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hostieEn mémoire de Laourou

 Jean-Eudes Laourou n’est plus de ce monde. Il est du devoir des vivants de s’incliner devant sa mémoire. Il est aussi du devoir des vivants de prier pour le repos de son âme. Le jeune garçon qui souffrait d’un cancer de sang a malheureusement trépassé dans la fleur de l’âge. Son patronyme résonne très fort dans le silence, mais aussi dans l’opinion politique nationale. En effet, Grégoire Laourou, ancien ministre des Finances du président Mathieu Kérékou, a sorti, depuis 2003, la famille Laourou de l’anonymat. Député à l’Assemblée nationale puis questeur, le patronyme Laourou de Grégoire est désormais fixé dans les esprits. Cela l’est davantage avec l’inspecteur des douanes Marcellin Laourou qui, de temps à autre, par l’entremise de ses divers titres et fonctions, intervient assez fréquemment dans les médias.

Ainsi donc, l’état de santé du jeune Jean-Eudes Laourou a focalisé les attentions à telle enseigne que lors de son décès, la chaîne internationale de télévision « France 24 » s’est intéressée à sa disparition. Selon « France 24 », le décès de Jean-Eudes Laourou est imputable aux réformes engagées par le régime du président Patrice Talon dans le secteur de la santé. Quel président de République, même insensible aux jérémiades, quel président de République, même sanguinaire, quel président de République, même cannibale  ou anthropophage pourrait souhaiter la mort d’une âme innocente dans une formation sanitaire ? Bien au contraire, un président de la République est un père de famille suivant le sens juridique de l’expression. Et sa famille a une dimension nationale. La Constitution du 11 décembre 1990 le souligne à l’article 41 : « le président de la République est l’élu de la Nation et incarne l’unité nationale. » A priori, les réformes dans le secteur sanitaire visaient-elles le petit enfant Jean-Eudes ?

Le procès d’intention a soutenu que le jeune homme n’a pas bénéficié de soins sanitaires adéquats. A moins d’être ignare des notions élémentaires de défense naturelle du système immunitaire, l’honnête-homme du XXIè siècle, qui n’est donc pas inculte, sait le rôle que jouent les leucocytes dans l’organisme humain. A un patient souffrant de la leucémie, il faut, en plus des traitements adéquats, les prières du Saint-Père, du Sultan et du plus Haut dignitaire des cultes endogènes pour le maintenir en vie. Par respect pour la mémoire de Jean-Eudes Laourou, les circonstances de son décès ne doivent plus donner lieu à des polémiques avec en toile de fond des visées politiciennes.

Les réformes, quant à elles, perturbent les attitudes abjectes de certains agents de santé. Sur la question de l’évacuation sanitaire, ces réformes sont de nature à accroître les chances des Béninois de mieux se soigner. Qui savait que les fonds débloqués par l’Etat et mis à la disposition des médecins étaient détournés ? Qui savait que les fonds dégagés pour faire voyager les gardes-malades leur servaient de moyens pour faire du tourisme ? Qui savait, et c’est plus sérieux, que des patients présumés évacués croupissaient dans les lits du Centre national hospitalier et universitaire de Cotonou n’attendaient inéluctablement que leur mort prématurée ?

C’est cet esprit de certains agents de santé gangrené par la cupidité que les réformes engagées par le pouvoir de Patrice Talon désorientent. Il faut sortir de l’état informel. Albert Tévoédjrè l’avait si bien exprimé. « A force de laisser l’informel envahir le champ de toutes nos structures, nous aurons bientôt – et c’est peut-être déjà le cas – des familles informelles, des religions informelles, des partis informels, une société civile informelle, une Assemblée nationale informelle et un gouvernement informel. Voilà un grave sujet qui pourrait assembler les énergies unanimes de toutes les institutions, de tous les partis et de toutes les bonnes volontés pour cause de salut public ». Talon n’est-il pas sur la bonne voie ?

 Jean-Claude Kouagou