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La santé du chef de l’Etat est aussi une question personnelle

Le Bénin vit des heures difficiles. L’absence du chef de l’Etat, Patrice Talon,  a provoqué un tollé injustifiable, qui a tôt fait le lit à une atmosphère anxiogène d’invectives, de suspicions et d’intoxications diverses. Pourquoi ?

Cette absence de Patrice Talon est l’occasion de comprendre l’état d’esprit, malsain,  de certains de ses compatriotes. Les causes de ce mal-être est d’abord sociologique. Car, l’absence,  même prolongée,  d’un chef d’Etat, fut-il Patrice Talon, devrait-elle provoquer autant de remous, au risque d’ameuter inutilement les populations ? La question se pose. La dernière trouvaille,  aussi étrange qu’inquiétante, de certains jeunes oisifs actifs sur les réseaux sociaux, c’est de retourner dans tous les sens les prédictions du « Fâ », pour lui faire dire une chose et son contraire.  C’est lamentable de se laisser à ce point aller au fatalisme, et de prédire le pire à une personne malade. La religion en général, et le « Fâ » en particulier,  sont du domaine de l’irrationnel, et devraient être circonscrits à la sphère du privé.  Analyser la vie socio-politique d’un pays à l’aune de ces « vérités là », c’est,  à n’en point douter, faire preuve d’étroitesse d’esprit. Le président français, François Mitterrand, luttant contre une prostate avancée, a pu, certes avec l’aide d’un médecin qui savait garder le secret, diriger son pays.  Il avait d’abord fait un mandat de 7 ans, avant que la maladie ne lui devienne intenable durant le second septennat. L’exemple de Mitterrand n’est en rien plus pathétique, que celui  du président américain, Franklin Delano Roosevelt. Ce dernier dirigea,  trois mandats durant, son pays dans un fauteuil roulant. Paralysé à 39 ans, Roosevelt cacha la dégradation de son état de santé pour pouvoir être réélu. En public, il marchait avec des attelles ou une canne. En privé, il se déplaçait en fauteuil roulant. Ironie de l’histoire, il fut le seul président américain à être élu à quatre reprises.
 Une vaine cabale contre le régime
 La maladie n’est donc pas un tabou, ni un fétiche. Encore moins la maladie d’un chef d’Etat, d’un ministre, ou d’un politicien lambda. Patrice Talon ne sera donc ni le premier ni le dernier. Dans un passé récent, le  1er président du Renouveau démocratique, Nicéphore Soglo, était très mal en point quand il prit les rênes du pays. Il réussit  quand même à surmonter cet obstacle, et à propulser son pays dans l’émergence. Personne ne démontra d’ailleurs que son prédécesseur/successeur, Mathieu Kérékou, n’a jamais été victime d’une fatigue passagère, ou  jamais été momentanément indisponible. Ce serait tout simplement inhumain. Tout homme bien portant étant un malade qui s’ignore. La vaine cabale dont est victime le régime est,  à la lumière, de tout ce qui précède, vile et abjecte. Pour avoir été au four et au moulin depuis 14 mois, le chef de l’Etat a droit au repos. Il a droit à des vacances, peu importe la forme que cela prend. D’ailleurs, il ne sera pas jugé sur cela. Son peuple l’attend sur les résultats.  Chaque pays a ses contraintes et spécificités. Chaque été, par exemple, il est de coutume dans l’Hexagone, que les présidents de la République prennent des vacances. Parmi eux, certains en profitent pour disparaître complètement écrans des radars. Ils se coupent du monde, et il est difficile, voire impossible en ce moment-là de deviner là où ils se trouvent. Ce sont les aléas de la vie politique, où les acteurs sont parfois surexposés médiatiquement. De quoi souffre Buhari ? Pourquoi reste-t-il autant à Londres ? se demandent ces jours-ci les Nigérians. Le cas Patrice  Talon, loin d’être une singularité, constitue un cas normal de la vie d’un chef d’Etat.
 
W.N