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La chute du Naira pourrait influer sur l’exécution du Bge 2017

Le gouvernement prévoit pour 2017 plus de 2 000 milliards comme budget de l’Etat. Un budget qui intervient en pleine morosité économique marquée par la chute du Naira. Tout cela en présence d’un gouvernement qui est en train de prendre ses marques.
« Ce qui frappe à première lecture, c’est le chiffre annoncé : le projet de Budget général de l’Etat (Bge) gestion 2017 s’élèvera à 2010 milliards de francs Cfa», a constaté Adrien Houngbédji, président de l’Assemblée nationale au cours de l’ouverture, ce lundi, de la deuxième session ordinaire. En comparaison au budget de cette année, ce sont 500 milliards de FCfa en plus. Comme la deuxième personnalité de l’Etat, l’opinion publique s’était étonnée de la taille de ce budget. C’est la première fois que le Bénin frôle la barre des deux mille milliards. Dans un contexte de morosité économique.

 Ici, c’est le Bénin

Si la première personnalité du pays ne l’a pas martelé, la deuxième a reconnu une économie « en proie aux effets néfastes de la récession économique qui sévit au Nigéria ». Le Nigéria a perdu son rang de première puissance économique africaine au profit de l’Afrique du sud. Le pays a connu une chute de sa monnaie, le Naira. A la fin de cette année, le Fonds monétaire international (Fmi) prévoit une croissance nulle chez le voisin de l’Est dont les recettes dépendent en grande partie de l’or noir. Conséquence, le Bénin tributaire de l’économie nigériane va mal. « Tout cela semble être un coup dur », déclarait, il y a un mois, Albin Feliho, président de la confédération nationale des employeurs du Bénin, Coneb, au cours de sa rencontre mensuelle ‘’jeudi du patronat’’. En fait, 80% des opérateurs économiques échangent avec le Nigéria, évaluait Albin Feliho. La presse fait état, depuis quelques semaines, d’un grand opérateur économique qui a vu son chiffre d’affaires baissé. De même, les trois régies financières sont au rouge, affichant une tendance baissière. Tendance reconnue par l’argentier national au cours du grand oral du gouvernement face aux diplomates, il y a quelques mois. Selon la direction générale des affaires économiques, (Dgae), les recettes de la douane par exemple « se sont amenuisées au premier trimestre 2016 de 18,8% par rapport à la même période, un an plus tôt. » La mauvaise santé économique du Nigéria devrait aussi impacter le trafic au port de Cotonou, toujours selon cette direction sous tutelle du ministère de l’économie et des finances. La Dgae, du coup, annonce un taux de croissance de 5,0% contre 5,8% initialement prévu. Sur les parcs de vente de véhicules, la morosité économique est ambiante. Même dans les universités privées où des étudiants nigérians suivent des cours. C’est une baisse drastique des effectifs  chez les promoteurs de ces établissements. En réalité, le nombre d’étudiants qui viennent du géant voisin de l’est pour étudier a connu une diminution. Leur pays se porte mal.

Le groupe électrogène de Lagos plus bruyant que la voix du gouvernement  

 Face à ce tableau moins reluisant du Nigéria, la banque africaine de développement (Bad), est allée au secours de l’un des premiers producteurs  de pétrole en Afrique. Son président Akinwumi Adesina, un Nigérian, est allé lui – même promettre, en septembre dernier, plus de 4 milliards de dollars (environ deux mille milliards de francs cfa) à un Nigéria malade économiquement. 4 milliards dont 300 millions de dollars (environ 150 milliards de francs cfa) consacrés à l’emploi des jeunes dans l’agroalimentaire. Muhamadu Buhari, le président nigérian, a fait de la diversification de l’économie de son pays, un objectif prioritaire. Avec un accent sur l’agriculture. Pendant que le Nigéria essaie de prendre des mesures pour mieux faire face à la dégringolade de son économie, le Bénin est aux abonnés absents. Aucune mesure concrète n’a été annoncée jusqu’à présent pour juguler la récession économique. Si ce n’est l’intervention de la douane dans l’interdiction par voie terrestre de l’importation de certains produits. Hormis cela, rien. On ne se rappelle pas d’une sortie du président de la république (si ce ne sont ses deux voyages officiels au Nigéria), encore moins de son ministre de l’économie et des finances, Romuald Wadagni, sur la question de la morosité économique ambiante liée à la crise du Naira. Pour ce qui concerne les signaux, il n’y a rien à se mettre sous la dent. Le gouvernement est muet comme une carpe.

 Priorité à la consommation locale

C’est le spécialiste John Igue qui annonçait, au cours d’une conférence publique, qu’il faut changer de manière de traiter avec le Nigéria. Selon l’expert béninois, il y a des cultures qu’il faut prioriser en vue d’une exportation vers le Nigéria. Pas de réexportation en somme vers un marché nigérian à plus de 170 millions de bouches. Certes, le gouvernement vient de boucler six mois. Mais « il doit donner le ton », souhaite un journaliste, spécialiste des questions économiques. Le gouvernement peut, par exemple, se lancer dans la diversification de ses partenaires. Il faudra alors encourager les entreprises béninoises à explorer d’autres marchés en dehors de celui du Nigéria. En outre, subventionner les entreprises privées (les Etats-Unis le font) devrait être d’une grande aide. Investir massivement dans l’agriculture, dans les infrastructures (quand le bâtiment va bien, tout va bien disent les économistes) boosterait aussi l’économie. Cependant, les économistes sont unanimes là – dessus : il faut aussi consommer local. Le gouvernement doit en cela donner l’exemple et sensibiliser la population à « manger béninois ». Même la grande Chine, première puissance économique  mondiale, se rabat maintenant sur son marché intérieur. Pourquoi pas le Bénin ?

Rèliou Koubakin