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hostieAtao s’est fait hara-kiri

 Fugitif après l’éclatement de l’affaire « faux médicaments », le député Atao Mohamed Taofick Hinnouho, à la surprise des officiers de police judiciaire, s’est présenté au juge  d’instruction puis au juge des libertés et de détention le 27 avril 2018. Or, il savait qu’il était recherché par la justice qui a décerné contre sa personne un mandat d’arrêt international. Depuis que la « ruse » est devenue un leitmotiv des hommes politiques de tous bords, au mépris du contexte qui l’a générée entre Montesquieu et Machiavel, chaque acteur politique béninois rivalise d’ingéniosité pour charmer, impressionner ou pour se tirer d’affaire.

Puisque l’article 90 de la Constitution du 11 décembre 1990 dispose « (…) Aucun député ne peut, pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de l’Assemblée nationale, sauf les cas de flagrant délit », le député Atao a cru revêtir de l’immunité qui couvre les parlementaires à l’occasion des sessions de l’Assemblée nationale. En effet, conformément à l’article 87 de la Constitution qui stipule que «  l’Assemblée se réunit de plein droit en deux sessions ordinaires par an. La première session s’ouvre dans le cours de la première quinzaine du mois d’avril. La deuxième session s’ouvre dans le cours de la seconde quinzaine du mois d’octobre », les députés ont effectué leur rentrée le 9 avril 2018. Sur cette considération, le député qui avait pris la clé des champs s’est jeté dans la gueule de la justice. Il s’est offert en victime innocente croyant que l’ouverture de la première session du Parlement était un gage pour se soustraire des griffes de la justice et se pavaner dans le pays en toute quiétude. Pendant que sa pensée lui suggérait cette astuce de narguer le Ministère public (qui devrait le recevoir en premier) en se rendant volontiers chez le juge d’instruction et le juge des libertés et de la détention, les officiers de police judiciaire chargés d’exécuter le mandat d’arrêt étaient aux aguets. Ils ont surgi et créé autour de l’environnement du député un état de siège.

Dès lors, l’élu du peuple a été traumatisé et cru dans ses songes avoir été brutalisé par des « policiers en civil ». Le rapport médical sur son état clinique, d’après le procureur de la République, Gilbert Ulrich Togbonon qui a requis le médecin urgentiste du Centre national hospitalier et universitaire de Cotonou, a révélé que le député n’a subi aucune violence. Mais, le médecin a toutefois souligné dans son rapport que l’état de santé de son patient, présumé contrebandier de médicaments aux qualités douteuses, méritait qu’il soit admis en psychiatrie. La disposition constitutionnelle « aucun député ne peut, pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de l’Assemblée nationale, sauf les cas de flagrant délit » est tombée au profit de l’application préalable du mandat d’arrêt. Dans la suite logique, il a été signifié au député, dans son lit d’hôpital, un mandat de dépôt dans une autre procédure de fraudes douanières.

La ruse a rattrapé le député Atao qui pensait assurément se faire passer pour un usager du tribunal souhaitant l’établissement d’actes judiciaires. Mal lui en a pris. L’exécution du mandat de dépôt décerné contre lui depuis le début de l’affaire « faux médicaments » et la résurrection de plusieurs autres procédures de flagrant délit à son encontre ont fini par faire du député Atao Mohamed Hinnouho un prisonnier ordinaire, sans autre forme de procès. Il a rejoint dimanche 13 mai 2018 les pensionnaires de la maison d’arrêt de Cotonou. Atao doit égrener des regrets et en vouloir à ses conseils pour ce scénario réalisé sur fond de ruse.

 Jean-Claude Kouagou