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Patrice Talon recevant une distinction

Depuis Mars 2016, le Président Buhari, suite à des cas de fraudes remarqués dans les échanges commerciaux entre le Bénin et le Nigeria, a interdit l’importation du riz ( un des produits autorisés) dans son pays par le Bénin. Cette situation a causé des dommages aux opérateurs économiques béninois qui travaillent dans ce secteur. Depuis hier, ils peuvent pousser un ouf de soulagement. Des conclusions issues des échanges entre Patrice Talon et son homologue voisin hier à Abuja, on retient que des instructions seront données pour que reprennent facilement les échanges commerciaux. Voici la déclaration du Chef de l’Etat à sa descente d’avion hier après-midi.

«  Je viens en effet, d’effectuer une visite de travail, au Nigeria, à Abuja. A l’occasion de cette visite, j’ai échangé avec le Président Buhari sur divers points d’intérêts communs. Je voudrais simplement rappeler que la visite au Nigeria relève d’une tradition au Bénin. Quand il y a changement de main, au pouvoir, le Nigeria fait partie des tout premiers pays que visite le Chef d’Etat entrant. Nous n’avons pas réussi à satisfaire à cette tradition parce que les contraintes de calendrier n’ont permis, ni à moi-même, ni au Président Buhari, d’organiser cette visite, depuis bientôt trois mois. Aujourd’hui, c’est chose faite. Je rappelle que j’ai déjà été au Nigeria, à l’occasion d’un sommet sur la Sécurité dans la sous-région. Mais cette fois-ci, c’est dans le cadre de nos relations bilatérales. Donc, j’ai été à Abuja dans le cadre d’une visite de courtoisie, de fraternité et de travail. Nous avons échangé sur quatre points essentiellement. Au delà de la fraternité, il y a toujours la sécurité ; parce que c’est une question qui nous préoccupe beaucoup. Le Nigeria et le Bénin sont dans une zone où l’insécurité, notamment le problème de BokoHaram est une réalité inquiétante. Il est vrai que des efforts sont en cours et l’effort personnel du Nigeria est entrain d’avoir des résultats. Il faut le dire et s’en féliciter. Nous avons évoqué cette question ; abordé les points de convergence et le renforcement de la lutte contre l’insécurité et le terrorisme… »

 Les échanges commerciaux

 « Nous avons évoqué également les sujets d’échanges entre le Nigeria et le Bénin au plan commercial. Sur ce plan, je dois avouer que la situation internationale et la situation du Nigeria par rapport à l’effondrement des prix du pétrole causent quelques déconvenues à nos populations en termes de pouvoir d’achat du côté du Nigeria et en termes d’échanges en provenance du Bénin. Vous savez qu’une bonne partie des activités commerciales du Bénin est basée sur l’exportation vers le Nigeria. Sur ce plan, nous sommes dans une situation un peu complexe ; parce que le Bénin a besoin de vendre des produits ‘’made in Bénin ; made in Cedeao’’ au Nigeria de manière libre. C’est ce que prescrivent les dispositions de la Cedeao. Au même moment, nous devons veiller à ce que les produits qui ne sont pas autorisés d’importation au Nigeria ne passent pas par le Bénin de manière trop aisée ou de sorte à ce que le Bénin soit vu comme complice. C’est un sujet qui appelle à une analyse assez délicate, parce qu’il faut non seulement fouetter les échanges entre les deux pays ; mais veiller également à ce que les dispositions de la Cedeao soient respectées. Nous avons  évoqué cette question. Il est regrettable de constater qu’au Bénin nous produisons beaucoup de produits agricoles, nous avons quelques industries ici qui ont besoin de vendre au Nigeria et qui souffrent des tracasseries qui ne permettent pas la libre circulation qui doit exister entre nos deux pays. En évoquant cette question et en essayant de trouver les solutions, nous sommes également appelés à examiner la question qui préoccupe le Nigeria et que le Président Buhari a exprimé avec beaucoup de détermination : le commerce illicite vers le Nigeria. Toujours est-il que de l’intérêt commun, il convient d’œuvrer à ce que nos pays produisent davantage ; échangent des produits fabriqués dans la région de sorte que cela concoure à créer de l’emploi et de la richesse dans nos deux pays, au lieu de se contenter exclusivement de promouvoir l’importation et le transit. Je dois ajouter que le Nigeria a promis donner des instructions nécessaires à ses services pour que les échanges soient facilités davantage entre les deux pays, en ce qui concerne le commerce légal, normal qui relève de nos accords sous régionaux… »

 La question de l’énergie électrique

 « Nous avons évoqué également le problème d’énergie. Vous savez que cela reste pour nous une préoccupation majeure. Le Nigeria aussi n’est pas non plus épargné par les problèmes d’énergie. Mais il faut féliciter la République sœur du Nigeria qui nous vend de l’énergie bien qu’elle en a besoin. Nous avons un accord qui en cours d’exécution par la Ceb, qui fonctionne bien mais qui souffre de quelques problèmes de règlement de factures en retard. Nous avons évoqué ensemble comment apurer ces factures-là et permettre que la fourniture de l’énergie à partir du Nigeria se fasse de manière plus régulière. Toujours dans ce chapitre, il a été question de voir dans quelles mesures, vis-à-vis du Bénin, le Nigeria pourrait faire davantage d’efforts pour que le volume d’énergie qui vient au Bénin soit augmenté. On a évoqué un autre point, concernant l’énergie qui est non moins important. C’est l’approvisionnement en combustible. Le Bénin utilise beaucoup de gasoil pour ses centrales thermiques et cela nous coûte excessivement chèr et nous ne pouvons pas continuer à espérer que la fourniture d’énergie au Bénin se fasse exclusivement avec ce combustible. Notre espoir est de pouvoir trouver du gaz un jour pour entrer dans le champ des pays qui produisent de l’énergie à bons coûts. Mais en attendant d’avoir du gaz et j’espère qu’on l’aura bien un jour, il faut trouver une source d’approvisionnement qui nous permettent de produire de l’énergie à bons prix. Le Nigeria qui a du gaz en grande quantité pourrait être pour nous un fournisseur. Nous avons évoqué la possibilité d’installer au Bénin une plate-forme qui permet le stockage du gaz liquide et sa regazéification pour permettre à nos centrales d’avoir accès à ce combustible, bon marché. Grâce à cette plate-forme ; si elle venait à trouver le jour, ce qui va se faire parce que pour nous désormais, c’est un programme à court terme ; le Bénin pourrait avoir assez de gaz et même en retourner un peu au Nigeria par le pipeline Ouest-Africain. Nous allons nous atteler à rendre ce projet viable dans les tout prochains mois.

Pour finir, nous avons évoqué la redynamisation du projet commun qui lie le Bénin, le Togo, le Ghana et le Nigeria à propos de la zone de coprospérité. C’est un programme de vie en communauté qui est tombé un peu en dormance et qu’il convient de redynamiser. Le Nigeria a évoqué sa volonté d’œuvrer à ce que cela soit une réalité dans les prochains jours, de sorte que cette communauté que nous voulons créer entre ces quatre pays traduisent réellement la volonté de nos gouvernants de voir les problèmes des uns et des autres partagés et que la notion de prospérité partagée soit une notion réelle.

En conclusion, je peux dire qu’en quelques heures, nous avons fait plus que des jours et des semaines d’échanges ou de visites à répétition. Comme quoi, quelques heures peuvent suffire à dire des choses et à concrétiser des relations fraternelles et courantes ».

 Propos recueillis par Félicien Fangnon