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hostieCataclysme révélateur !

 Les taux élevés d’échec aux différents examens nationaux traduisent le mal qui gangrène le système éducatif béninois. Ces résultats interpellent tout acteur du système éducatif, en premier lieu l’Etat.

Déjà vers 1986, avec l’introduction dans « l’enseignement de base » de nouveaux manuels dénommés « Les aventures de Finagnon », le niveau d’étude des apprenants a commencé à baisser. L’indépendance vis-à-vis des manuels « Ipam » et « Mamadou et Binéta » avait été mal négociée. Les insuffisances seront aggravées par la mutation dare-dare d’un système d’apprentissage fondé sur la syllabation à un système d’approche par compétence sous fond de nouveaux programmes d’enseignement imposés par des partenaires au développement.

Les problèmes d’emploi ont ouvert inopportunément les portes de l’enseignement aux chômeurs. A la réalité, nombre d’enseignants n’ont pas la vocation. S’il était possible de retrouver les réponses qu’ils proposaient à la question « quelle est la carrière que vous envisagez ? », on réaliserait l’impertinence qui les a conduits à s’intégrer en masse dans une corporation qui forme les cadres. Les besoins de recrutement ont conduit l’Etat à ouvrir la fonction publique à de milliers de sans-emplois inaptes à l’enseignement. Dès lors, certains, au lieu de s’accommoder aux principes du métier qui leur permet de joindre les deux bouts, sont demeurés imperméables aux exercices de recyclage et d’acquisition des normes pédagogiques. Alors, s’est intégrée dans le corps des enseignants, une sorte d’hydres qui a limé vers le bas le niveau des apprenants. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’aucun métier ne se pratique sans une dose de passion. Et la passion est une manifestation de la vocation. Un enseignant qui n’est pas passionné d’accomplir sa mission sacerdotale, ne peut former que des élèves qui lui ressemblent.

A cette réalité du niveau de certains enseignants et parfois d’absence de passion chez d’autres, s’ajoutent les conditions de travail avec des salles de cours souvent inappropriées, des effectifs pléthoriques, d’enseignants insuffisants, de répartition spatiale incommode, source de déperditions scolaires etc. Cette situation est à l’origine de la solution préconisée des cantines scolaires pour maintenir les enfants aux heures de cours dans leurs établissements. La même situation a conduit le régime du président Yayi Boni à reverser dans le système formel les enseignants ayant le statut de vacataires en agents contractuels d’Etat. C’était une solution inefficace visant à sortir cette catégorie d’enseignants de la précarité. Car, ils étaient à la solde des parents d’élèves qui leur payaient les salaires à l’aide des vivres, surtout dans les campagnes.

Dans l’hypothèse qu’à la limite des connaissances acquises l’apprenant ne s’égale jamais à son maître, on peut déduire ce qui suit. Si le niveau du maître est déjà bas, alors le niveau de l’apprenant l’est davantage. Conséquence, ces apprenants devenus adultes et incultes transmettent leur inculture aux nouveaux apprenants, rendant vicieux le cercle de transmission de connaissances. La parade est l’enseignement privé. Les résultats des examens au titre de 2017-2018 l’attestent si bien. S’ils sont en partie imputables aux grèves perlées occasionnées par les revendications syndicales, il faut reconnaître qu’au stade actuel, en dehors des établissements militaires, ce sont les établissements privés d’enseignement qui tiennent le flambeau du système éducatif béninois. Dans le privé, le salaire est mérité sur la base des résultats périodiques. Alors, faut-il privatiser l’enseignement public si l’Etat aspire à former des cadres compétents pour la Nation les décennies à venir ? That is the question !

 Jean-Claude Kouagou