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Hénoch Gnanga expliquant le technique de production du biogaz
Hénoch Gnanga expliquant le technique de production du biogaz

Chaque ménage béninois a la capacité de produire sa propre énergie à partir des déjections animales, des fèces humaines ou autres déchets constitués de restes alimentaires et cela grâce au biogaz. Pour diverses raisons, cette forme d’énergie renouvelable reste encore à l’étape expérimentale. Et pourtant, il s’agit d’une  parade pour la gestion efficace des déchets et l’autonomisation énergétique. 

Le biogaz est bien produit au Bénin comme dans d’autres pays de la sous-région. Selon l’environnementaliste Cyrus Tohinnou, « ce type d’énergie est inhérent à la vie de chaque individu parce que l’homme produit tous les jours des déchets d’où le qualificatif renouvelable ». D’aucuns estiment que les déchets au Bénin seront bientôt convoités pour la production du biogaz en se référant à certaines structures qui s’illustrent déjà dans ce domaine. Le Centre de valorisation des déchets biodégradables en Energie (Cvdbe) en est une. Situé à  Akassato dans la commune d’Abomey Calavi, ledit centre promeut la valorisation des déchets organiques dans les ménages, les communes, les petites et moyennes industries. A en croire son directeur, Hénock Gnanga, la loi de Lavoisier ‘’rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme’’ est appliquée. Il affirme que les  déjections humaines qui constituent un casse-tête   dans beaucoup de ménages peuvent être utilisées pour produire du gaz à la maison. « Les matières fécales sont riches en microorganismes. Grâce à une étude certifiée au laboratoire national, nous avons conçu un modèle qui permet l’élimination à 99,99% des agents pathogènes  contenus dans les matières fécales pour les rendre profitables en Biogaz », explique-t-il. Le biogaz produit, selon le promoteur du Cvdbe, peut être utilisé pour avoir de l’énergie électrique. Une preuve palpable est observée sur le terrain au cours de notre sortie. Il s’agit d’un  groupe électrogène alimenté uniquement par le biogaz stocké. Par ailleurs, l’obtention du gaz domestique à partir du même biogaz est possible. Hénock Gnanga confirme que c’est une alternative qui permet aux citoyens ne plus dépendre du gaz conventionnel dans leur ménage. Il poursuit en notifiant « qu’avec le biogaz, plus de vidange de Wc et autres fosses septiques puisque ce sont les mêmes matières fécales qui sont transformées en gaz. Le système qui permet la fabrication du biogaz s’appelle le biodigesteur.

 Le biodigesteur, de quoi s’agit-il ?

Le biodigesteur est une Cuve qui produit du biogaz grâce à la méthanisation des matières organiques aussi appelée digestion anaérobie. Il faut noter qu’au Cvdbe, le  dispositif installé est une maçonnerie qui laisse voir une barque de chargement destiné à recevoir les déchets, notamment des herbes, des viscères de poissons et d’animaux. Comme quoi, il n’y a pas que les fèces, mais aussi tout ce qui est aussi déchets d’origine végétale. Les déchets, une fois chargée dans la barque, comme l’a expliqué son promoteur, reçoivent de l’eau. Le  mélange ainsi obtenu grâce à une manivelle, transite par un système de tuyauterie pour se loger dans le digesteur. Le digesteur est compartimenté en deux parties. La première représente le point où séjournent les déchets pour se dégrader selon un processus de fermentation pour donner le biogaz. Dans le second compartiment au niveau de sa coupole supérieure, le gaz est stocké. Hénock Gnangar enseigne que plus le gaz est stocké et exerce une pression, plus ça refoule l’effluent dans une autre barque appelée barque à effluent. Les effluents ne sont rien d’autre que de liquide par endroits pâteux constitué de sels minéraux. Ils sont issus du processus de fabrication du biogaz et constituent aussi de l’engrais naturels pour l’agriculture et l’élevage des poissons. Aujourd’hui, l’expérience du Bénin et plus particulièrement dans ce centre retient l’attention de plus d’un. Le Cvdbe est souvent fréquenté par des gens venus d’horizon divers. Camara Aboubakar et Eric José Koumagnon sont des visiteurs que nous avons surpris en pleine découverte de cette unité de production du biogaz.  Le premier est de nationalité guinéenne alors que le second est béninois. Ils ont entendu parler du centre, et ils y ont fait un tour. Camara et José n’ont pu cacher leur satisfaction. Ils sont ravis et fiers de ce savoir-faire béninois. « C’est une très belle initiative, c’est impressionnant. Je suis ravi », a laissé entendre Camara. Et pour José, c’est aussi ça le Bénin révélé. Il n’avait jamais entendu parler d’une telle technologie auparavant. En effet, l’expérience de l’installation des biodigesteurs dans certains ménages est déjà une réalité dans plusieurs localités du pays. L’expertise du promoteur du Centre de valorisation des déchets biodégradables en énergie est beaucoup plus sollicitée dans les pays de la sous-région. A en croire ce dernier, il faut dans un ménage au moins 8 personnes qui mangent bien et défèquent correctement pour avoir à suffisance la quantité de fèces nécessaire afin de bien faire tourner les installations dont les frais par m3 s’élèvent à une centaine de mille. Quant au biodigesteur mobile, il faut débourser près de 380 mille  francs Cfa.

Faire d’une pierre plusieurs coups

Au-delà du biogaz, c’est une économie qui se développe. C’est aussi l’environnement qui est protégé. Aujourd’hui, l’un des piliers du développement durable est la lutte pour un cadre de vie sain. Un cadre de vie qui se trouve être de plus en plus menacé du fait de la mauvaise gestion des déchets qui sont de potentielles sources de pollution, de problèmes de santé publique et de dégradation des écosystèmes. « Notre engagement est de promouvoir un environnement sain et de réduire les émissions de gaz à effet de serre », a confié Hénock Gnanga, visiblement convaincu de son objectif. L’environnementaliste Cyrus Tohinnou abonde dans le même sens en notifiant que l’utilisation du biogaz est un moyen de lutte contre les gaz à effet de serre. « Aujourd’hui,  on parle de méthane, les gaz carboniques alors que le biogaz est un ensemble de gaz composé méthane, gaz carbonique, de l’ammoniac, de l’hydrogène sulfureux et de la vapeur d’eau avec des traces du dihydrogène et consorts. Dans tous ces gaz précités, il y a le méthane et le gaz carbonique qui à eux seuls réchauffent d’une certaine manière la planète. Si on empêche ce méthane d’atteindre la couche d’ozone, c’est qu’on est en train de prendre soin de notre environnement. Le Co2, on le piège pour qu’il ne s’échappe pas lui aussi », a expliqué Cyrus Tohinnou.

Gildas Azongnissou et Marcus Koudjènoumè