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artisanat
Un jeune soudeur en plein activité dans son atelier

Nombreux sont les jeunes pour qui l’école n’a pas souri et qui abandonnent leur sort à la providence. Nous le savons tous, le chômage passe aujourd’hui pour le refrain de bien de jeunes. Certains parmi eux, après de longues études, sont contraints de rester oisifs à la maison. Mais, au même moment, d’autres, pour une raison ou une autre, se retrouvent dans la situation de diplômés sans emploi. Cet état de choses n’est pas sans conséquence : la cohorte des sans métiers grossit le rang des divorcés sociaux. Pour ceux qui ont un peu d’estime pour leur personne, ils deviennent des conducteurs de taxi-motos. Sans vouloir indexer un métier comme étant sot, nombreux parmi ces jeunes se spécialisent dans la débrouillardise. Malheureusement, cette spécialité ne leur permet toujours pas de s’en sortir. Pour preuve, tout le monde crie le chômage. Cependant, il y a une porte de sortie qui n’est jamais assez bien explorée par ces jeunes : l’apprentissage. Et pour cause. Les préjugés sociaux font que ces jeunes refusent d’aller en apprentissage pour apprendre un métier manuel. Hélas ! Pour les uns, c’est humiliant que d’aller apprendre un métier, pour les autres, il y a trop de corvée dans l’apprentissage. Chose étonnante, il y a des maîtres artisans qui, vivent pleinement de leur art aujourd’hui. Ou tout au moins, vivent mieux que les jeunes débrouillards. Eu égard à ce constat, les jeunes débrouillards devraient donc réviser leur façon de voir l’artisanat.

 Albéric Montcho

SAMUEL-AKONDE
Samuel Akondé

Samuel Akonde, couturier de formation

« Les jeunes n’aiment plus apprendre un métier. Car ils ne veulent plus souffrir. Ils aiment l’argent facile c’est pourquoi ils s’adonnent à la cybercriminalité, aux métiers occasionnels comme le métier de taxi-moto « Zémidjan », les jobs qu’ils appellent communément business. Le vol aussi n’est pas exclu dans ce cas. Quand j’apprenais mon métier « la couture », j’ai rencontré des difficultés. Mon patron me gênait beaucoup. En dehors du travail à l’atelier d’apprentissage, je l’aidais également chez lui. J’accomplissais les tâches telles que la lessive, la vaisselle. Malgré ces difficultés, je tenais bon. Aujourd’hui, je ne regrette pas d’avoir subi toutes ces corvées. Je me rends actuellement compte que toutes ces souffrances sont formatrices. Car, elles m’ont permis de travailler sous la pression des clients et de gagner humblement ma vie. Ce qui n’est pas le cas des jeunes aujourd’hui. Ceci est dû au fait que ces derniers ne veulent plus apprendre un métier ou se faire former. Donc, ceux qui sont avec moi, je les prends pour mes frères en leur prodiguant des conseils. Je profite de votre occasion pour exhorter ces jeunes de chercher à apprendre un métier. Les activités comme la cybercriminalité, le vol n’honorent pas l’homme. Quand tu as ton travail, tu l’as pour la vie, alors qu’on ne peut être voleur à vie ».

CELINE-AGOMAN
Céline Agoman

 Céline Agoman, coiffeuse

« Moi je n’ai qu’une apprentie. Ce qui explique ce phénomène est qu’aujourd’hui les jeunes ne veulent plus apprendre un métier. Ce désintéressement est dû au fait que nos jeunes filles veulent l’argent facile sans fournir le moindre effort. Elles préfèrent vendre leur beauté. Et, à quel prix ? Elles sont pressées et moi je pense que c’est la puberté et l’improvisation. Elles se disent qu’elles iront se marier et donc, sans apprendre un métier elles pensent qu’elles s’en sortiraient. Je ne peux pas accepter qu’on me parle de difficultés car, moi, j’ai trop aidé ma patronne. Aujourd’hui, je suis fier de cette formation reçue. C’est pourquoi l’unique apprentie que j’ai actuellement devrait aller à mon école ».

 Propos recueillis par Grâce Kouchika et Bruno Agassounon