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guillaume moumouniInvité mardi 10 juillet 2018 sur Océan Fm, le spécialiste des questions politiques, Guillaume Moumouni a posé les préalables à l’organisation du référendum. Selon lui, la réussite du processus passe par une discussion franche entre le Chef de l’Etat et la minorité parlementaire.

Océan Fm : Quelle appréciation faites-vous  du vote des députés jeudi dernier. Echec et mat comme le clame la minorité ou un pas de géant ?

Guillaume Moumouni : Je pense que le vote de la proposition de loi portant amendement de la Constitution effectué au Parlement, le jeudi 5 juillet 2018, est mi-figue, mi-raisin. On ne peut pas systématiquement dire que c’est un échec, encore moins une réussite. Cela dépend de quel côté on se situe et sous quel angle on le voit. Nous sommes en face d’un verre à moitié plein ou à moitié-vide. Chacun peut être satisfait du résultat obtenu.

 Selon vous, l’opposition a-t-elle voulu s’opposer mécaniquement aux amendements ou quelque part son vote est fondé ?

Dans une large mesure oui. La question fondamentale est beaucoup moins relative aux points contenus dans la proposition de loi que le contexte politique dans lequel nous sommes. Tout cela n’est pas de nature à faciliter un tel amendement. Dans l’ensemble, ce sont des points qui ont fait largement le consensus. C’est plutôt le contexte qui a joué dans une certaine mesure et qui amène à parler d’un vote exprimé de façon plus ou moins mécanique.

 De façon concrète, le référendum est-il, selon vous réalisable dans le contexte actuel ?

Nous sommes dans un imbroglio temporel. C’est plutôt deux conditions couplées qui rendent l’organisation du référendum complexe. Le premier facteur limitatif est d’ordre financier, parce qu’il va falloir décaisser au moins 3 milliards de FCfa pour organiser ce référendum. Le deuxième facteur limitatif est d’ordre politique, parce que nous sommes à quelques mois de l’organisation des élections législatives et je pense que pour une organisation intelligente, ce serait hasardeux d’engager un scrutin référendaire. Quelle expertise disposons-nous ? Quel temps ? Quel logistique et de quels moyens disposons-nous pour l’organiser sans un minimum de contestation.

Est-il avantageux selon vous d’aller au référendum ?

On ne peut le dire, parce que les quatre points ont déjà fait l’objet de consensus. Donc, si on devrait s’en tenir à ce contexte de consensus, la proposition de loi devrait passer au niveau de l’Assemblée nationale. Etre obligé de recourir à un référendum donne un goût d’inachevé. Mais, puisque c’est une prérogative qui est conférée au Chef de l’Etat, il peut s’en servir comme il peut s’en priver. Les conséquences politiques sont à mesurer et à prendre en compte, parce qu’un tel amendement implique un minimum de consensus.

 Peut-on voir le référendum sous l’angle d’une élection législative anticipée ?

C’est à craindre. Le référendum risque d’être une sorte de bilan à mi-parcours de la gouvernance du président Patrice Talon. Le référendum peut passer comme il peut ne pas passer. Il est donc nécessaire d’assurer un minimum de cohésion autour des décisions afin de prendre en compte la position de la minorité  parlementaire. C’est une minorité de blocage. Cette campagne comme on peut s’imaginer, va drainer des énergies et des ressources humaines importantes. C’est un ensemble de facteurs que le Chef de l’Etat doit prendre en compte avant d’y recourir. Je lui proposerais de prendre du recul pour discuter de façon plus apaisée avec la minorité. Il pourra par la suite  réintroduire le texte et peut-être obtenir les 4/5. Cela lui permettra d’éviter de passer le cap référendaire.

 Apparemment vous militez plus en faveur du rejet de l’option du référendum. En le faisant on ne risque pas de porter entorse à la loi ?

Non ! Il ne s’agit pas d’une entorse, puisque le Chef de l’Etat peut recourir comme il peut ne pas y recourir. Il doit faire une lecture  à la fois juridique et politique de la situation actuelle.

 Propos recueillis Claudine Vodounon