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Yayi s'est fait huer par les populations de Comé

A la séance d’échanges entre Yayi Boni et les acteurs de la filière coton, organisée ce mardi 10 mars dans la salle d’alphabétisation de Parakou, le président des égreneurs, Eustache Kotigan, a déclenché, tout au long de son intervention, un tonnerre d’applaudissements en accusant implicitement le gouvernement d’avoir opéré des réformes inadaptées et suicidaires. Ce qui a agacé le président de la République. Il a arraché la parole à l’intervenant et a demandé à l’assistance de cesser d’ovationner Eustache Kotigan dont les propos ont mis au banc des accusés les ministres et directeurs de Yayi Boni.

«Aujourd’hui qu’est-ce qui reste du coton béninois, jadis, fleuron de l’économie nationale ?» La question est revenue tout le temps hier sur les lèvres des acteurs cotonniers invités par le chef de l’Etat, Yayi Boni à une séance d’échanges qui s’est déroulée dans la salle d’alphabétisation de Parakou. Il y a eu une multitude d’interventions dans le rang des acteurs de l’or blanc. Pour la plupart, ils ont été téléguidés par le pouvoir en place qui a voulu qu’ils passent une couche de vernis sur les problèmes et le désastre qui s’observent depuis que l’Etat s’est substitué au privé. Heureusement, les courageux, toujours plus rares, attendaient leur tour pour dire la vérité. Le seul sans doute en ce moment, qui, refusant de basculer dans le mensonge, a osé faire sursauter les ministres de leur fauteuil, est Eustache Kotigan. Il est la seule personne dont le courage, l’audace, le sens de la vérité et l’engagement ont mis en ébullition le cercle très fermé des autorités en charge du coton. Voici le contenu de ses propos. « Si nous voulons parler de coton, il faut enlever la dimension politique. Lorsque je prends la campagne en cours, la logistique n’a pas suivi. A notre avis, on ne déstocke pas une usine pendant que les camions sont encore là. Il faut attendre la fin», a opiné Eustache Kotigan. Ceci, tout en faisant allusion à l’incursion de l’Etat dans cette filière, notamment à la situation qui prévaut à l’usine d’égrenage de N’dali.

 Ce n’est pas tout

 Il est allé plus loin dans ses déclarations qui ont été saluées par des ovations spectaculaires. « Les problèmes qui minent la campagne sont connus. C’est parce que la maintenance des usines n’a pas été très bien faite. Il faut s’asseoir pour parler du coton. La réforme du coton ne peut pas se faire en un an comme vous le pensez, c’est du gaspillage de sous. Toute réforme, c’est entre cinq et dix ans». A cette étape de son intervention, les autorités centrales en charge de la filière, dont le Directeur général de la Sonapra Idrissou Bako et le ministre de l’Agriculture Issa Azizou n’étaient plus dans leur assiette. Ils brûlaient d’envie de répondre à Eustache Kotigan. Pendant ce temps, le chef de l’Etat également pointé du doigt était totalement agacé par les propos du très « courageux » représentant des égreneurs. L’ambiance, à la limité surchauffée par les cris d’approbation de l’assistance, mettait mal à l’aise Yayi Boni et sa suite. Toute la vérité a été déballée. Devant le brouhaha, le chef de l’Etat, carrément hors de lui-même et pris de colère, a tapé du poing sur la table pour réclamer le silence dans la salle. Sur un ton autoritaire, il a dit vouloir entendre les mouches voler. Face à cette situation, il a dû changer de sujet en déclarant : « Dans la salle, on n’applaudit pas comme ça pendant que vous avez devant vous le président de la république ». Voilà les mots utilisés par le chef de l’Etat pour étouffer le bon récital de Eustache Kotigan. Malgré le monologue de Yayi Boni qui était jonché de propos inadaptés, indécents, mettant chaque fois en cause l’intervenant, cela n’a pas suffi pour le contredire et le confondre. En tout cas, ni le chef de l’Etat, ni sa clique n’ont existé devant ce connaisseur de la filière. Il les a tous démasqués hier dans la salle d’alphabétisation de Parakou. Comme pour lui reconnaître ses qualités, Yayi Boni l’a traité de brebis qui s’est éloignée du pâturage et, pour qui il est temps de regagner le bercail. A la fin de la séance, alors qu’il était dans les travées de la salle, il s’est arrêté devant lui pour quelques échanges. Le message est passé. « Pour que les réformes marchent, c’est la continuité de paiement des producteurs, des transporteurs et des égreneurs.   Nous sommes des patriotes. Ma réflexion, c’est de rappeler tout le monde afin qu’on parle pour faire rebondir la filière.» C’est la leçon de Eustache Kotigan à Yayi Boni. On verra s’il agira en conséquence.

 Fidèle Nanga