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hostieL’orfèvre Talon

 Une date restera inscrite au marbre chez les professionnels du bois. Le 19 avril 2018. Elle restera mémorable en raison de ce que, vraisemblablement, c’est la première fois, en tout cas depuis l’ère du renouveau démocratique qu’un président de la République se porte dans des ateliers d’industrie du bois. Des industriels ébénistes béninois étaient à l’honneur le 19 avril 2018. Le Chef de l’Etat, Patrice Talon était successivement à la « Coopérative du meuble » à Cotonou puis à « Atc-Ib » à Allada.

Quel sens donner à ce genre de visite d’un opérateur économique devenu président de la République ? Au-delà d’une simple visite d’un opérateur économique qui, jadis, scellait dans le coton à ses collègues professionnels qui opèrent dans un secteur différent, il faut considérer aussi ce qu’incarne Patrice Talon. Sur ce prisme d’observation, une esquisse suggère que la démarche du Chef de l’Etat vise à promouvoir l’industrie du bois et à accompagner le secteur privé. Alors la visite prend le sens d’une inspection au terme de laquelle des décisions peuvent être prises de façon conséquente aux problèmes qui se posent dans l’industrie du bois. A cet effet, la visite guidée qui l’a conduit dans les ateliers du premier site, suscite en lui un sentiment de déception et tristesse. «  30ans après sa création, la « Coopérative du meuble » n’a pas évolué ». C’est le diagnostic que pose le chef de l’Etat. Sur le deuxième site à Allada, le président de la République est plus optimiste. Le Chef de l’Exécutif soutient que l’agriculture et le bois sont les 1ers secteurs dans lesquels le Bénin peut faire la preuve de son arrimage au monde moderne par la transformation des matières premières.

Et le gouvernement prend un engagement colossal de sauver les meubles. En attendant que les intentions de la Haute autorité ne soient traduites en réalité, la visite à deux entreprises privées professionnelles de l’industrie ligneuse lui a permis de toucher du doigt les réalités. L’engagement en faveur de la promotion de ces industriels étant manifeste, il faut entrevoir que la démarche tend à solutionner deux gros problèmes : l’importation des meubles étrangers pour équiper les bureaux administratifs publics et la lutte contre la déforestation.

Sur le premier aspect, les propos du président de la République l’attestent bien. Patrice Talon accompagnera les entreprises béninoises vers la prospérité. L’assistance technique et peut-être financière leur sera accordée pour accroître leur capacité de production et affiner la qualité des œuvres. Dans cette perspective, l’Etat béninois n’importera plus les meubles d’ailleurs. Car, c’est un véritable paradoxe pour un pays qui dispose d’une mine de foresterie, pouvant lui permettre de se placer sur orbite et de revendiquer une place prépondérante sur le marché des produits issus de la transformation du bois, qu’il dilapide ses capitaux en achetant des meubles de l’extérieur. Il est un secret pour tous, que la plupart des meubles qu’utilisent les institutions de la République s’achètent en Europe. Cette dépendance n’assure pas le développement économique. Il est donc important de penser à inverser la tendance.

Sur le second point, la revitalisation du secteur industriel ciblé limitera l’exportation du bois brute vers les pays Dragons. Car, la transformation accrue du bois dans le pays, imposera aux acteurs de la filière de s’approvisionner en matière première. Les exploitants forestiers ne seront plus tournés vers l’extérieur. Par ailleurs leurs activités peuvent être maîtrisées et contrôlées de sorte à participer intensivement à la lutte contre la déforestation. Ce fléau qui assèche et appauvrit les terres constitue un facteur essentiel de minces rendements des cultures céréalières et de valeurs énergétiques. Cet état de choses rend les sols arides et dresse le lit à la famine qui sévit dans les pays désertiques. Dès lors, il est d’une impérieuse nécessité d’anticiper sur les conséquences néfastes de l’exportation abusive du bois en rendant plus opérationnelles et judicieuses les industries locales dans le secteur. Et c’est du ressort de l’orfèvre Patrice Talon.

Jean-Claude Kouagou