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Introspection

 Depuis quelques temps s’observe dans le monde des médias une attitude désinvolte indigne des professionnels. Le comportement de confrères frisant des infractions, donc répréhensibles, interpelle la conscience collective de tous les acteurs de la presse béninoise. Il s’observe en effet, sous le fallacieux prétexte de la quête de l’information, ou pour être plus exact, le prétexte flatteur d’offre de service communicationnel, une arnaque des personnalités. Le métier est en proie à une crise de valeur. Jadis, il forgeait la personnalité du journaliste et accroissait le crédit de la profession qu’il exerce. Aujourd’hui, cette perte vertigineuse et dangereuse de l’intégrité morale avilit davantage le métier de journaliste. Dès lors s’opère dans la pensée profonde de la poignée de gens encore lucides un exercice d’introspection.

C’est si ahurissant qu’on peut se poser la question de savoir, si c’est bien dans la corporation des hommes des médias que se perpétue sans cesse une telle ineptie. « Is it in our job ? », se demanderait le britannique Edmund Burke pour qui, le journalisme, au-delà d’être un métier noble, est « le quatrième pouvoir. » Alors s’impose un diagnostic interne pour identifier les causes réelles sources d’attitudes déshonorantes que manifestent impudiquement certains journalistes. Mieux qu’un simple diagnostic, une introspection au niveau de chaque acteur des professionnels des médias est indispensable afin de redorer l’image de marque de la profession du journaliste. Car, un professionnel des médias a pour mission de rechercher et de recueillir des informations sous une posture empreinte de respectabilité. Il se charge de les traiter conformément aux normes juridiques et déontologiques, puis de les rendre publiques. Sa mission concourt à satisfaire les exigences légales du Bénin et de Munich « sur le droit du public à l’information vraie ».

Il est indécent qu’aux sorties des studios des chaînes de radios et de télévisions, que des journalistes se déguisent en communicateurs, attendent aux portails et envahissent les invités. C’est la plus grosse des aberrations que la presse béninoise n’ait jamais connue. Tout le monde le sait, dans l’état actuel de la corporation, l’application stricte de l’article 30 du Code de l’information et de la communication relève de l’utopie et demeure un leurre. Mais que la mendicité et l’arnaque aient cours dans la presse, de manière insidieuse et sans scrupule du statut social du journaliste, on perd la face. Il se pose au tréfonds du métier du journaliste un problème de conscience. D’où l’impérieuse nécessité de faire de l’introspection.

L’introspection désigne l’activité mentale que l’on peut décrire métaphoriquement comme l’acte de « regarder à l’intérieur » de soi. Plusieurs approches de définitions sont relatives à l’introspection suivant les disciplines et les domaines. En philosophie, l’introspection est un mode d’appréhension des états de conscience par accès direct et retour sur soi du sujet. Descartes a posé dans ses « Méditations » les fondements de la notion d’introspection en affirmant non seulement le principe de la conscience réfléchie (cogito), mais aussi celui de la « transparence » de soi à soi. En psychologie, l’introspection est une méthode d’observation et d’analyse de soi en vue d’étudier sa propre personne et d’acquérir une connaissance de soi. Pour Saint Augustin, le processus d’introspection correspond à un mouvement d’ascension vers Dieu en même temps qu’à un examen de conscience.

En dépit des difficultés et des imperfections qui ne favorisent pas encore l’émergence du journalisme au Bénin, l’exercice d’introspection doit participer à redorer le blason de la presse.

Jean-Claude Kouagou