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hostie..Horizon 2019

2018, l’année charnière pour les législatives de 2019 commence par présenter ses artifices qui laissent entrevoir de chaudes joutes électorales. La Coalition de la Rupture constituée au lendemain de l’exhibition du logo de l’Alliance républicaine n’a pas fait long feu si bien qu’un de ses membres influents s’est débarqué trop tôt du navire. Sébastien Ajavon n’a appartenu à la Rupture que le temps d’un semestre. Arrivé troisième, et tombeur de Lionel Zinsou, au deuxième tour de la présidentielle de 2016, l’homme qui s’identifie au poisson, avait du mal à accepter que le nouvel homme fort de La Marina ne lui confère pas le droit de roitelet dans la République.

Le clash a été donc immédiat.Il a distancié les deux hommes d’affaires. L’un résolu à conduire les destinées d’un peuple suivant les principes républicains dans un Etat de droit, et l’autre, touché dans son amour, trouve ingrat l’attitude du Chef de l’Etat vis-à-vis de sa personne. Il rumine sa colère après la rupture des amarres. Les deux blocs politiques engendrés par l’élection présidentielle ont été éventrés par des querelles ulcéreuses. Les plaies du clivage résultant de cette compétition électorale mettent du temps à se cicatriser. Les perdants, notamment des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) et les déçus du pouvoir, donnent rendez-vous à Patrice Talon et à ses hommes au tournant des législatives de 2019 pour prendre leur revanche.

Et comme qui veut voyager loin, ménage sa monture, à environ un an de ce combat de gladiateurs, chaque camp affûte ses armes. L’Alliance Fcbe qui s’est vidée de sa substance après l’avènement de Patrice Talon, s’est muée en parti politique sous l’ombre de son leader charismatique, Yayi Boni. Le vendeur du poisson et de la volaille, qui s’est laissé embourber en politique au détriment de sa vocation de commerçant, est désormais président d’honneur de l’Union sociale libre (Usl). Si les deux groupes politiques (Fcbe et Usl) autour desquels gravitent quelques « Rantanplan » à la recherche de pécules en période électorale, ne forment pas une coalition, trois grands blocs s’affronteront à l’occasion des prochaines législatives.

Le troisième bloc est celui du président de la République, qui en régime démocratique, doit davantage légitimer son pouvoir en usant de stratégies qui lui assurent une majorité parlementaire satisfaisante et stable. Dans l’hypothèse que le Parti du renouveau démocratique (Prd) décide de faire cavalier seul, dans l’hypothèse aussi que l’Union fait la Nation (Un) maintienne l’option en faveur d’une majorité présidentielle plurielle et enfin, dans l’hypothèse que le Bloc de la majorité parlementaire (Bmp) se formalise en parti politique, ils participeront tous à ces élections sous la bannière du Chef de l’Etat.

L’horizon 2019 s’éclaircit donc avec d’un côté les revanchards dans leur diversité et de l’autre côté, les tenants du pouvoir dans leur pluralité. Le duel sera sans doute celui de David contre Goliath. Le combat sera politiquement rude, économiquement ruineux, stratégiquement épuisant, moralement avilissant, tant les acteurs politiques se livreront une querelle de clocher. Après la saison de l’allégorie des télécommandes, survient le lexique de la ruse et de la rage. A l’image du « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu », chaque camp politique saura faire usage à vau-l’eau de « la ruse et de la rage » pour parvenir à ses desiderata. Chaque acteur lui donnera le contenu de son choix. Mais pour Montesquieu, « la rage de la jalousie, la cruauté des vengeances, la ruse et l’astuce qu’on y trouve ordinairement sont des signes certains de la faiblesse et de l’abattement du cœur. »De cetteanalyse de l’Esprit des lois selon Montesquieu, il est impérieux que les uns et les autres sachent placer l’intérêt du peuple au centre de leur action.

 Jean-Claude Kouagou