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yayi(Yayi n’est pas franc avec les Néerlandais)

Le chef d’Etat béninois a manqué de dire la vérité aux dirigeants hollandais à propos de la mauvaise gestion des fonds alloués à la phase II du Programme pluriannuel d’appui au secteur de l’eau et de l’assainissement (PpeaII). Depuis toujours, votre journal préféré, Le Matinal le dit. Le vote intervenu à l’Assemblée nationale, jeudi 20 août 2015 dans la soirée, est venu nous conforter.

Encore une impunité suspecte ! Ce qui s’est passé à l’hémicycle jeudi 20 août 2015 témoigne de ce que le président de la République est complice de tous les scandales qui ont marqué son régime. Il n’a pas voulu dire aux Néerlandais que Kassa, le ministre accusé, est son ‘’chouchou’’ et qu’il n’osera pas toucher à un seul de ses cheveux. Le gouvernement béninois et son chef n’ont pas dit la vérité au peuple hollandais. Il ne s’agit pas d’affirmation gratuite et on ne l’écrit pas pour plaire à quelqu’un. C’est une vérité qu’il faut dire pour sauver l’honneur du Bénin. Sinon, comment comprendre que2rendre gorge aux personnes impliquées dans ce dossier de détournement de plus de deux milliards de FCfa, les députés du pouvoir se refusent de décharger leur collègue afin qu’il s’explique devant la justice ? On ne cherchera pas loin. Ces députés ont toujours fait ce que Yayi Boni leur leader demande. Les désirs du chef de l’Etat ont toujours été un ordre pour eux. Et si, tel que le président de la République a crié sur tous les toits qu’il fera punir Barthélémy Kassa, il avait donné les consignes, le vote sera en faveur de la levée de l’immunité. Pas question de tourner autour du pot ! C’est une vérité qu’il faut dire pour faire comprendre à Yayi Boni qu’au Bénin, il n’y a pas que des ‘’cons’’ ; mais il y a aussi des intelligents qui savent lire dans ses pensées et dans ses actes. Ce qui s’est produit jeudi dernier au Parlement n’a été que la fin d’une stratégie mise en place et démarrée depuis longtemps.

 On le savait depuis….  

 Allons-y pas à pas ! En avril 2015, au moment où la presse béninoise faisait échos de ce banditisme au sommet de l’Etat, le Gouvernement et son chef avaient fait la sourde oreille. Ils avaient nargué la presse dans son ensemble et n’avaient même pas fait semblant d’avoir suivi l’alerte. Quelques semaines plus tard, c’est un organe de presse étrangère qui a relayé une décision prise à l’encontre de l’Etat béninois au sujet de la même affaire. Au moment où le gouvernement ouvrait les yeux, c’était déjà trop tard. Mais, Yayi et ses ministres savaient bien qu’une telle affaire allait éclater. Et même quand la partie hollandaise a pris la décision de se retirer, on a tenté de banaliser le dossier, faisant croire qu’aucune menace ne pèse sur les relations bénino-hollandaises. Il a même été dit que le premier rapport fait par le cabinet Fcg n’a pas été envoyé au gouvernement et que rien n’arrivera. Quelques jours plus tard, le chef de l’Etat s’est rendu à Paris et a déclaré à la presse française qu’il n’est au courant de rien. Et là encore, Yayi Boni a promis frapper fort au cas où l’audit de contre-expertise révélait des noms. Il a tardé à agir sous prétexte que le premier rapport contenait des insuffisances et ne citait aucun coupable. Dans la foulée, des gens ont été interpelés et relâchés. Quelques-uns n’ayant personne au pouvoir sont restés en prison. On en était là quand la gendarmerie, à travers une de ses redoutables unités dénommée groupement d’intervention (Gign) est allée interpeller Rémy Kodo, un des opérateurs économiques pointé du doigt. Moins de 24 heures après, il a été relâché et certains des agents qui étaient allés l’interpeller ont reçu des sanctions. Entre-temps, Barthélémy Kassa, ministre en charge de l’eau et cité dans cette affaire, a fait semblant de démissionner du Gouvernement. On nous a fait croire qu’on l’a forcé à démissionner pour se faire juger. Moins d’une semaine après, il est installé au Parlement en qualité de député élu sur la liste des Fcbe. Il a été désigné par certains de ses paires pour présider aux destinées d’un des groupes parlementaires soutenant les actions du chef de l’Etat.

Jusque-là, le président Yayi qui criait et faisait semblant d’être surpris de ce détournement n’a donné aucune consigne pour que ce ministre élu député n’ait pas le soutien de ses collègues de la droite. Et il le pouvait, puisqu’on a vu des ministres élus députés, mais qui n’ont pas siégé et ont dit qu’ils ont respecté la consigne du chef en restant au gouvernement. Si Yayi le voulait, il pouvait contraindre Kassa à ne pas aller au Parlement. Il aurait pu l’empêcher de démissionner du gouvernement, faire siéger son suppléant et le débarquer, par la suite, du gouvernement. Puisque le remaniement est intervenu quelques semaines après son départ. En tout cas, il en avait les moyens et le pouvoir.

Tout ce qu’on attendait, selon le gouvernement, était le rapport de l’audit effectué par un consortium de cabinets conduits par Kroll. Effectivement, le rapport est déposé, mais n’a jamais été publié à part quelques passages qui l’ont été au compte-gouttes. Des noms sont cités. Des semblants de sanctions ont été prises à l’encontre de certains. Les gros bonnets à savoir Barthélémy Kassa et les deux opérateurs économiques sont restés sans crainte. Kassa est encore dans le pays et le vote du jeudi le met entièrement à l’aise tandis que les opérateurs économiques et leurs complices ont fuit le pays. La Police et la gendarmerie n’ont pas pu les empêcher de quitter le territoire national alors qu’elles ont su qu’ils sont suspectés dans le dossier. Il leur a manqué la pro-action. Au lieu de les encourager à retrouver ces deux messieurs, le chef de l’Etat élève les deux plus hauts responsables de la police au grade d’inspecteur général, malheureusement confondu à celui d’un général de l’armée.

 Ensuite….  

 On en était là quand certains médias payés par le gouvernement ont commencé par diffuser et publier les images des forages effectués dans le cadre du projet incriminé. Une mission conduite par la gendarmerie nationale s’est rendue ensuite sur le terrain pour revenir avec un rapport relayé par le conseil des ministres, lequel faisait état de ce que les travaux ont été exécutés à plus de 90%. Et le dysfonctionnement souligné par ce nouveau rapport est que la plupart des forages ont été réalisés dans une partie du nord. On veut ainsi nous faire croire, après les révélations pertinentes faites par les rapports Fcg et Kroll qu’il n’y a pas eu malversations dans le cade du Ppea II. Ce conseil des ministres qui a blanchi Kassa et consorts est intervenu à moins d’une semaine avant le vote du 20 août 2015 au Parlement. A quoi pouvait-on s’attendre si ce n’est pas le résultat d’hier. Mieux, ce sont les députés de Yayi Boni qui ont voté contre la levée de l’immunité parlementaire de Kassa, l’ancien ministre pointé d’un doigt accusateur. Le Royaume des Pays-Bas peut enfin tirer ses conclusions.

Félicien Fangnon