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hostieLa parade de Chacus !

 Ainsi renaît avec Mathurin de Chacus la Fbf : Fédération béninoise de football. Le samedi 25 août 2018 s’apparente à un jour nouveau pour le sport roi au Bénin. Un homme assez discret, mais bien connu du sérail footbalistique et apparemment débonnaire, prend les destinées de la Fédération. Connu davantage dans le domaine de réalisation de routes avec l’entreprise Ofmas, Mathurin de Chacus est la parade trouvée pour accomplir une mission républicaine ouverte sur le monde de par son organisation. Les fédérations de football sont en effet des structures décentralisées de la Fédération internationale de football association (Fifa), placées sous la tutelle des ministères en charge des sports des pays membres. Les fédérations de football sont ainsi régies par les lois de la Fifa au même moment qu’elles sont soumises aux lois et règlements de leurs pays. Elles sont sous un système juridique dichotomique. Mathurin de Chacus devra trouver les ressources pour concilier les deux systèmes juridiques pour l’émergence du football béninois.

Après la saison de Martin Adjagodo au début de ce deuxième millénaire, vinrent les périodes tumultueuses des Anjorin Moucharafou, Bruno Didavi, Augustin Ahouanvoébla et Victorin Attolou. En trois lustres, que de crises. Les coups bas des uns ont hypothéqué les légitimes aspirations et ambitions des autres et réciproquement. Les dissensions perpétuellement entretenues ont engendré des conséquences préjudiciables à l’épanouissement personnel des acteurs et étiolé le foot béninois qui n’a pu s’exprimer que par des performances piteuses sous l’échiquier africain et international. L’une des conséquences a consisté à dégarnir les gradins des stades et livrer les aires de jeu à des combats de David et Goliath dans lesquels les gazons (là où il en existe) se débattent avec les herbes sauvages. En clair, plus de joueurs compétitifs, plus de poulains méritants, plus de ligues opérationnelles, plus de championnats qualitatifs, plus de publics enthousiastes, que de noms de protagonistes, que de reporters partisans de pouvoirs financiers. « Ite missa est ! » Le requiem était parfait pour qu’on ne parle plus en bien du football béninois.

Et pourtant, la dernière décennie du XXè siècle augurait des espoirs certains pour les passionnés du football avec feu Gbadamassi Moucharaf. Le Bénin avec ses équipes provinciales que sont les Requins de l’Atlantique, les Dragons de l’Ouémé, les Buffles du Borgou, les Lions de l’Atacora, les Scorpions du Mono, les Caïmans du Zou et les équipent corporatistes telles que l’Unb et le Mogas 90 ont porté haut les couleurs nationales en participant fréquemment aux compétitions nationales et continentales, notamment la Coupe de la Confédération africaine de football, coupe de l’Ufoa, la Coupe d’Afrique des nations.. Qui ne se rappelle pas les ambiances électriques qui prévalaient au stade de l’Amitié de Kouhounou à Cotonou lors des affiches Requins de l’Atlantique et Dragons de l’Ouémé ? Qui de cette époque de gloire ne se souvient pas des Requins de l’Atlantique aux couleurs rouge et blanc dénommés « Awissi Wassa » et dont quelques noms célèbres, Expédit Dossougbété, Euloge Sacramento, Imorou Soumaila, Théodore Houngbo, pouvaient passionnément faire du spectacle ? Qui ne se rappelle pas des couleurs emblématiques orange et noir des Dragons de l’Ouémé avec Abédji Pelé, Zèvounou Sylvain, Toussain Azodogbèhou, Jean-Louis Noumèhangnan… ? Les stades drainaient des foules immenses les jours où les Buffles du Borgou croisaient les crampons avec les Lions de l’Atacora. Qui pouvait s’empêcher de ne pas suivre la retransmission lorsque René Bèwa était commis à la tâche pour le compte de la radio nationale ?

Sur l’autel des intérêts égoïstes et partisans, du favoritisme et de la complaisance, tout ce qui faisait la gloire du football béninois et rend encore nostalgiques certains anciens, s’est progressivement éteint au grand désarroi d’un public féru du football. Et voilà dans quel contexte Mathurin de Chacus prend les rênes de la Fbf. « Vaincre ou périr » doit être la devise pour faire parler à nouveau du Bénin hors des frontières nationales.

 

Jean-Claude Kouagou