Spread the love
ecole
Les apprenants devront retourner à la maison encore

Le mouvement de grève d’avertissement de 48 déclenché par le Front des syndicats de trois ordres de l’enseignement (maternelle, primaire et secondaire) a effectivement affecté les établissements publics dans l’ensemble du pays. Les enseignants ont respecté les consignes des responsables syndicaux. Ces derniers étaient à la table de négociations avec le gouvernement en vue de l’amener à signer les statuts particuliers de leur corporation, principal motif du mouvement de grève. Mais les discussions n’ont pas abouti à un compromis. Le gouvernement évalue à plus de 152 milliards de FCfa l’incidence financière de l’application de ces statuts et, du coup, hésite à les signer. Le Front maintient la pression. Les autres Centrales syndicales se montrent flexibles et attendent la prochaine rencontre prévue pour mardi prochain. Tout cela ne présage rien de bon pour l’école béninoise.

Lancé par le Front d’actions des syndicats de trois ordres de l’éducation à savoir la Maternelle, le Primaire et le Secondaire, le mouvement de grève a rencontré l’adhésion des enseignants. Ils ont boycotté les activités pédagogiques dès la première journée du mouvement, démarré hier. Selon le constat fait par l’équipe de reportage du Groupe de presse « Le Matinal », les cours, dans les écoles et collèges, ont été perturbés le jeudi 22 octobre 2015. Dans la ville de Parakou, département du Borgou, la plupart des enseignants Ape et contractuels ont suivi le mouvement de débrayage. Seuls les vacataires ont répondu présents. Et du coup, la perturbation est observée sur toute la chaîne. Barthélemy Moutouama, directeur du Ceg Albarika, a déclaré, sur une chaîne de radio privée de la ville, que 90% des enseignants suivent la grève dans son établissement. La situation est morose avec des apprenants laissés à eux-mêmes. Les écoliers déambulent dans les rues. Quant aux élèves, surtout ceux des classes d’examen, ils se désolent de la situation et invitent les deux parties à vite s’entendre pour le bonheur de l’école béninoise. Les parents exhortent le gouvernement et les partenaires sociaux à la négociation et au dialogue pour une année scolaire apaisée.

 Vacataires et volontaires solidaires du mouvement à Natitingou

 A Natitingou, comme dans toutes les localités des départements de l’Atacora et de la Donga, les cours n’ont pas été dispensés. Elèves et écoliers sont désœuvrés. Certains sont retournés chez eux. Dans quelques écoles des villages et hameaux où la motion de grève est arrivée avec retard, les enseignants qui ont commencé leurs activités quotidiennes ont abandonné les classes pour le débrayage. Dans tous ces établissements publics et dans la quasi-totalité des localités de ces deux départements, l’on pouvait voir des élèves en tenue kaki déambuler dans les rues ou dans l’enceinte des écoles. Selon nos informations, des enseignants vacataires et volontaires ont suivi le mouvement de grève. Dans certains établissements, ce sont d’ailleurs les élèves qui leur ont fait savoir qu’il n’y avait pas classe pour raison de grève. Le triste constat a été observé dans l’ensemble de ces établissements publics. Pour la plupart des acteurs de l’éducation, c’est la désolation totale.

 Cotonou ne fait pas exception

 La paralysie des cours est effective dans les établissements publics de Cotonou le jeudi 22 octobre 2015. Au Collège d’enseignement général de Suru-Léré comme celui de Sègbèya, le constat est le même. Les salles de classes sont vides avec des élèves qui sont livrés à eux-mêmes. Et pour le professeur d’histoire et de géographie, Martin Zoclanclounon, rencontré au Ceg Suru-Léré, les enseignants ne vont pas démordre jusqu’à ce que le gouvernement donne satisfaction à leurs revendications. « Nous sommes ouverts à toutes les négociations possibles. Mais, tant que l’Exécutif ne va pas signer notre statut, nous disons niet à tout ce qu’il va nous proposer », a-t-il déclaré. Certains professeurs qui n’étaient pas favorables à ce mouvement de grève et qui dispensaient les cours ont été invités à vider les salles de classes par leurs pairs.

 L’inquiétude sur les visages des responsables d’établissements

 Dans le Zou et le centre-Bénin, le mouvement a été largement suivi. Dans les lycées et collèges visités, les cours ont été perturbés. Au lycée Mafory, avant dix heures, l’établissement était quasi vide. Les élèves sont abandonnés à eux-mêmes dans la rue. Pour Marcel Dossou, l’un des grévistes, ce mouvement de débrayage est dû à l’entêtement du gouvernement de la refondation qui n’a pas cru devoir honorer ses engagements vis-à-vis des travailleurs. Car, à l’entendre, les négociations devraient avoir lieu en septembre dernier. Mais, le pouvoir central, comme à ses habitudes, n’a pas pu initier la rencontre. «Ayant longtemps prouvé notre bonne foi, nous sommes obligés de passer à la vitesse supérieure qu’est le mouvement de grève. C’est bien dommage ! » Au Ceg Sodohomè, c’est la même réalité. La dizaine de professeurs permanents en poste dans cet établissement a adhéré au mouvement. En déplorant la situation, le directeur de ce collège a mis un accent particulier sur l’impact de la grève sur les résultats de fin d’année scolaire. D’après ses explications, la plupart de ces enseignants contractuels tiennent les classes d’examen. Or, si le mouvement se poursuivait, les élèves ne pourront plus suivre correctement les cours et bonjour les échecs massifs à la fin de l’année. Il a donc invité les travailleurs et l’Etat à vite trouver un terrain d’entente afin de sauver l’éducation béninoise. Quant à Marcel Dossou, il n’est pas question de démordre tant que leurs revendications ne soient pas satisfaites.

 Le Front en difficulté dans le Mono-Couffo

 La grève d’avertissement de 48h lancée par le Front d’action des syndicats des trois ordres de l’enseignement tarde à prendre dans les départements du Mono-Couffo. Et pour cause. Presque tous les élèves et enseignants sont allés normalement au cours, comme si de rien n’était. Des Collèges d’enseignement général de Lokossa, en passant par ceux d’Athièmé, de Comè et de Grand-Popo, les apprenants ont normalement reçu les cours. L’appel au mot d’ordre de grève lancé par le Front n’a pas été suivi. Toutes les salles de classes ont ouvert leurs portes. Seules les écoles primaires publiques ont partiellement observé ce mouvement de paralysie. Interrogé sur cette situation, le président du Collectif des syndicats d’enseignements primaire et secondaire du Mono-Couffo, Thomas Sodji, a jeté le tort sur les responsables du Front d’action des syndicats des trois ordres de l’enseignement. Il a fait remarquer qu’aucun enseignant n’a plus confiance en eux dans ces deux départements. Pour lui, avant que le Front n’enclenche cette grève d’avertissement de 48h, il devrait tenir une Assemblée générale et recueillir l’avis des syndicats à la base. « Le Front devrait élaborer une plateforme et soumettre cela aux syndicats à base. Il devrait attendre que ces derniers donnent leur avis sur ces revendications avant de lancer la grève. Il ne l’a pas fait. Aujourd’hui, nous avons dénoncé cette manière cavalière du Front de déclencher la grève, à notre Assemblée générale », a-t-il fait comprendre. Il a enfin souhaité que le Front change de stratégie les fois à venir et recueille l’adhésion de tous les enseignants avant de déclencher des mouvements de débrayage.