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hostieL’émotif Yayi Boni !

 Au conclave du samedi 14 avril 2018 à Djeffa, dans la commune de Sèmè-Podji, au nombre des personnalités présentes, se distinguait, de par sa taille, son accoutrement fait de costume traditionnel blanc coiffé de chapeau de calife et de son teint bronzé, l’ancien président de la République, Yayi Boni. Une bonne touffe de barbe le rendrait Djihadiste, du moins en apparence. A la différence de ses autres « amis » du « Djeffaland » tels que le Frère Melchior, Théophile Nata, Nicéphore Soglo, Philippe Noudjènoumè pour ne citer que ceux-là, Yayi Boni, à la surprise générale, s’est laissé dompter par une émotion inexplicable, au point de couler des larmes. C’est l’image forte qu’on retient de Djeffa ce samedi-là. Al’avis de certains, Yayi Boni aurait coulé des larmes parce qu’il a pitié des Béninois. Il aurait coulé des larmes parce qu’il a pitié de comment le pays est géré par son successeur Patrice Talon. Mais pour d’autres, point d’arrêt sur ce fait insolite dont est désormais coutumier l’ancien président de la République Yayi Boni.

André Dassoundo est un médecin légiste. Il a été député de la 5ème législature. A l’issue d’un diagnostic résultant d’une observation attentive du président Yayi Boni, le médecin Dassoundo avait conclu sur bulletin que « Yayi Boni est émotif et réactif ». Le médecin faisait cette affirmation en tenant compte seulement des pulsions qui gouvernent la façon d’agir de l’ancien Chef d’Etat. Tout le monde convient que Yayi Boni s’émeut très facilement au point de pâlir et de devenir pitoyable. Tout le monde convient que Yayi Boni s’émeut très facilement au point de pâlir et de susciter la compassion de toute personne qui l’écoute religieusement. Telles sont les forces et les faiblesses de Yayi Boni.

Forces parce que cette façon de susciter la pitié de l’interlocuteur relève du pathos qui désigne un des trois moyens de persuasion du discours dans l’ancienne rhétorique classique depuis le temps d’Aristote. Le pathos est en effet cette capacité à faire naître la pitié, la tristesse ou la profonde compassion chez le spectateur ou le lecteur. En cela, c’est une qualité pour Yayi Boni. Mais cette façon de procéder constitue une faiblesse. Faiblesse parce que le temps d’Aristote est révolu et la rhétorique se fonde sur d’autres réalités qui ont donné corps à la néo-rhétorique qui a pris le dessus sur la rhétorique ancienne. La rhétorique aujourd’hui obéit aux facteurs d’invention ou d’énonciation (le sujet qu’on veut aborder), d’élocution (manière de dire), de disposition (ordonnancement, cohérence et logique dans les idées), de mémoire (capacité à se souvenir de ce que l’on veut dire), et du geste (qui participe à co-dire…) C’est à cette école que doit aller Yayi.

Pour des gens bien avisés, les larmes de Yayi, samedi dernier, confirment simplement ce que pense de lui André Dassoundo : Yayi est émotif. Et pour cause ! A la marche républicaine à Paris contre le terrorisme en janvier 2015, aux côtés de ses pairs d’Afrique, Yayi était le seul à couler des larmes. Cette marche faisait suite à l’attentat dirigé contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo. En le réitérant à Djeffa, il n’a surpris personne. Peut-être que le jour où l’occasion lui sera donnée d’être reçu en audience à La Marina, par son successeur Patrice Talon, l’on pourrait assister à la même scène. Se souvenir que lui Yayi qui venait après Dieu, fut juste un locataire de la Présidence de la République peut le faire émouvoir. Se souvenir de ce geste anodin, mais historique de remise d’une Bible au successeur Talon, peut aussi le faire émouvoir au point de pleurer très sérieusement. Et dans cette optique, il faudra un tank pour recueillir ses larmes.

Jean-Claude Kouagou