site  touristique de ‘’Doukonta’’ ?  Selon les sages du quartier, c’est vers les années 1995 et 1996 que trois hippopotames dont un mâle, une femelle et un petit, ont fait  leur apparition dans la rivière. Ils étaient venus, se sont rappelées les personnes âgées, à la faveur d’une crue qui est survenue dans le fleuve Mono. C’est cette crue, qui aurait emporté trois pachydermes dans cette rivière. « Au début, ils n’étaient pas nombreux. Ils étaient à peine trois. C’est avec le temps qu’ils se sont multipliés pour accroître leur population », a renseigné l’un des sages. En ce moment, s’est rappelé Pierre Awalé, un conducteur de Taxi-moto du village, la rivière était plus grande que ce qu’elle est aujourd’hui. Car, pour aller sur le site où se trouvaient les animaux, il fallait prendre une pirogue et parcourir des kilomètres. « A l’époque, l’envie des touristes de découvrir les animaux de brousse dominait leur peur. Ainsi donc, les touristes avaient du plaisir à prendre la pirogue et pour traverser  la rivière », a-t-il témoigné. Malheureusement, ce site touristique qui faisait le bonheur des populations perd aujourd’hui sa renommée de sorte que les fréquentations deviennent rares.

 Déclin du site touristique de Doukonta

 A en croire René Lissa, le chef du quartier, la rivière a commencé par perdre  sa renommée à partir du jour  où un des hippopotames a, dans sa fuite, blessé mortellement une femme et un enfant qui revenaient du marché. Un an plus tard, comme le dit souvent un adage, ‘’Qui tue par l’épée meurt par l’épée’’, l’un des hippopotames traversant la route, fut écrasé par un véhicule qui roulait à grande vitesse. Après ce drame, ce sont les populations elles-mêmes, qui ont tué avec des coupe-coupe et des haches, deux d’entre eux. « En les  tuant, les populations se sont aperçues que les hippopotames portaient des petits. Mais elles ne s’en sont pas inquiétées. Elles les ont tous éliminés. D’autres ont été portés disparus. C’est ainsi que l’effectif de ces animaux a diminué considérablement. Et « Doukonta » ne dit plus grand-chose aux étrangers du village », a regretté René Lissa, l’air triste.

 Plaidoyer pour  la restauration du site

 ‘’Dounkota’’ perdra définitivement sa renommée si le seul animal qui reste dans la rivière meurt ou disparait. Selon l’ex premier responsable de la localité, ce sera fini pour ‘’Dounkota’’ si cela se produisait. Et pour que le site ne disparaisse pas, René Lissa a confié qu’il a mené des démarches en 2012 en direction des autorités de la mairie de Lokossa qui n’ont pas tardé à répondre à son appel. « Les autorités communales m’ont promis attraper un petit hippopotame dans le fleuve Mono et venir le mettre dans la rivière. Nous avions, à l’époque, beaucoup approuvé cette initiative, parce que  nous avons estimé qu’en faisant cela, ces autorités vont nous aider à restaurer le site. Malheureusement, rien n’a été fait jusqu’à ce jour », a-t-il fustigé. C’est la raison pour laquelle, il a réitéré ses doléances aux autorités locales et surtout au gouvernement. Il faut que l’Exécutif prenne des mesures pour parer au plus pressé. Cela permettra au site de renaître de ses cendres, car a-t-il fait savoir, si le régime en place fait du tourisme l’un de ses principaux piliers de développement, il doit alors prêter une oreille attentive à ses doléances.

 Claude Ahovè

(Br Mono-Couffo)