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talon-sefouCandidat à l’élection présidentielle de 2016, Patrice Talon sait désormais à quoi s’en tenir. Futé, et plus aguerri par  péripéties et infortunes diverses, le mécène d’alors  s’est transformé en véritable animal politique, prêt à aller au combat. C’est du moins l’impression donnée à travers son entretien avec ses compatriotes  de la diaspora, diffusé sur Canal3 dimanche 13 décembre 2015.
Rien ne semble vraiment ébranler Patrice Talon au fur et à mesure qu’approche la date fatidique de février 2016.  Ni les déclarations de candidatures et suscitations tonitruantes qui ameutent le landerneau politique. Ni les ruses et autres fourberies les plus veules les unes que les autres  d’un régime qui compte ses dernières heures. Tout au plus, souhaite-t-il rentrer « autrement dans l’histoire dans son pays ». Face à ses compatriotes de la diaspora, l’ex-magnat du coton s’est montré sous un vrai jour : sincère, apaisé, et requinqué par l’adversité.  Son plus grand regret et déception,  ce n’est pas l’échec du régime de la Refondation,  ni d’ailleurs ses nombreux avatars que son le clientélisme et la grande corruption. Mais, la « bêtise », le temps perdu  et le gâchis. Il sera dur de convaincre le candidat du contraire. Car pour lui, si le Bénin ne dispose pas de richesses minières conséquentes, la providence lui a quand même donné d’autres merveilleux atouts. Le candidat voudrait se servir de ce levier pour reconstruire un pays au plus mal. C’est pourquoi,  face à des interlocuteurs plutôt inquiets et interloqués,  Patrice Talon a démontré combien  le Parc Penjari,  le patrimoine culturel « vaudou »,  la Cité lacustre de Ganvié ou la côte peuvent être revalorisés, pour constituer des entrées de devises. Prenant exemple sur Cuba, qui, pendant ces quinze dernières années s’est propulsé avec la mise en valeur de son secteur touristique, l’opérateur économique a prouvé  combien l’immobilisme dans ce secteur est préjudiciable à l’économie nationale. « On peut inverser la courbe de la pauvreté au Bénin.  Il est facile de créer des emplois et de la richesse. Il ne faudra que quelques semaines ou quelques mois. La Côte-D’ivoire d’après-guerre en est un exemple. Sommes-nous maudits à ce point ? », s’est –il demandé. Avant d’avertir : « Si le courage politique manque, nous allons tous finir plus malheureux ».
 Le modèle politique actuel n’est pas conforme à notre idéal commun 
 Au fond, et comme l’a si bien fait remarquer un cardiologue béninois exerçant dans la banlieue parisienne,  Patrice Talon semble être en avance sur ses rivaux sur son diagnostic de l’état dans lequel végète le Bénin après les années « Yayi ».  Il se veut résolument réformateur : quelqu’un qui aurait contribué  de toutes ses forces et talents, à redresser la barque « Bénin »  complètement déglinguée  par « hypertrophie » du pouvoir exécutif.  En effet, confie amèrement le candidat : « le président écrase tout. L’Exécutif contrôle tout et soumet tout. Le régime finissant nous a révélé les failles de notre système politique,  notamment celles de la Constitution. Le pouvoir soumet la Cour constitutionnelle, la Cour suprême, la Justice, les jeunes et même les partis politiques. On a plutôt fait ces dernières années la promotion des « frères » et des « soumis » que celle des compatriotes les plus méritants », a-t-il dénoncé.  Or, il suffit selon le candidat, de mettre le Béninois compétent à la place qu’il faut pour faire changer la donne.  Mais, ce serait un vœu pieu, si les réformes politiques appropriées ne sont pas faites.  Et c’est à ce niveau que Patrice Talon a le cœur le plus fendu.  « Dans un environnement politique peu favorable, a-t-il martelé, « l’handicap au dynamisme économique, c’est le pouvoir politique ». « Le Bénin est un pays de talents. C’est le modèle qui a besoin d’être réformé. Le modèle politique actuel n’est pas conforme à notre idéal commun », a-t-il déclaré.
 Dans l’œil du cyclone
 Pour autant, Patrice Talon ne n’excuse et ne dédouane  pas d’avoir accompagné le régime « Yayi »  à ses débuts. Il a notamment avoué, compte-tenu du profil de l’homme, avoir un temps pensé en 2006, que c’est l’homme politique idéal sortir le pays de l’ornière. Mais, il a tôt fait de déchanter, et de prendre les armes politiques adéquates pour le combattre. Cela, à partir de 2007, lors des élections législatives. « J’ai soutenu l’alliance Wolèguèdè », a-t-il révélé. Dès cette époque, l’opérateur économique est rentré dans l’œil du cyclone, parce qu’ ayant compris que la  Refondation allait inévitablement conduire à l’impasse.  L’élection de 2011 se fera alors sans que l’opérateur économique ne mette pied au siège de campagne de son ancien protégé. D’ailleurs, l’Union fait la Nation (Un) et son candidat, pour faire le contre-poids, seront également soutenus par Patrice Talon en 2011.  Le divorce sera consommé avec Yayi Boni, avec le funeste projet de révision « opportuniste » de la Constitution. Un épisode épique, un feuilleton plein de rebondissements, qui obligera Patrice Talon à prendre les clés de l’exil.
Wilfrid Noubadan