Spread the love

hostieJugement péremptoire

 Des acteurs de la vie politique nationale s’affolent à l’évocation du nom de Me Joseph Djogbénou en tant que membre de la Cour constitutionnelle. Ils s’affolent, analysent et jugent déjà les décisions de la 6ème mandature de la Cour qui n’est même pas encore installée. Ils manifestent une trouille inexplicable afférente à une éventuelle élection de Me Joseph Djogbénou à la tête de la Haute juridiction. Les Béninois qui n’ont de raison d’être que leur démocratie, n’en déplaise à Jacques Chirac qui pense que : « les peuples noirs ne sont pas mûrs pour la démocratie », il n’y a de procès à leur faire.

Bientôt trois décennies que la Constitution du 11 décembre 1990 tient lieu de pierre angulaire pour la démocratie béninoise. Elle a pu battre tous les records de vie des constitutions africaines en dépit de ses imperfections. Elle est le réel contrat social entre le Peuple et ses gouvernants. Alors, la Cour constitutionnelle qui gouverne et régule l’activité des pouvoirs publics s’apparente à la chapelle où s’entremêlent et se démêlent les contradictions des citoyens. C’est le temple des garants de la cause commune : la démocratie. Dès lors, la marche vers la consolidation du processus démocratique entraîne tous les citoyens. L’obsession à veiller au bon fonctionnement du processus démocratique s’est emparée de tout le peuple béninois qui s’est approprié sa Constitution.

Et voici le mal : l’obsession ! L’obsession à anticiper à tout prix sur toutes les situations probables et improbables. L’obsession à prévoir les choses imprévisibles. L’obsession à préserver la démocratie de pseudos velléités politiques qui pourraient l’affaiblir ou la mettre entre parenthèses. L’obsession, lorsqu’elle se prive de la raison, peut devenir chimère. Puisque, rien de bien et de durable ne se fait avec démesure, imprudence et sans présomption. Dans la vie, tout est divin. C’est Dieu qui donne le Pouvoir. Que peut-on contre le destin de Joseph Djogbénou qui, depuis le 14 mai 2018, date de sa désignation, essuie et encaisse les critiques de certains Béninois. Né certainement sous une bonne étoile, l’avocat de Patrice Talon fut appelé à servir aux côtés du président de la République, en qualité de garde des Sceaux, ministre de la Justice en remplacement de Me Evelyne da Sylva, avocat de Yayi Boni. Bientôt cinquantenaire, il est pressenti, à tort ou à raison, pour présider l’Institution. Et, que de craintes ! On craint, à l’avance, pour les décisions que rendra la nouvelle Cour si elle était présidée par Djogbénou. Or, le fonctionnement de la Cour est prescrit par la loi organique, le règlement intérieur et la Constitution qui forment un moule dans lequel les conseillers naviguent.

Les Béninois animés de crainte, sont obnubilés par l’obsession de tout prévoir, au mépris même des principes de constitution du Bureau de la Cour. A la différence de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, où le président est nommé par le Chef de l’Etat, « Le Président de la Cour Constitutionnelle est élu par ses pairs pour une durée de cinq ans parmi les magistrats et juristes membres de la Cour. L’élection a lieu au scrutin secret et à la majorité absolue des membres présents et votants », article 3 de la loi organique sur la Cour.

La compétition est donc ouverte. Autant Joseph Djogbénou peut prétendre diriger l’Institution, autant les magistrats Razaki Amouda Issifou, Moustapha Fassassi et Sylvain Nouwatin peuvent prétendre postuler à la présidence de la Cour. De même, l’unique femme, Cécile Marie-José de Dravo Zinzindohoué justifie les critères d’éligibilité à la présidence de la Haute juridiction. Alors, qui de l’extérieur, peut déjà entrevoir avec exactitude la personne qui présidera aux destinées de la 6ème mandature de la Cour sachant que, comme au Vatican, le Pape est élu par le collège des Cardinaux et que l’annonce est faite par le dégagement d’une fumée blanche ? Si le destin ne confirme pas Djogbénou, le conclave des conseillers à la Cour aurait bien déjoué les pronostics.

 Jean-Claude Kouagou