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hostieAu nom de la Patrie

 Les acteurs de l’éducation nationale ont repris le chemin des établissements scolaires. C’est la conséquence de la levée de la motion de grève par toutes les centrales et confédérations syndicales. Il s’agit d’un compromis qui rassure et éloigne le spectre d’une année blanche. Reconnaissant les efforts du gouvernement, le monde syndical s’est convenu d’un gentlemen’s agreement avec le pouvoir du président Patrice Talon. L’un et autre des protagonistes, après avoir exhibé ses muscles, au nom de la commune Patrie, a décidé de rompre avec le bras de fer qui commençait par cristalliser la hantise d’une invalidation de l’année scolaire.

Du côté de l’Exécutif, tout en demeurant ferme, Patrice Talon a utilisé, dans un silence assourdissant, la métaphore de Charles de Gaulle. En effet, le 4 juin 1958 à Alger, face à la brouille populaire et féroce qui tendait à stigmatiser la France, le général de Gaulle, au balcon du Gouvernement général d’Alger, entame un discours devenu célèbre qui commence par : « Je vous ai compris ! Je sais ce qu’il s’est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c’est celle de la rénovation et de la fraternité. » En rhétorique, le fait de faire une concession élève celui qui tient un tel discours. « Je vous ai compris » sonne comme une discussion et met à l’aise l’auditoire. Or, on peut disséquer cette courte phrase et comprendre autre chose que la compréhension première.

Du côté des syndicalistes, on a dû mesurer, peser et sous-peser la responsabilité d’assumer les conséquences d’une année scolaire invalidée. Puis, dans le « je vous ai compris » qui s’est traduit par la satisfaction d’un certain nombre de revendications, les leaders syndicaux ont exhorté les syndiqués à déposer les armes. Le malentendu de départ a mis en exergue une certaine cacophonie au sein du mouvement syndical. En effet, pendant que la Centrale des syndicats autonome (Csa-Bénin), la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb) et la Csub ont suspendu leur mouvement de grève le 9 avril, la Centrale des organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin), la Centrale des syndicats des travailleurs du Bénin (Cstb) et l’Union nationale des syndicats des travailleurs du Bénin (Unstb) qui regorgent les plus gros effectifs des syndicats dans le secteur de l’éducation poursuivaient leur grève. Depuis lundi 7 mai 2018, l’harmonie a gagné le rang des syndicalistes. Par la levée de la motion de grève, c’est la paix des braves qui est ainsi scellée entre l’Exécutif et les Syndicats au grand bonheur du peuple.

En effet, dans le précédent dialogue de sourds, les parents d’élèves étaient anxieux. Les premiers étaient ceux dont les enfants fréquentent les établissements scolaires publics. « Que va-t-il se passer ? », se demandaient de nombreux parents. A mesure que le temps avance, la hantise s’accentuait. Les écoliers et élèves abandonnés à leur sort ne savaient à quel saint se vouer. Les parents dont les enfants sont inscrits dans les établissements scolaires privés étaient aussi inquiets d’une issue dramatique du bras de fer qui avait cours entre le gouvernement et les syndicalistes. Car, quand bien même leurs enfants poursuivaient les cours selon le calendrier scolaire initial, les enfants en classe d’examen dans les cours privés subiraient les mêmes affres si l’année scolaire était déclarée blanche en raison de ce que les examens sont nationaux.

L’on espère que le compromis auquel les protagonistes sont parvenus puisse s’inscrire dans la durée. C’est à cette condition que le calendrier scolaire réaménagé pourrait être bien appliqué pour enfin valider l’année au nom de la Patrie.

 Jean-Claude Kouagou