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hostieLa conjecture conjurée

 On pourrait s’exclamer. Enfin le remaniement ! Comme s’il y avait un malaise qui rongeait le gouvernement et qui imposait un remaniement ministériel. Comme si le remaniement était une si impérieuse nécessité. Des réflexions probabilistes aux imaginations les plus incongrues, une vague pression était mise sur le Chef de l’Etat pour qu’il remanie son gouvernement à la suite de la désignation de son ministre de la Justice pour siéger à la Cour constitutionnelle. Il n’y avait pourtant pas péril en la demeure. Car, si le garde des Sceaux, n’avait pas été appelé à faire valoir ses compétences à la Cour constitutionnelle en tant que Conseiller de la Haute juridiction, rien ne justifiait le remaniement.

Le besoin de remanier le gouvernement s’était déjà exprimé au second semestre de 2017, contraignant le locataire de la Marina à s’exécuter. Alors, se conformant aux prescriptions de l’article 54 de la Constitution, Patrice Talon avait fixé, de nouveau, les attributions et mis fin aux fonctions de certains de ses ministres le 27 octobre 2017. Sept mois seulement après, il n’était plus dans les mêmes obligations.  Autrement, il serait inconcevable qu’il ressente le besoin de revoir la composition des membres de l’Exécutif, à moins qu’il réalise qu’il a vraiment opéré un mauvais casting. A l’analyse du décret N° 2018-198 du 5 juin 2018 portant composition du gouvernement, le taux  du remembrement au sens large est de 9% et de 4,5% au sens strict. Ainsi, dans l’absolu, le remaniement actuel se justifie par le départ de Me Joseph Djogbénou, garde des Sceaux et ministre de Justice pour la Cour constitutionnelle et, au subsidiaire, par la contreperformance du ministre Cyr Koty. Mais, pour solutionner le problème, Talon avait plus d’une option.

Dans un premier temps, le président Talon pouvait décider de confier l’intérim de Djogbénou à un autre ministre jusqu’au moment où le besoin réel de renouveler l’équipe gouvernementale s’exprimera. Dans cette hypothèse, le passé renseigne sur cette première option survenue sous le président Mathieu Kérékou. Alors qu’une ambiance malsaine prévalait au sein du gouvernement et que les dissensions entre le Chef de l’Exécutif et son Premier ministre, Adrien Houngbédji, se prononçaient gravement, Mathieu Kérékou a réuni les membres de sa famille politique et les collaborateurs pour aplanir les divergences. Peine perdue. Le 15 mai 1998, lendemain de l’échec de la séance de conciliation, Kérékou fut obligé de remanier le gouvernement. Mais, trois semaines après, il sera confronté à la même difficulté à laquelle Patrice Talon fait face aujourd’hui.

A cette époque, le Bureau de l’Assemblée nationale, pour le compte de ses représentants au sein de la Cour constitutionnelle, a désigné Mme Liliane Conceptia Ouinsou Denis, alors ministre de l’Education nationale et de la recherche scientifique. Au lieu de remanier le gouvernement, Kérékou a signé le 7 juin 1998 le décret N°98-242 portant abrogation des dispositions du décret 98-220 du 15 mai 1998 uniquement en ce qui concerne Mme Liliane Conceptia Ouinsou Denis. Le même jour, Kérékou a pris le décret 98-248 portant uniquement nomination de M. Damien Zinsou Modéran Alahassa en qualité de ministre de l’Education nationale et de la recherche scientifique par intérim, cumulativement avec ses fonctions de ministre de la Jeunesse, des sports et des loisirs. L’intérim alourdit les charges du ministre héritier. Mais l’intérim a l’avantage de ne pas soumettre le président de la République à la procédure constitutionnelle qui oblige à requérir l’avis du Bureau de l’Assemblée nationale.

La deuxième option est celle de Patrice Talon. Il l’a fait en visant le ministre des Infrastructures et des transports, Cyr Koty. Tout porte à croire que la méthode de travail et le rendement de Cyr Koty, au bout de sept mois, n’ont pas convaincu le chef de l’Etat. Alors, saisissant l’occasion du départ de Joseph Djogbénou, Cyr Koty a été congédié du ministère des Infrastructures et des transports, cédant sa place au médecin Alassane Séidou, qui s’occupait de la santé publique. Aux nombreuses langues qui lui faisaient de cyniques propositions, la conjecture est désormais conjurée.

Jean-Claude Kouagou