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sel
Le sel en pleine préparation

La terre d’où git le sel utilisé à la cuisine est encore dans l’état nature. Djègbadji a gardé depuis des lustres sa fidélité à l’archaïsme. Les femmes portent l’héritage d’un passé encore logé au cœur du présent. Djègbadji souffre, les femmes surtout.

L’exercice a tout l’air d’une torture. Les femmes de jègbadji,quinquagénaires pour certains, sexagénaires pour d’autres, vivent la douleur d’un métier qui est leur unique rempart contre l’oisiveté. Mardi 6 mars au petit matin. Le jour se lève à Djègbadji. Jeunes et vieux s’apprêtent pour les tâches quotidiennes. Au loin sur le site de préparation, des femmes, le cœur à l’ouvrage, sont déjà sur pied depuis plus d’une demi-heure. Le site est noir. L’odeur suffoquant des bois de chauffe saisit et étouffe cruellement. Ce qui retient l’attention, c’est les marmites sur le feu et un contenu qui mijote. Il ne s’agit pas d’un gigot en attente d’être dégusté, mais du sel qui se forme dans ces contenants noirs. En fait, le processus de préparation se fait en plusieurs étapes. D’abord, le sel (qui est encore à l’état de sable) est ramassé à même le sol. Ensuite, on procède au filtrage de l’eau salée qui est extraite et à la préparation du sel. C’est à ce niveau que se trouve tout le calvaire de ces femmes. En fait, le processus de préparation dure en moyenne trois heures. Pendant ce temps, le bois de chauffe est constamment brûlé. Au fur et à mesure, il faut y en mettre de plus belle, car le chauffage doit se faire sans discontinuité. En plus donc de la souffrance des yeux (de ces femmes) pratiquement amortis par la rage de ces fumées toxiques, ces femmes sont constamment face à l’équation difficile de la rareté du bois. La conséquence directe de cette menace, c’est l’arrêt de leurs activités, car sans bois, le processus risque d’être fortement mis en péril. Heureusement, elles réussissent du mieux qu’elles peuvent à trouver une solution de contournement. Pour la porte-parole des femmes, Bernadette Tossou, elles sont obligées de cotiser pour payer les fagots de bois. Pour le Chef quartier de Djègbadji, Achille Dankou Fanou, les femmes se sont déjà plaintes du fait de la chute de leurs chiffres d’affaires parce qu’elles déboursent de l’argent pour le fagot de bois qu’elles obtenaient gratuitement.  En plus de cette difficulté, il y a la spécificité du processus. En fait, la préparation du sel se fait avec la clémence du soleil. Sans le soleil, il est difficile d’identifier le meilleur sable à exploiter. Du coup en période de pluie, le site est désert. Ces femmes désœuvrées se reconvertissent en vendeuses. D’autres s’adonnent carrément à la pêche. L’autorité de la commune de Ouidah, Célestine Adjanohoun, a déploré les conditions de travail des femmes. Elle n’a pas manqué d’exposer les projets en cours pour moderniser l’activité et réduire la souffrance des femmes. Au nombre de ceux-ci, elle cite le jumelage avec certaines villes Européenne en vue d’un transfert de compétences et beaucoup d’autres initiatives tendant à moderniser les conditions de travail et apporter une plus-value à cette activité dont le fruit est assez prisé. Le plan de développement communal de Ouidah a aussi en projet de fait du sel préparé par ces femmesun label. En dehors de Djègbadji, le sel est également préparé à Avlékétéet à Houakpèdaho.

 Donald Kévin Gayet

(Stag)