Spread the love
Yayi s'est fait huer par les populations de Comé
Yayi, le plus populaire des chefs d’Etat béninois

Le chef de l’Etat a réussi, pendant ses dix ans, à légitimer les «industries populistes». Le prochain président devra les saccager ou les ennoblir.    

Combien de gens s’en sortent au détour d’une cérémonie de remerciement au Chef de l’Etat ? Il ne fa

udra pas trop calculer. Ils se comptent par centaine. Pour les cérémonies du genre, il faut faire une messe d’action de grâce ou une séance de prière à la mosquée. Il faut ensuite organiser une grande fête, solliciter les amis spécialisés dans la location de bâches, chaises, tables, décoration. Il faut : la sonorisation de haute facture, un service traiteur, un artiste et ou un comédien professionnel, réserver à la fois leur cachet et les autres coupures de 1000 et 2000 francs, apprêter un parking et solliciter des agents « garde vélos » professionnels. Il ne faut surtout pas oublier les « amis de la presse ». Car, il faut que le Chef de l’Etat les suive à la télévision le soir lorsqu’il sera à table. L’ardoise est sans doute salée. Rien que pour cette seule manifestation, on peut imaginer combien de ‘’billets violets’’ l’on peut sacrifier. Mais, ce n’est pas fondamentalement l’important. Ce qui est à apprécier dans cet élan de générosité, c’est que, sur toute la ligne, des Béninois s’en sont bien tirés à bon compte. Si la trentaine de ministres nommés ainsi que les nombreux nouveaux directeurs devront en faire de même, il ne s’agit plus d’une simple affaire. C’est carrément une vraie filière. C’est donc cette filière qui a nourri et engraissé pendant tout le régime Yayi des amis et proches. Au-delà de tout ceci, il y a le cachet des marcheurs professionnels et le budget des dignitaires qui gardent souvent la tradition. Les enchères montent quand le Chef lui-même se décide d’occuper l’arène. A chaque descente, c’est un budget qui est voté et qui arrange forcément tous ceux qui se trouvent sur cette ligne. Des informateurs renseignent même qu’il est né sous ce régime une filière de location de castagnettes. Ensuite, il y a le réseau des femmes laudatrices. Celles-là que nous connaissons et qui dansent tout le temps quand le Chef apparaît. Il ne faudra pas commettre le crime d’oublier le concepteur des grandes affiches à l’effigie du Chef qu’on change au gré de son humeur et à chaque conférence au Palais des congrès, à Azalai et autres. Il y a enfin les institutions électorales qui nourrissent des centaines, voir des milliers de personnes. Diantre, c’est un monde fou qui mange ! Le Président a donc réussi par son élan populiste à créer des filières qui sont pratiquement institutionnalisées. D’aucuns diront que ces pratiques sont devenues culturelles.

 Va-t-il les supprimer ?

 Yayi Boni a créé des instruments politiques novateurs en matière de conquête de l’électorat. Ces outils populistes ont, quoiqu’on dise, un impact réel qui devra servir le prochain président en quête d’un second mandat. Il ne faudra pas se leurrer. C’est une bonne stratégie politique. Tout prochain locataire de la Marina piqué par le virus d’un second mandat ne va pas vouloir saquer cet héritage. Il va le conserver tout en prenant la peine de modifier les bords. C’est humain. On ne lui en voudra pas. Il y a aussi la peur de l’impopularité qui va le motiver à être prudent. Il ne voudra pas couper, d’un coup, la « bouffe » à tous ces agents électoraux. Car, c’est un vivier qu’il voudra conserver pour la bataille de 2021. Ce sera difficile de saccager tout cet héritage, mais on aura reculé de plusieurs années encore. La politique aura une fois encore tué toute envie de développement. Il faut enfin qu’on avance. Le Bénin a besoin d’un vrai Président qui va choisir de sacrifier son égo et aborder les questions sérieuses avec audace et sérénité.

Abdourhamane Touré