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justiceLa réclusion criminelle à perpétuité pour le principal accusé, Clément Adétona et l’acquittement pour les deux autres prévenus ! C’est le jugement qui sanctionne le dossier « assassinat du 1er président de la Cour d’appel de Parakou ». La tâche n’aura pas été facile pour la Cour et la défense qui ont recouru à toutes sortes de stratégies pour rechercher la vérité. Mais hélas ! Si les prévenus, Raïmi Moussé et Ramane Amadou, n’ont pas reconnu les faits et sont restés constants dans leurs déclarations jusqu’au verdict final, le principal accusé, Clément Adétona, a continué avec la dénégation et les variations dans les déclarations. Les avocats, dans leurs plaidoiries, ont tous condamné la justice béninoise et ses tares. La partie civile, représentée par Me Hugues Paraïso, a accusé l’état béninois de n’avoir pas assuré la sécurité du juge malgré qu’il ait averti sa hiérarchie du fait que sa vie soit menacée. Selon ses propos, l’Etat a laissé se préparer le crime. Il dénonce aussi le dysfonctionnement et la négligence de la justice béninoise constatés tout le long de la procédure d’enquête. « On ne peut pas s’accorder que ce crime reste impuni. Sous d’autres cieux, les dossiers sont rouverts », informe la partie civile qui a réclamé 50 millions de nos francs pour les dommages et intérêts. Le ministère public, dans son réquisitoire, indique que feu Coovi qui a été victime d’une mort violente, a foi que la vérité va se révéler. Dans ses observations, l’avocat général, Delphin Tchibozo, dit ne pas comprendre aussi comment un prélèvement peut être gardé pendant deux ans dans un frigo au ministère de la Justice. Citant les articles 295 à 298 et 302 du code pénal, le ministère public requiert la réclusion à perpétuité contre Clément Adétona pour assassinat et crime d’assassinat et l’acquittement au bénéfice du doute pour les deux autres. La défense de Adétona a rappelé que ce procès interpelle la justice, l’Etat et la société civile. Il demande une peine qui resocialise son client. Trois avocats, maître Laurent Mafon, Cécil Igor Sacramento et Rafiou Paraïso, ont assuré la défense de Raïmi Moussé et Ramane Amadou. « La justice est accablante quand on y met du mensonge. Elle est mortelle quand elle est influencée et devient un monstre hideux, broie et tue », a fait savoir Me Mafon qui indique que dans le dossier ‘’Coovi’’, tout a été bâclé. « Nous sommes face à une justice anormale dans une république anormale. Sinon, comment comprendre que des ‘’non-lieux’’ aient été distribués selon ses propos à des gens sur qui, pourtant, pèsent de gros soupçons » ? s’est-il interrogé. Il demande l’acquittement pour son client Ramane Amadou et Raïmi Moussé. La plaidoirie la plus pathétique revient à Me Sacramento qui accuse et traîne la justice béninoise à la barre. Pour la manifestation de la vérité du dossier qu’il qualifie de « gâté », puisque des gens ont effacé des preuves pour protéger certaines personnes, il se fonde sur trois hypothèses. Celle du sieur Ernest Lalou qui avait un différend financier avec le magistrat assassiné, celle de Rachidi Gbadamassi, maire de Parakou au moment des faits pour l’arrêt rendu en défaveur de la municipalité dans le dossier qui l’opposait à la société de gestion des marchés de Parakou et, enfin, la piste de Clément Adétona qui n’aurait pas agi seul. Le dossier est honteux et il plaide pour l’acquittement de Raïmi Moussé ainsi que du second. Me Paraïso refuse de participer à un second assassinat du juge Sévérin Coovi. En rappelant tous les dysfonctionnements constatés dans le dossier, il invite la Cour et, surtout, les jurés à aider à relever la justice béninoise du fait de quelques ‘’crapules’’ qui l’ont mis en berne dans ledit dossier. La Cour présidée par le magistrat Ignace Edouard Gangny déclare dans son arrêt, Clément Adétona coupable d’assassinat et de crime d’assassinat et le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité. Les deux autres, Raïmi Moussé et Ramane Amadou sont acquittés au bénéfice du doute. Mais les avocats de la défense, bien que satisfaits du dénouement pour leurs clients, soulignent qu’il y a un goût d’inachevé du fait que certains seraient tapis dans l’ombre.

 Clément Dognon (Br Borgou-Alibori)