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hostieAtao, du juge au médecin

 La scène était digne d’un film western avec plusieurs actions dont certaines relèvent de la fiction. Elle était l’œuvre d’amateurs béninois qui n’ont souvent cure des normes standard. Ainsi donc, le député Mohamed Atao Hinnouho, disparu de l’arène politique depuis l’éclatement de la sulfureuse affaire « faux médicaments » réapparaît en « 3 D ». Vendredi 27 avril 2018, il a fait l’actualité dans la région méridionale du pays et enflammé les réseaux sociaux. Les pro-Atao, pensionnaires ou bénéficiaires de prébendes, et les anti-Atao ont inondé les réseaux sociaux de messages acrimonieux ou à la gloire du député.

Sous le coup d’un mandat d’arrêt en date de janvier 2018, le député de la 15è circonscription électorale du nom de Mohamed Atao, avait pris le maquis. Présumé trafiquant de médicaments contrefaits, le député dont l’illettrisme est manifeste a fait fortune entre autres au « marché Adjégounlè ». Ils’est rendu chez le juge d’instruction en charge de son dossier. Ce dernier l’a inculpé et demandé qu’il soit mis en détention préventive. Mais, conformément aux prescriptions du Code de procédure pénale, Mohamed Atao Hinnouho s’est porté devant le juge des libertés et de la détention, Eric Marcel Ahéhéhinnou. Le juge en second, qui doit confirmer ou infirmer la sentence du premier a évoqué des dispositions constitutionnelles, notamment l’article 90, et délivre une ordonnance de refus d’arrestation du député Atao. Alors que cela demeure un mystère, cinq jours après sa bastonnade supposée dans l’enceinte du tribunal de Cotonou, son conseil, Me Alfred Bocovo soutient que le député est passé à tabac par des agents de sécurité en tenue civile. Ladite bastonnade a échappé aux objectifs de toutes les caméras professionnelles et des caméras amateurs des téléphones intelligents.Par ces supposés faits, l’état de santé de l’élu national a été affecté au point qu’il était devenu nécessaire et indispensable pour le Parquet de le secourir en sollicitant une ambulance du Centre national hospitalier et universitaire Hubert K. Maga. Sous escorte policière, le héros dont l’intégrité physique met en doute la thèse d’avoir été rudoyé par des policiers, se retrouve sur une civière le corps au 4/5 drapé des pieds au thorax renvoyant à l’image d’un linceul.

En un laps de temps, le principal accusé dans l’affaire « faux médicaments » qui se serait rendu à la justice a bénéficié d’une ordonnance qui renforce son immunité parlementaire. Ensuite, se faisant passer pour une victime des forces de sécurité, il passe du juge correctionnel au juge des libertés avant d’échouer dans les bras des auxiliaires  de santé « des cols verts » et « cols bleus » chargés de l’introduire dans le bureau d’un médecin qui lui administrera des soins adéquats avec de vrais médicaments suivant laprocédure des « urgences ».

Le Cœur a sa raison que la raison ignore, dit la maxime. Il semble que la Justice a sa raison que le commun des mortels ne connaît pas. En effet, dans la même affaire « faux médicaments », est-il possible de condamner des complices des peines d’emprisonnement à l’aune de la flagrance du délit et d’exercice illégal de la profession de pharmacien et de mettre en liberté l’accusé principal ? L’appréciation de la flagrance relève alors du pouvoir discrétionnaire du juge. Pendant que certains sont conviés à séjourner à la geôle,le député détenteur de cargaisons importantes de médicaments douteux,savoure les délices de la liberté. L’interprétation de l’article 90 de la Constitution arrimée à son statut de député lui est profitable. Aux yeux de beaucoup de profanes du secteur de la Justice, le traitement au profit de Atao Mohamed Hinnouho paraît discriminatoire et suscite des interrogations… Que s’est-il réellement passé vendredi 27 avril 2018 ?

 Jean-Claude Kouagou