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hostie..Transit en politique

Un prélat en politique ! Cela n’était véritablement pas connu dans le monde avant le premier trimestre de 1990. Ce fut quand même une exception béninoise inédite qui fît école en Afrique au lendemain du discours de la Baule. Isidore de Souza, né le 4 avril 1934 à Ouidah au Bénin est un prêtre catholique. Archevêque de Cotonou à l’époque, il conserve le titre jusqu’au 13 mars 1999, date de sa mort. C’est ce prélat qui a été investi président du présidium de la Conférence nationale du Bénin. Au Gabon, l’archevêque de Libreville, Mgr Basile Mvé Engone, présida la Conférence nationale en 1990.

Dans le contexte des changements politiques qui interviennent en Afrique, le Bénin est apparu, en 1990, comme un cas d’exception. Dans des circonstances où se mêlaient le hasard et la stratégie politicienne, le Bénin fut le premier à réussir une transition démocratique jusqu’à son terme marqué par des élections libres. Deux personnages issus de milieux intellectuels différents marquent cette transition démocratique. Nicéphore Soglo, Inspecteur des finances et ancien administrateur à la Banque mondiale, plébiscité Premier ministre par les délégués de la Conférence et Mgr Isidore de Souza. Ce dernier, qui a eu l’honneur de présider la Conférence, conduit par la suite les destinées du « Haut Conseil de la République (Hcr) », organe transitoire législatif de suivi et de contrôle.

Seulement, le prélat pour de multiples raisons, met du temps à quitter la scène politique. Après les premières élections démocratiques, le Premier ministre Nicéphore Soglo est élu Président de la République. Le référendum du 2 décembre 1990 constitutionnalise des institutions de la République telles que la Cour constitutionnelle, l’Assemblée nationale… Entre mars 1991, date des premières élections générales du Renouveau démocratique et août 1993, l’Assemblée nationale et le Gouvernement mettent du temps à désigner les membres devant siéger à la Cour constitutionnelle. Du coup, l’organe transitoire législatif finit par jouer le rôle de la Cour constitutionnelle avec à sa tête Mgr de Souza. Il était donc devenu juge constitutionnel de fait. Une fonction juridique et éminemment politique. Cette situation ne laisse point indifférents les responsables ecclésiastiques. Des échanges épistolaires fusent de tous les horizons.

Entre le Cardinal Bernadin Gantin et le président Nicéphore Soglo d’une part, entre l’Archevêque de Cotonou, président du Hcr et le président Soglo et même entre l’Archevêque de Cotonou et le Saint-Père, Jean-Paul II. A titre illustratif, Mgr de Souza le 4 mai 1993, écrit au président Soglo en ces termes : « ma présente lettre n’est motivée ni par un mécontentement quelconque, ni par la lassitude, ni par des motifs politiques, ni par la volonté de vous mettre des bâtons dans les roues, mais uniquement par les liens d’obéissance qui me lient, en tant que prêtre catholique, au Saint Père. A l’occasion de sa visite pastorale au Bénin, il a adressé un message à la Conférence épiscopale du Bénin dont j’extrait le passage suivant » Il cite le Pape : « je suis heureux du grand service que la hiérarchie de ce pays, en la personne de Monseigneur Isidore de Souza, a rendu à la Nation à une heure importante et je vous en félicite. D’une manière générale, je forme le vœu  que celui qui a cru devoir accepter exceptionnellement, par l’esprit évangélique, une mission temporaire d’ordre politique revienne sans tarder à sa mission propre, la charge d’âmes, pour laquelle il a reçu l’ordination. » Isidore de Souza poursuit : « Il y a trois mois exactement que le Pape nous a parlé et m’exhortait nommément à me retirer de la scène politique. Cela veut dire que pendant trois mois, je n’ai pas pu obtempérer malgré moi et pour des raisons que vous connaissez aux injonctions du Saint Père. C’est pourquoi je vous supplie de me libérer d’ici le 15 mai. A partir de ladite date, que la Cour constitutionnelle soit installée ou pas, je renoncerai à la présidence du Hcr… » A partir du 13 mars 1999, soit 6 ans après, tout finit par finir, et Mgr de Souza s’endort dans l’eucharistie éternelle. Israël Mensah dans « Isidore de Souza, figure fondatrice d’une démocratie en Afrique », paru à Karthala en 2011 lui reconnaît ses mérites.

 Jean-Claude Kouagou